Industrie : Le Niger et le groupe Zimar prévoient la construction de la troisième plus grande raffinerie d’Afrique de l’Ouest, avec une capacité de 100 000 barils par jour

Le Niger veut accélérer sa transformation en acteur majeur de l’industrie pétrolière ouest-africaine. Le pays a signé, le 15 août, un accord de 1,9 milliard de dollars, soit environ 1 140 milliards de FCFA, pour la construction d’une raffinerie et d’un complexe pétrochimique d’une capacité de 100 000 barils par jour à Dosso. Un projet qui pourrait multiplier par cinq les capacités actuelles de raffinage du pays et renforcer son ambition de devenir un pôle énergétique régional.

Le Niger mise désormais sur la transformation locale de son pétrole pour accroître la valeur ajoutée générée par ses ressources naturelles. À Dosso, dans le sud-ouest du pays, le gouvernement a conclu un accord avec le groupe Zimar et son partenaire High Tech pour développer une importante raffinerie accompagnée d’un complexe pétrochimique.

Le projet repose sur un modèle de construction-exploitation-transfert (BOT). Le consortium privé prendra en charge la conception, le financement, la construction et l’exploitation de l’infrastructure avant son transfert à l’État nigérien. La construction devrait durer trois ans, tandis que l’installation serait exploitée pendant 13 ans avant d’être remise au gouvernement.

Avec une capacité annoncée de 100 000 barils par jour, la future raffinerie de Dosso serait appelée à devenir l’une des plus importantes d’Afrique de l’Ouest. Elle se situerait derrière la raffinerie Dangote au Nigeria, d’une capacité de 700 000 barils par jour, et la raffinerie de Sentuo au Ghana, dont la capacité annoncée atteint 120 000 barils par jour.

L’ampleur du projet apparaît surtout lorsqu’elle est comparée aux capacités actuelles du Niger. Le pays dispose aujourd’hui de la raffinerie de Zinder, exploitée par la Société de Raffinage de Zinder (SORAZ), avec une capacité de 20 000 barils par jour.

La future installation de Dosso porterait donc la capacité de raffinage à un niveau cinq fois supérieur à celui de la raffinerie existante. Le Niger disposerait ainsi d’un outil industriel susceptible de transformer une part beaucoup plus importante de son brut sur son propre territoire.

L’objectif ne se limite toutefois pas à la production de carburants. Le projet prévoit également la construction de pipelines, d’importantes capacités de stockage et d’un complexe pétrochimique. Il s’agit donc de bâtir un véritable écosystème industriel autour du pétrole, plutôt que d’ajouter une simple unité de raffinage.

Benjamin Day, PDG du groupe Zimar, a indiqué que le consortium entend également développer les infrastructures nécessaires au fonctionnement de la raffinerie et favoriser la création de milliers d’emplois directs et indirects. La formation de travailleurs nigériens devrait occuper une place importante dans le dispositif.

L’enjeu pour Niamey est stratégique : transformer davantage de brut localement afin de réduire sa dépendance aux importations de produits pétroliers et conserver une part plus importante de la valeur créée par son secteur énergétique.

La raffinerie devrait traiter en priorité le brut nigérien destiné à la consommation nationale. En cas de surplus, les produits raffinés pourraient être commercialisés dans les pays voisins.

Cette perspective est particulièrement importante pour le Niger, pays enclavé dont l’approvisionnement en carburants est fortement dépendant des infrastructures de transport et des routes commerciales régionales. Une augmentation de la production locale de produits raffinés pourrait donc renforcer la sécurité énergétique du pays tout en ouvrant de nouvelles perspectives commerciales.

Le projet intervient également dans un contexte de montée en puissance de l’industrie pétrolière nigérienne. Depuis 2024, le pays exporte son pétrole brut via le pipeline reliant le Niger au Bénin, ouvrant une nouvelle voie d’accès aux marchés internationaux.

Après avoir développé ses capacités d’exportation, Niamey cherche désormais à renforcer le segment aval de sa chaîne pétrolière. L’ambition est de ne plus se limiter à exporter du brut, mais développer progressivement une industrie capable de raffiner, stocker, transporter et transformer le pétrole sur le territoire national.

La dimension régionale du projet constitue également un élément central de l’équation économique. Le Niger, le Burkina Faso et le Mali, tous membres de l’Alliance des États du Sahel (AES), sont confrontés à des défis similaires en matière d’approvisionnement énergétique et de logistique, notamment du fait de leur enclavement.

Si la raffinerie atteint effectivement sa capacité prévue, le Niger pourrait disposer d’un important excédent de produits pétroliers susceptible d’être commercialisé sur les marchés voisins.

Le Burkina Faso et le Mali pourraient ainsi figurer parmi les débouchés potentiels pour une partie de cette production, renforçant les échanges énergétiques au sein de l’espace sahélien.

Au-delà des carburants, la présence d’un complexe pétrochimique pourrait également favoriser le développement d’activités industrielles connexes et créer de nouvelles opportunités pour les entreprises locales.

Malgré l’importance de l’accord signé, le projet n’est pas encore au stade de la construction. La mobilisation des financements constitue désormais la principale échéance.

Le gouvernement nigérien a accordé au consortium un délai de quatre mois pour mobiliser les financements et finaliser l’ingénierie détaillée. La clôture financière est, quant à elle, attendue dans un délai de 12 mois.

Cette phase sera déterminante pour transformer l’annonce en investissement industriel concret. Avec un coût estimé à 1,9 milliard de dollars, le projet nécessite en effet la mobilisation de capitaux considérables et la sécurisation de l’ensemble de son montage financier.

L’accord signé le 15 août constitue ainsi une évolution importante par rapport au protocole d’accord conclu entre le Niger et Zimar en octobre 2024. Le projet passe d’une intention d’investissement à un cadre contractuel de type BOT, mais son passage à la phase de construction dépendra de la capacité du consortium à boucler son financement dans les délais fixés.

Par Drissa Ouattara

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