BOA Niger : La banque annonce une baisse de plus 50% de son bénéfice net au titre de l’exercice 2025.

Bank of Africa Niger tire la sonnette d’alarme sur ses résultats de l’exercice 2025. Dans un communiqué publié à l’issue de la réunion de son Conseil d’administration du 18 décembre 2025, la banque anticipe une baisse significative de son résultat net, supérieure à 50 %, par rapport à l’exercice précédent. Cette alerte confirme l’ampleur des difficultés auxquelles fait face l’établissement dans un environnement économique national fortement dégradé.

Selon la direction, la conjoncture économique difficile n’a pas épargné la banque. Les encours de crédits ont reculé de 20 %, traduisant à la fois une contraction de la demande et une politique de prudence accrue. Parallèlement, l’établissement a dû consentir un effort important de provisionnement afin d’assainir son portefeuille, ce qui a lourdement pesé sur sa capacité bénéficiaire. Malgré ces vents contraires, Bank of Africa Niger affirme poursuivre sa stratégie de soutien aux petites et moyennes entreprises, avec plus de 1 100 crédits octroyés. La banque se veut néanmoins rassurante sur la solidité de ses fondamentaux financiers et souligne l’appui constant du Groupe Bank of Africa à sa filiale nigérienne.

Cette alerte sur les résultats 2025 s’inscrit dans une dynamique de dégradation amorcée dès l’exercice 2024. À la fin de cette année, la banque avait déjà enregistré un net repli de ses performances dans un contexte de renchérissement du coût des ressources, de tensions sur la liquidité du marché et de concurrence accrue. Le bénéfice net était passé de 10 milliards de FCFA en 2023 à 5 milliards de FCFA en 2024, soit une baisse de 50 %. La marge bancaire s’était contractée de 15,43 %, pénalisée par le resserrement de la politique monétaire et la hausse des charges liées aux ressources.

Le chiffre d’affaires avait lui aussi reculé de 20,74 % pour s’établir à 21,3 milliards de FCFA, contre près de 27 milliards de FCFA un an plus tôt, sous l’effet notamment d’une chute de 29,02 % des commissions, qui sont passées de 9,9 milliards de FCFA en 2023 à 7 milliards de FCFA en 2024. Le résultat brut d’exploitation s’était effondré de 39,59 %, pour ressortir à 8,2 milliards de FCFA, tandis que le total bilan et les fonds propres affichaient des diminutions respectives de 7,85 % et 7,69 %, soit 322,4 milliards de FCFA et 42,1 milliards de FCFA.

Malgré ces contre-performances, la direction avait mis en avant des efforts de recouvrement significatifs, avec 1,7 milliard de FCFA récupéré, et affichait alors des projections optimistes pour 2025, misant sur une croissance du chiffre d’affaires de 6,1 % et du bénéfice avant impôt de 29,7 %, ainsi qu’une réduction des charges d’exploitation à 3 % et du coût du risque à 0,2 %.

L’évolution des résultats au cours de l’année 2025 est toutefois venue progressivement remettre en cause ces perspectives. Dès le premier trimestre, le bénéfice net avait chuté de 50,2 %, passant de 2,2 milliards de FCFA à 1,1 milliard de FCFA. Le résultat brut d’exploitation s’était replié de 38 %, passant de 2,7 milliards de FCFA à 1,7 milliard de FCFA, sous l’effet d’un recul de 16,3 %  du produit net bancaire et d’une hausse de 3,4 % des frais généraux. La banque faisait alors face à une augmentation marquée de son coût du risque, en hausse de 52,7 %.

Au premier semestre 2025, la tendance est restée négative malgré certaines améliorations opérationnelles. Le produit net bancaire s’est établi à 10,5 milliards de FCFA, en baisse de 4,1 % sur un an, limité par la contraction des encours de crédits. Les frais généraux ont reculé de 4,5 %, traduisant une discipline accrue sur les coûts, mais cette optimisation n’a pas suffi à compenser la pression sur les revenus. Le résultat brut d’exploitation s’est contracté de 3,7 %, tandis que le coût du risque a bondi de 42,9 %, passant de 1,1 milliard de FCFA à 1,6 milliard de FCFA. Le bénéfice net semestriel est ainsi ressorti à 2,4 milliards de FCFA, contre 3,2 milliards de FCFA un an plus tôt, soit une baisse de 25,2 %.

Les données du troisième trimestre ont confirmé cette fragilité persistante. Le produit net bancaire a affiché une baisse de 1,37 % pour s’établir à 18,1 milliards de FCFA, en lien avec la contraction de 12,41 % des encours de crédits (72,1 milliards de FCFA). Les frais généraux ont progressé de 2,77 % pour se situer à 8,8 milliards de FCFA, tandis que le résultat brut d’exploitation a reculé de 5,02 % (9,2 milliards de FCFA). Le résultat avant impôts a baissé de 12,25 %, s’affichant à 9 milliards de FCFA. Quant au résultat net, il s’est élevé à 7,5 milliards de FCFA, enregistrant un recul de 14,34 %.

Dans un tel contexte, l’alerte lancée par le Conseil d’administration apparaît comme l’aboutissement logique d’une année marquée par des tensions économiques persistantes et par l’impact prolongé des sanctions communautaires. L’exercice 2025 s’annonce ainsi comme l’un des plus éprouvants de ces dernières années, confirmant que la phase de turbulence amorcée en 2024 est loin d’être achevée.

Par Leila Toé

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