Le Club Élite Afrique (CEA) a organisé, le vendredi 21 novembre, la deuxième édition de « L’Apéro de l’énergie et des mines », un cadre d’échanges ayant réuni experts des secteurs mines et energie, financiers, régulateurs et opérateurs privés autour du thème : « Dynamiques des secteurs de l’énergie et des mines au Burkina : opportunités d’investissement pour les privés nationaux et internationaux ». Modéré par Dina Yanogo/Lankoandé, Directrice générale d’Upright Partners, le panel a mis en évidence l’ampleur des transformations structurelles en cours, les nouvelles perspectives d’affaires et les défis à maîtriser pour bâtir une croissance durable et inclusive.
Dès l’ouverture, le Secrétaire permanent du contenu local, Zéphirin Zongo, a souligné que la notion de contenu local dépasse désormais le simple transfert de compétences. Elle constitue un véritable instrument d’industrialisation capable de remodeler en profondeur l’économie burkinabè. Le dispositif, selon lui, repose sur trois piliers : la priorité accordée aux achats locaux pour les entreprises détenues majoritairement par des nationaux, la promotion de l’emploi burkinabè sur tout le territoire ainsi que et la transformation locale, notamment par le raffinage et la valorisation des minerais. À ces axes structurants s’ajoutent des dimensions transversales tout aussi essentielles : recherche, innovation, renforcement du capital national et montée en compétences des opérateurs locaux.
Cette ambition, à en croire M. Zongo, se matérialise à travers un cadre légal récemment modernisé. La loi 016-2024 portant Code minier, la loi 017-2024 relative au contenu local ainsi que leurs décrets d’application introduisent des avancées majeures, dont la réservation de l’exploitation semi-mécanisée aux Burkinabè, la participation gratuite de l’État à hauteur de 15 % dans toute mine industrielle, extensible à 30%, prenant en compte les nationaux. Les quotas de biens et services obligatoirement fournis par des entreprises locales viennent renforcer cet ancrage national, notamment pour le carburant, l’extraction à ciel ouvert, le transport du minerai ou encore la restauration.
Dans sa communication, le secrétaire permanent du contenu local a donné un aperçu sur les chiffres clés de la mise en œuvre de la stratégie du local content qui, au fil des ans, se sont crût de manière progressive. Entre 2022 et 2024, les achats locaux sont passés de 809 milliards à près de 1 200 milliards FCFA, dont 693 milliards directement orientés vers les entreprises burkinabè pour l’année 2024. Pour 2025, les projections atteignent 938 milliards FCFA, dominés par les besoins en carburant et lubrifiants, en excavation et chargement, en pièces de rechange, en forage de dynamitage ou encore en fret et explosifs.
Le financement, un autre maillon déterminant de la chaîne de valeur
Le secteur de l’énergie et des mines est fortement capitalistique ; ce qui constitue un défi majeur, surtout pour les acteurs nationaux désirant s’y lancer. À ce titre, Coris Bank International joue depuis près d’une décennie un rôle central dans l’appui au secteur minier. Stéphane Axel P. Tapsoba, Directeur général adjoint en charge de l’exploitation, a rappelé les engagements majeurs de la banque : 20 milliards FCFA injectés en 2017 dans la mine de Yanfolila au Mali, 130 milliards FCFA pour le projet Bomboré d’Orezone en cofinancement avec Resource Capital Fund, ou encore plus de 100 milliards FCFA destinés à la mise en œuvre du projet Kiaka, partagé avec un fonds d’investissement au Canada.
« Nous avons également accompagné la reprise de la mine de Riverstone-Karma par un acteur burkinabé en 2021 », a-t-il ajouté, précisant que Coris Bank a très longtemps été engagé dans le soutien aux initiatives gouvernementales, notamment la promotion du contenu local. Parallèlement, elle renforce sa présence dans le financement énergétique, notamment pour les centrales solaires, thermiques ou hybrides, l’équipement énergétique des bâtiments publics ou encore l’appui aux producteurs indépendants d’électricité (IPP) engagés auprès de la Sonabel.
