Le ton est monté d’un cran dans le secteur énergétique africain. À quelques semaines de la tenue du Sommet africain des énergies prévu à Londres du 12 au 14 mai, la Chambre africaine de l’énergie (AEC) campe sur sa position : elle boycottera l’événement. En cause, un déficit jugé persistant de contenu local et, surtout, une représentation africaine insuffisante dans les instances de décision.
Dans un communiqué ferme, l’organisation estime que la question dépasse désormais le simple cadre du dialogue pour relever de la responsabilité. Au cœur du grief, l’absence récurrente d’Africains, notamment noirs, dans les postes de direction des plateformes internationales pourtant centrées sur le continent. « Malgré les appels répétés à la réforme, les organisateurs du sommet n’ont pas montré de volonté de répondre aux préoccupations concernant l’exclusion… cela sape à la fois la crédibilité et la légitimité de l’événement », dénonce l’AEC.
Son président exécutif, NJ Ayuk, durcit le ton et pose une ligne rouge claire : « Si vous bénéficiez des ressources de l’Afrique et de son programme de développement, alors vous devez refléter l’Afrique dans votre leadership, votre recrutement et votre prise de décision. » Pour lui, le concept de contenu local ne peut plus se limiter à des déclarations d’intention. « Il doit s’agir d’un engagement concret envers l’inclusion, l’opportunité et l’appropriation », insiste-t-il.
Au-delà d’une prise de position isolée, le boycott semble gagner du terrain. Plusieurs acteurs du continent ont déjà pris leurs distances avec l’événement. Le secteur pétrolier et gazier du Mozambique s’est retiré dès mars 2026, invoquant les mêmes préoccupations liées à l’inclusion. Le Ghana a suivi en avril, évoquant des pratiques d’embauche jugées discriminatoires et une participation jugée déséquilibrée.
Cette montée de la contestation révèle un malaise plus profond au sein de l’industrie énergétique africaine. L’AEC insiste sur le fait que le continent ne peut continuer à être au centre des débats mondiaux tout en étant marginalisé dans les sphères décisionnelles. Elle plaide pour un modèle de développement porté par les Africains eux-mêmes, mettant en avant des initiatives structurantes comme la raffinerie de Dangote ou encore les performances d’acteurs locaux tels que Sahara Group, considérés comme des preuves tangibles de la capacité industrielle du continent.
Dans cette dynamique, l’organisation a multiplié les prises de parole lors de rendez-vous sectoriels récents, notamment à la Semaine ARDA 2026 et à la Conférence internationale sur l’énergie en Namibie. Objectif : promouvoir des cadres réglementaires favorisant le contenu local et un leadership plus inclusif.
Mais l’AEC va plus loin en pointant du doigt certains acteurs qu’elle accuse de freiner cette transformation. Elle met en cause Frontier Energy Network, organisateur du sommet, ainsi que Daniel Davidson, dont la vision est jugée incompatible avec les priorités du continent. « Il sera extrêmement dangereux que leur approche guide la manière dont l’Afrique gère la pauvreté énergétique, les investissements et le développement des champs », avertit la chambre.
La pression pourrait encore s’accentuer. L’AEC annonce vouloir intensifier sa campagne de boycott dans les semaines à venir, avec un élargissement potentiel des cibles. Les entreprises sismiques collaborant avec ces initiatives sont également dans le viseur. « Les données multi-clients ne fonctionnent pas avec la discrimination », martèle NJ Ayuk, dénonçant des pratiques qu’il qualifie d’anti-africaines.
En réalité, la bataille dépasse le cadre d’un simple sommet. Elle pose la question de la gouvernance des ressources énergétiques africaines dans un contexte de recomposition du marché mondial. Pour l’AEC, il ne s’agit pas d’exclure, mais de rééquilibrer. L’organisation appelle à établir une base fondée sur l’équité, la représentation et le respect mutuel.
Faute d’engagements concrets en ce sens, le boycott restera en place. Une position qui, à mesure qu’elle rallie d’autres acteurs, pourrait peser sur la crédibilité des grandes plateformes internationales dédiées à l’énergie africaine et accélérer l’émergence d’initiatives pilotées depuis le continent lui-même.
Par Drissa Ouattara


