Le premier trimestre 2026 confirme le rôle central de l’or dans les échanges extérieurs des pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Portées par des cours internationaux élevés du métal jaune, plusieurs économies de la zone affichent des excédents commerciaux en forte progression, voire historiques, tandis que certains pays enregistrent toujours des déficits dans leurs échanges extérieurs.
Au cours des trois premiers mois de l’année 2026, le commerce extérieur des pays de l’UEMOA est ressorti globalement excédentaire. Toutefois, cette dynamique commune masque des trajectoires très différentes selon les pays. Quand la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso affichent des niveaux records, le Mali voit son excédent fondre malgré des exportations en plein essor, tandis que le Togo et le Bénin restent en déficit en dépit d’une nette accélération de leurs ventes à l’étranger.
La Côte d’Ivoire et le Burkina Faso ressortent comme les deux locomotives aurifères de la région. En tête, la Côte d’Ivoire affiche le solde le plus élevé de la zone, avec un excédent commercial de 2 433 milliards FCFA au premier trimestre 2026, en progression de 36,91 %, soit 655,98 milliards FCFA de plus qu’un an plus tôt.
Les exportations ivoiriennes ont atteint 5 180,9 milliards FCFA, en hausse de 13,3 %, portées par les fèves de cacao (1 918,02 milliards FCFA) et par l’or brut, dont les ventes ont bondi de 43,9 %, à 954,3 milliards FCFA. Les dérivés du cacao ont également contribué à cette dynamique, avec respectivement 238,6 milliards FCFA (+20,1 %) et 261,6 milliards FCFA (+24,7 %).
Dans le même temps, les importations se sont légèrement repliées de 1,7 %, à 2 747,9 milliards FCFA, portant le taux de couverture des importations par les exportations à 188,5 %, en progression de 24,9 points.
Burkina Faso : un excédent historique tiré par des exportations en hausse de 72 %
Le Burkina Faso, de son côté, enregistre un excédent commercial historique de 1 232,7 milliards FCFA, porté par une envolée de 72 % de ses exportations totales, à 2 319,3 milliards FCFA. L’or brut concentre l’essentiel de cette performance, avec une progression de 968,2 milliards FCFA (+82,2 %), portant le poids des produits miniers à 92,7 % des exportations totales, contre 87,4 % un an plus tôt.
Les importations n’ont, elles, progressé que de 9,3 %, à 1 086,6 milliards FCFA, ce qui permet au taux de couverture des importations par les exportations de grimper à 213,5 %, en hausse de 77,8 points sur un an.
Mali : excédent certes, mais en chute de 84,9 %
Le Mali affiche une dynamique plus contrastée. En effet, les exportations du pays ont plus que doublé sur un an, à 1 111,3 milliards FCFA (+111,3 %), sous l’effet d’une contribution de l’or désormais portée à 88,3 % de la valeur totale des ventes extérieures, loin devant les engrais et minéraux bruts (4,8 %), les animaux vivants (3 %) et les graines et fruits oléagineux (0,7 %).
Mais cette performance recule de 13,6 % par rapport au quatrième trimestre 2025, où les exportations avaient culminé à 1 286,4 milliards FCFA.
Du côté des importations, elles ont franchi pour la première fois le seuil des 1 000 milliards FCFA, atteignant 1 048,1 milliards FCFA (+22,1 % sur un an et +20,8 % sur un trimestre). En conséquence, l’excédent commercial malien fond à 63,2 milliards FCFA, contre 419 milliards FCFA au trimestre précédent, soit une baisse de 84,9 %.
Niger : un retournement porté par les hydrocarbures et l’agriculture
Après un déficit de 73 milliards FCFA au quatrième trimestre 2025, le Niger renoue avec un excédent de 85,1 milliards FCFA au premier trimestre 2026.
Les exportations progressent de 32,8 % sur un trimestre, à 372,3 milliards FCFA, tirées par les produits pétroliers (+36,4 %), dont le pétrole brut (+38,8 %) et les hydrocarbures (+52,5 %), ainsi que par les produits agricoles (+45,8 %), malgré un recul marqué des exportations d’or (-56,2 %).
Quant aux importations, elles ont reculé de 18,7 %, à 287,2 milliards FCFA. La part des exportations de pétrole brut et de produits miniers rapportée aux actifs extérieurs nets du pays progresse à 64,1 %, contre 53,5 % au trimestre précédent, soit un gain de 10,6 points.
Sénégal : une forte volatilité mensuelle qui limite l’excédent trimestriel
Le Sénégal a connu un début d’année en dents de scie. Après un déficit de 112,2 milliards FCFA en janvier, dans un contexte où les exportations ressortaient à 412,6 milliards FCFA contre 524,8 milliards FCFA d’importations, puis un second déficit de 60,1 milliards FCFA en février, le pays renoue avec un excédent en mars, porté par une envolée de 57,4 % des exportations sur un mois, à 713,4 milliards FCFA.
Sur l’ensemble du trimestre, les exportations cumulées atteignent 1 579,2 milliards FCFA (+13,9 % sur un an) et les importations 1 567,7 milliards FCFA (-15,1 % sur un an). Au final, l’excédent trimestriel ne s’établit qu’à 11,5 milliards FCFA, entièrement porté par le rebond du mois de mars.
Togo et Bénin : des exportations en forte hausse, mais des déficits qui persistent
Au Togo, les exportations au premier trimestre ont progressé de 14,9 % en valeur par rapport au quatrième trimestre 2025, pour atteindre 296,86 milliards FCFA, tandis que les importations reculent de 13,8 % en valeur, à 474,1 milliards FCFA. Le déficit commercial togolais se contracte ainsi de 39,3 % sur un trimestre, à 177,24 milliards FCFA.
Le Bénin affiche la progression la plus spectaculaire de ses ventes extérieures, avec des exportations en hausse de 78,3 % sur un trimestre, à 223,96 milliards FCFA. Le coton brut en demeure le principal moteur, avec 70,2 milliards FCFA de recettes.
Mais avec des importations qui, bien qu’en repli de 17,6 % sur un trimestre, restent élevées à 428,95 milliards FCFA, le Bénin conserve un déficit commercial de 204,99 milliards FCFA au premier trimestre 2026.
Par Léon Yougbaré