Cependant, la préférence nationale ne saurait suffire sans une professionnalisation accrue des entreprises locales. Pour le DGA de Coris Bank, la réussite passe par des structures formalisées, des états financiers fiables, un business plan cohérent et une qualité de service irréprochable. Il invite d’ailleurs les opérateurs burkinabè à mutualiser leurs forces, convaincue que la compétitivité repose sur la coopération et la consolidation. « N’hésitez pas à vous mettre en groupement. Comme vous connaissez l’adage, seul, on va plus vite, mais ensemble, on va plus loin », a-t-il lancé, concluant sur le fait qu’en tant que banquier, l’un des critères les plus scrutés concerne l’expérience, l’expertise et la capacité du porteur du projet à pouvoir réaliser la prestation convenablement.
Un secteur minier peu exploré, des opportunités à saisir
Les perspectives d’expansion du secteur minier ont été confirmées par la Directrice exécutive de la Chambre des mines du Burkina (CMB), Priscille Zongo. Dans son intervention, elle a fait savoir que le secteur a contribué pour 570 milliards FCFA au budget national, généré environ 15 % du PIB et représenté plus de 80 % des recettes d’exportation en 2024. Avec 20 000 emplois directs dont 96 % occupés par des Burkinabè, l’industrie minière, a-t-elle poursuivi, demeure un pilier économique national.
Toutefois, dit-elle, le potentiel demeure pourtant largement sous-exploité : avec 21 % de roche birimienne, le Burkina partage un profil géologique similaire à celui du Ghana, qui produit environ 120 tonnes d’or par an avec seulement 19 % de roche birimienne. Selon elle, le pays pourrait atteindre 120 à 150 tonnes d’or si les efforts d’exploration sont renforcés.
En outre, la diversification devient également une priorité stratégique. Au-delà de l’or, le pays dispose de ressources importantes en manganèse et en zinc, avec une expérience dans son exploitation. Reste maintenant à accentuer les efforts dans l’exploration pour découvrir les minéraux critiques, notamment le lithium, le cobalt ou le coltan. Pour soutenir le développement industriel du monde, Mme Zongo a fait savoir qu’il y a une course au niveau de l’investissement dans les minéraux critiques. « Aujourd’hui, le pays ou la région du monde qui va maîtriser l’approvisionnement des minéraux critiques va maîtriser le monde », a-t-elle insisté.
En parallèle, d’importantes opportunités industrielles se dessinent, comme le développement du catering minier, la production de creusets en argile encore importés, la fabrication de charbon actif à base de noix de coco ou encore la production locale d’emballages et d’équipements de sécurité. Pour Priscille Zongo, l’enjeu réside dans la création de la valeur localement avant que d’autres économies ne s’en saisissent. « Maintenant, si on ne le fait pas, si les Indonésiens viennent vendre, il ne faut pas qu’on se plaigne. Il y a beaucoup de choses comme ça, qu’on peut faire sur place », a-t-elle martelé.
Transition énergétique, un autre moteur de transformation.
La transition énergétique et les opportunités pour les privés nationaux et internationaux a fait l’objet de communication au cours de ce panel, porté par Francis Simporé, Directeur exécutif du Centre pour les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique de la CEDEAO (CEREEC) à Praia au Cap-Vert. Il a indiqué que la stratégie régionale repose sur la diversification du mix électrique, la promotion des énergies propres et l’efficacité énergétique.
La puissance solaire installée au sein de la CEDEAO est passée ainsi de 5 MW en 2010 à près de 1 000 MW aujourd’hui, et pourrait atteindre 5 000 MW en 2030. Pourtant, a-t-il regretté, près de 70 % des ménages utilisent encore le bois, signe des efforts colossaux à fournir. Pour les investisseurs privés, les opportunités sont nombreuses, que ce soit dans le stockage d’énergie, la digitalisation des réseaux, la cuisson propre ou les solutions d’efficacité énergétique, particulièrement cruciales pour les mines dont l’énergie représente parfois jusqu’à 40 % des coûts d’exploitation.
Enfin, la modernisation de l’orpaillage artisanal a constitué le dernier point fort du panel. Pour Julien Mbaswa, Directeur général adjoint de Rakouly Gold, il est indispensable de faire évoluer ce secteur, véritable pilier socioéconomique pour des centaines de milliers de familles.
A ce titre, il a expliqué que Rakouly Gold promeut un modèle reposant sur l’organisation des sites en coopératives afin de faciliter le financement, l’introduction d’équipements adaptés et la formation des acteurs, mais aussi le respect strict des normes environnementales et sociales. Cette modernisation, selon lui, n’est plus une option, mais une nécessité pour bâtir une chaîne de valeur minière durable, compétitive et inclusive.
Par Léon Yougbaré


