La deuxième édition de l’Apéro de l’énergie et des mines, organisée par le Club Elite Afrique a rassemblé vendredi à Ouagadougou un ensemble d’acteurs publics, privés et institutionnels autour de deux thématiques majeures : l’implication des femmes dans le financement des projets énergétiques et miniers et l’ESG comme levier stratégique d’attraction des investissements. Deux interventions fortes, portées par l’ONUDI et le cabinet OSIEC, ont marqué la keynote session, mettant en lumière les enjeux économiques, sociaux et structurants des secteurs énergie et mines pour les économies africaines.
Intervenant sur le thème de l’implication des femmes dans le financement des projets énergétiques et miniers, Oureratou Ouédraogo, représentante résidente de l’ONUDI au Burkina Faso, a souligné avec vigueur que l’inclusion financière des femmes dépasse largement la question d’équité. « Investir dans les femmes n’est pas seulement une question d’équité, c’est une stratégie économique », a-t-elle insisté. Selon elle, les effets multiplicateurs de l’intégration des femmes dans les chaînes de valeur industrielles et énergétiques sont largement documentés : une hausse potentielle de 26% du PIB en cas d’équité dans l’accès au financement industriel. Pourtant, les chiffres restent alarmants : les femmes ne captent que 10% des financements en Afrique, alors même qu’elles constituent la moitié de la population et jouent un rôle central dans la transformation et les chaînes de valeur locales.

La représentante de l’ONUDI a invité les femmes à davantage solliciter des financements et à prendre leur place dans les secteurs à forte intensité capitalistique. « Quand on demande, ce n’est pas pour dire qu’on est faible, c’est pour travailler. Et quand on travaille, il y a des résultats », a-t-elle martelé. Pour elle, la solution passe par des mécanismes dédiés d’accès au financement, mais également par un investissement massif dans l’éducation, le renforcement de capacités et la création de cadres de partage d’expériences. Des initiatives qui, de son avis, permettraient de révéler les talents féminins déjà présents dans les secteurs industriels, énergétiques et miniers, mais souvent insuffisamment valorisés.
L’ESG, condition incontournable pour attirer les capitaux dans l’énergie et les mines
Le second intervenant, Abdourahim Ba, président du cabinet africain OSIEC, a développé une analyse centrée sur l’importance stratégique de l’ESG (Environnement, Social et Gouvernance) dans la mobilisation des financements nécessaires au développement des infrastructures énergétiques et minières. Dans sa communication, il a rappelé que la priorité accordée à l’énergie conditionne l’exploitation autonome des ressources naturelles du continent. Toutefois, cette ambition nécessite des investissements massifs : « Construire des centaines de mégawatts de solaire, d’hydroélectricité, de thermique ou de biomasse exige des moyens colossaux », a-t-il rappelé.
Or, faute de capacités financières suffisantes, la majorité des capitaux provient encore de l’extérieur. C’est là que, dit-il, l’ESG intervient comme un outil de sécurisation, de transparence et de durabilité permettant de rassurer investisseurs, bailleurs et partenaires techniques. Mais pour OSIEC, l’ESG ne doit pas être réduit à une simple conformité administrative ou à un exercice de reporting. C’est un critère qui devrait plutôt créer de l’impact.
L’impact, selon Ba, commence par l’intégration des communautés locales dès les premières phases des projets. Il est inconcevable, dit-il, que des infrastructures énergétiques s’installent dans une localité, alors que les populations riveraines n’ont pas accès à l’électricité ou que leurs moyens de subsistance sont menacés.

L’ESG, à l’en croire, doit donc se traduire par des actions concrètes : accès local à l’énergie, soutien à l’éducation, autonomisation des femmes, construction d’infrastructures de base. À ces actions s’ajoutent des mécanismes de gestion sociale, la protection contre les violences basées sur le genre et l’anticipation des risques de tensions culturelles ou de migrations climatiques, entre autres.
Pour le président du cabinet OSIEC, ces facteurs sont essentiels pour maintenir la cohésion sociale et garantir que les projets d’utilité publique améliorent réellement les conditions de vie des populations. « C’est pourquoi aujourd’hui les influences ESG nous permettent de développer des projets, pour qu’à la fin, même s’ils sont d’utilité publique, qu’ils n’appauvrissent pas les communautés locales. C’est fondamental pour l’économie », a-t-il insisté.
Les deux interventions ont convergé autour d’un même message : les secteurs énergie et mines ne seront durables, compétitifs et attractifs que s’ils placent l’humain de manière générale, les femmes, les communautés, les travailleurs – au centre de leur stratégie de financement et de gouvernance. Cette deuxième édition de l’Apéro de l’énergie et des mines aura ainsi rappelé que le développement des secteurs énergétiques et miniers ne se limite pas aux infrastructures et aux mégawatts, mais repose sur des choix sociaux, humains et économiques déterminants pour l’avenir du continent.
Par Léon Yougbaré


