Parcours inspirant 2/ Banques burkinabè : Mahamadi Zoromé prône un leadership fondé sur la résilience et le patriotisme économique

Le directeur général de la Banque agricole du Faso a livré une masterclass remarquée lors de la deuxième édition de « Parcours Inspirant », à Ouagadougou. Face à un monde bancaire devenu fragile, anxiogène et imprévisible, il a proposé quatre piliers pour un leadership à la hauteur des enjeux.

C’est devant une salle composée de jeunes professionnels du secteur bancaire et financier et d’étudiants que Mahamadi Zoromé, directeur général de la Banque agricole du Faso (BADF) et parrain de l’événement, a pris la parole le samedi 08 mars 2026 à Ouagadougou. Sa communication, au format d’une masterclass, s’inscrivait dans le cadre de la deuxième édition de « Parcours Inspirant », organisée par le Club Jeunes de la Banque et des Finances (JBF) du Burkina Faso autour du thème « Leadership bancaire et financier en contexte fragile, incompréhensible et anxiogène ».

Du VUCA au BANI : un glissement conceptuel aux conséquences concrètes

Pour planter le décor, Mahamadi Zoromé a convoqué deux cadres d’analyse stratégique. Le premier, le VUCA — Volatilité, Incertitude, Complexité, Ambiguïté était jusqu’ici la grille de lecture dominante du monde des affaires. Mais selon lui, l’environnement actuel a évolué vers quelque chose de plus inquiétant encore : le BANI, acronyme de Brittle (Fragile), Anxious (Anxieux), Non-linear (Non linéaire) et Incomprehensible (Incompréhensible). « Le VUCA explique pourquoi le monde est difficile à piloter (…) Le BANI explique pourquoi il devient assez difficile à supporter », a-t-il résumé.

Des systèmes financiers qui semblaient robustes peuvent s’effondrer sous des chocs exogènes – climatiques ou sécuritaires. À l’en croire, l’incertitude permanente génère une paralysie décisionnelle. Et les interdépendances induites par l’intelligence artificielle, la conformité réglementaire et la finance numérique rendent les dynamiques économiques de plus en plus opaques.

S’appuyant sur le rapport annuel 2024 de la Commission bancaire de l’UEMOA, le DG Zoromé a illustré ce glissement du VUCA au BANI dans le contexte régional : effets non linéaires entre croissance et solidité bancaire, nouvelles interdépendances difficiles à interpréter, complexité prudentielle accrue. « Ce n’est pas parce qu’on bascule du VUCA au BANI que nous allons repartir nous asseoir », a-t-il lancé avec conviction.

Quatre piliers pour un leadership de temps de crise

Face à ce diagnostic sévère, Mahamadi Zoromé a articulé sa vision du leadership bancaire autour de quatre piliers complémentaires. La résilience opérationnelle, d’abord, comme réponse à la fragilité. « Le leader ne doit pas seulement chercher la croissance de son entreprise, mais la robustesse de celle-ci », a-t-il indiqué. Cela consiste à renforcer les fonds propres, diversifier les risques et éviter toute dépendance à un segment unique. « La solidité d’une banque se mesure à sa capacité à absorber les chocs, pas seulement à ses profits en période de calme », a-t-il précisé.

L’empathie et la transparence, ensuite, comme antidote à l’anxiété ambiante. Dans un climat d’incertitude, le banquier doit devenir, à ses dires, « un pôle de stabilité ». Une communication proactive avec les clients et les collaborateurs est indispensable pour restaurer la confiance. « Le banquier est le gardien de la confiance. Plus le monde est inquiet, plus notre parole doit être claire et rassurante », a laissé entendre le parrain.

Le troisième pilier concerne l’adaptabilité en réponse à la non-linéarité des trajectoires économiques. Partant du postulat que « Diriger, c’est savoir pivoter jusqu’à 360 degrés », le communicateur a insisté sur la nécessité de se poser des questions, sans perdre néanmoins de vue le cap stratégique. La mise en place de scénarios de crise devient ainsi une compétence managériale à part entière.

Une vue des participants

Enfin, il a relevé l’intuition adossée à la science comme élément essentiel pour faire face à l’incompréhensibilité. Pour lui, quand les données ne suffisent plus, l’expertise et l’expérience prennent le relais. « L’expertise n’est pas une certitude, mais c’est une boussole dans l’inconnu », a-t-il souligné.

La banque, acteur d’un patriotisme économique

Dans sa conclusion, les propos de Mahamadi Zoromé ont résonné avec une portée clairement politique. Dans le contexte particulier du Burkina Faso, a-t-il affirmé, le comportement du leader bancaire ou financier « dépasse le simple geste comptable » pour devenir « un acte de patriotisme économique et financier ». Quant à la banque, a-t-il poursuivi, elle ne doit pas être un simple guichet, mais une institution refuge, qui transforme l’anxiété de ses clients en projet concret, et la fragilité du contexte en opportunité de résilience.

Par Léon Yougbaré

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