Le marché primaire des titres publics de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) confirme, au premier trimestre 2026, une dynamique de mobilisation soutenue, marquée par une réorientation structurelle vers des instruments de dette à maturité plus longue. Selon les données sur les émissions des pays sur le marché des titres publics piloté par l’Agence UMOA-Titres, les États membres ont levé un montant cumulé de 4 273,45 milliards FCFA à fin mars, soit une progression significative de 43,88 % en glissement annuel.
Cette performance repose essentiellement sur l’essor des obligations assimilables du Trésor (OAT), dont les émissions ont connu une expansion spectaculaire de 166,57 %, atteignant 3 029,80 milliards FCFA. À l’inverse, les bons assimilables du Trésor (BAT), instruments de court terme, enregistrent un recul notable de 32,17 %, à 1 243,65 milliards FCFA.
Sur le plan de la répartition géographique des émissions, la Côte d’Ivoire s’impose comme le principal émetteur régional, avec 1 963,26 milliards FCFA mobilisés depuis le début de l’année, soit près de 46 % du volume global. Cette prédominance reflète à la fois la profondeur relative de son marché domestique et la confiance accrue des investisseurs de la sous-région.
Le Sénégal suit à distance avec 1 068,65 milliards FCFA, tandis que le Burkina Faso (363 milliards FCFA), le Mali (284,94 milliards FCFA) et le Niger (220,87 milliards FCFA) complètent le classement.
Toutefois, derrière cette dynamique agrégée, les conditions de financement demeurent hétérogènes entre les États. Sur le segment des maturités courtes (12 mois), la Côte d’Ivoire bénéficie de conditions particulièrement favorables, avec un taux moyen de 4,71 %, contre 6,39 % pour le Sénégal et 6,19 % pour le Mali.
Les écarts se creusent davantage sur les maturités intermédiaires : à trois ans, la Côte d’Ivoire se finance à 6,65 %, alors que le Burkina Faso atteint 7,82 %, le Mali 8,17 % et la Guinée-Bissau 8,46 %.
Le Niger apparaît comme un cas atypique, avec une courbe des taux structurellement au-dessus de la moyenne régionale, culminant à 10,82 % sur 12 mois et 9,87 % sur trois ans, traduisant une perception de risque accrue par les investisseurs.
Parallèlement, l’encours total de la dette sur le marché régional s’établit à 22 977,86 milliards FCFA à fin mars 2026, en progression modérée de 1,60 %. Là encore, la concentration reste élevée : la Côte d’Ivoire et le Sénégal totalisent à eux seuls plus de la moitié du stock régional, avec respectivement 7 273 milliards et 4 931 milliards FCFA.
À l’inverse, le Niger, au regard des contraintes persistantes d’accès au marché dans le contexte actuel, enregistre une baisse notable de son encours, qui s’établit à 1 820,51 milliards FCFA (-8,72 %).
En définitive, le premier trimestre 2026 consacre une double tendance sur le marché des titres publics de l’UEMOA : d’une part, une intensification des levées de ressources, portée par les instruments obligataires, et d’autre part, une différenciation accrue des signatures souveraines.
Par David Yaméogo


