Vingt et un ans après une première promesse de coopération, la Jamaïque et le Ghana veulent relancer leur partenariat dans la bauxite et l’alumine. Les deux pays négocient un accord de 60 millions de dollars destiné à renforcer l’approvisionnement du Ghana en alumine et à soutenir son ambition de bâtir une industrie intégrée de l’aluminium.
La Jamaïque veut à nouveau jouer un rôle dans le développement de la filière aluminium du Ghana. Le pays caribéen, premier producteur de bauxite des Caraïbes, négocie avec Accra un accord estimé à 60 millions de dollars pour renforcer la coopération dans le secteur de la bauxite et de l’alumine.
Le projet prévoit un schéma industriel particulier : la bauxite jamaïcaine serait raffinée à l’usine de Gramercy, en Louisiane, aux États-Unis, avant que l’alumine produite ne soit expédiée vers le Ghana. Elle servirait ensuite à alimenter la production d’aluminium dans le pays ouest-africain.
Les discussions entre les deux pays ont repris en mars 2026, à la suite d’une visite au Ghana de représentants du secteur public jamaïcain de la bauxite. Selon Donna Marie Howe, directrice générale de Jamaica Bauxite Mining Limited (JBM), les négociations pourraient prochainement déboucher sur un accord formel.
« Le calendrier de tout cela est imminent », a-t-elle indiqué, soulignant la nécessité de transformer les discussions engagées en un partenariat concret.
Le projet bénéficie également du soutien du président ghanéen John Dramani Mahama, qui a effectué récemment une visite d’État de quatre jours en Jamaïque. Pour Accra, l’enjeu est de sécuriser son approvisionnement en alumine tout en poursuivant son objectif de développer une chaîne de valeur locale autour de la bauxite.
Le projet actuel ne constitue pas une nouvelle relation commerciale entre les deux pays. Le Ghana importe déjà de l’alumine jamaïcaine. En 2024, le pays ouest-africain a acheté environ 26 250 tonnes d’alumine à la Jamaïque pour une valeur estimée à 11,1 millions de dollars.
Ces échanges placent déjà la Jamaïque parmi les fournisseurs du Ghana, aux côtés notamment de l’Égypte et du Cameroun. Le nouvel accord pourrait toutefois donner une dimension beaucoup plus importante à cette coopération.
Les relations dans le secteur de la bauxite et de l’alumine remontent aux années 1970. Le Ghana consomme de l’alumine jamaïcaine depuis plusieurs décennies et les deux pays avaient déjà envisagé une coopération industrielle directe.
En juillet 2005, l’ancien Premier ministre jamaïcain P. J. Patterson avait ainsi annoncé que son pays aiderait le Ghana à développer une raffinerie d’alumine. Le projet devait permettre à Accra de réduire progressivement sa dépendance à l’égard des importations d’alumine.
Vingt et un ans plus tard, cette ambition reste largement d’actualité.
Le paradoxe de l’industrie ghanéenne est considérable : le pays dispose d’importantes réserves de bauxite, mais continue d’importer l’alumine nécessaire à sa production d’aluminium.
La mine d’Awaso produit environ un million de tonnes de bauxite par an. Pourtant, le Ghana ne dispose toujours pas d’une raffinerie commerciale suffisamment importante pour transformer localement ce minerai en alumine.
La Ghana Bauxite Company exporte ainsi actuellement sa production de bauxite brute, tandis que la Volta Aluminium Company (VALCO), basée à Tema, dépend de l’alumine importée pour alimenter sa production.
Cette situation est à l’opposé de la vision défendue depuis l’indépendance par le premier président du Ghana, Kwame Nkrumah. Celui-ci imaginait une industrie intégrée capable de transformer la bauxite extraite dans le pays en alumine, puis en aluminium, avant de développer des activités industrielles en aval.
Plus de six décennies après cette vision, Accra cherche toujours à la concrétiser.
C’est dans ce contexte que l’accord avec la Jamaïque prend tout son sens. Le projet de 60 millions de dollars permettrait au Ghana de sécuriser son approvisionnement en alumine à court terme, pendant que le pays poursuit la construction d’une véritable capacité de raffinage nationale.
La Ghana Integrated Aluminium Development Corporation (GIADEC), entité publique chargée du développement de l’industrie intégrée de l’aluminium, travaille précisément à la mise en place d’une chaîne de valeur couvrant l’extraction de la bauxite, son raffinage en alumine, la production d’aluminium et les activités industrielles en aval.
Le partenariat avec la Jamaïque pourrait donc constituer un pont entre les besoins immédiats de l’industrie ghanéenne et l’objectif de long terme d’une plus grande transformation locale des ressources minières.
Par Amhed Coulibaly


