La dynamique monétaire du Burkina Faso continue de s’accélérer en 2025, portée surtout par l’augmentation des dépôts bancaires et des avoirs extérieurs, selon les statistiques officielles publiées pour la période arrêtée fin septembre. La masse monétaire atteint 6 435,9 milliards FCFA, soit 503,7 milliards FCFA de plus qu’en décembre 2024, une progression de 8,5 % qui traduit un regain de liquidités dans le système financier. Cette hausse s’explique principalement par l’envolée des dépôts auprès des banques, en augmentation de 462,9 milliards FCFA (+9,9 %), mais aussi par une circulation fiduciaire légèrement renforcée (+40,8 milliards FCFA, +3,3 %). Côté contreparties, l’essentiel de l’expansion provient des actifs extérieurs nets, qui progressent de 384,5 milliards FCFA (+18,5 %), tandis que les créances intérieures n’enregistrent qu’une variation marginale (+48,4 milliards FCFA, +1 %).
En comparaison avec septembre 2024, l’augmentation est encore plus marquée : la masse monétaire bondit de 666,3 milliards FCFA (+11,5 %), portée par une forte hausse de la circulation fiduciaire (+260,8 milliards FCFA, +25,2 %) et des dépôts bancaires (+405,5 milliards FCFA, +8,6 %). Là encore, la principale impulsion provient des actifs extérieurs, qui progressent de 650,8 milliards FCFA (+36 %), confirmant le rôle déterminant des entrées nettes de devises dans l’évolution récente de la liquidité domestique. Les créances intérieures ne progressent que légèrement (+69,9 milliards FCFA, +1,4 %).
Cette expansion monétaire contraste toutefois avec un recul du financement de l’économie. À fin septembre 2025, les créances sur l’économie totalisent 4 147,4 milliards FCFA, en baisse de 162,4 milliards FCFA (-3,8 %) par rapport à fin décembre 2024. Le secteur privé est le plus touché, avec une contraction de 175,5 milliards FCFA (-4,6 %), suivie du secteur financier non bancaire (-16,9 milliards FCFA, -44,3 %). À l’inverse, les crédits destinés au secteur public progressent de 24,2 milliards FCFA (+5,3 %). Comparé à septembre 2024, le financement de l’économie se replie de 159,8 milliards FCFA (-3,7 %), un recul qui s’explique avant tout par la baisse des crédits au secteur privé (-291,3 milliards FCFA, -7,5 %). Le secteur public, lui, bénéficie d’un regain de financement de 126,4 milliards FCFA (+35,7 %).
La montée en puissance des besoins de l’État se ressent également dans l’évolution des créances nettes sur l’Administration centrale, qui atteignent 850,5 milliards FCFA à fin septembre 2025. Elles augmentent de 210,8 milliards FCFA (+33 %) par rapport à décembre 2024, tirées par la forte hausse des créances nettes des banques commerciales (+319,8 milliards FCFA, +68,3 %). Cette progression est toutefois atténuée par une réduction des créances nettes de la BCEAO, en recul de 109 milliards FCFA (-63,5 %). Sur un an, la tendance est similaire : les créances nettes sur l’État augmentent de 229,7 milliards FCFA (+37 %), soutenues presque exclusivement par les banques commerciales, dont l’exposition bondit de 397,9 milliards FCFA (+102,1 %), tandis que celles de la banque centrale chutent de 168,2 milliards FCFA (-72,9 %).
La photographie monétaire du pays à fin septembre 2025 met ainsi en évidence un double mouvement : l’abondance de liquidités dans le système bancaire, largement nourrie par les entrées extérieures, et un repli du crédit au secteur privé.
Par Drissa Ouattara


