Burkina : Le secteur de la microfinance en expansion, mais fragilisé par les pertes de 4,1 milliards FCFA en 2024

Le secteur de la microfinance continue de jouer un rôle crucial dans le financement inclusif au sein de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), malgré des signes de vulnérabilité croissante. En 2024, l’Union comptait 286 systèmes financiers décentralisés (SFD) de grande taille, soit une augmentation nette de 25 unités par rapport à 2023. Ce dynamisme s’est accompagné d’une hausse du total bilan de 12,1 %, atteignant 4 021,3 milliards de FCFA, et d’un accroissement des crédits de 10,5 %, soit un volume de 2 327,1 milliards de FCFA.

Les dépôts ont également progressé de 14,2 %, atteignant 2 144,1 milliards de FCFA, illustrant la confiance renouvelée des clients envers ces institutions. Cependant, des signes d’essoufflement apparaissent. La qualité du portefeuille de crédits s’est détériorée, avec un taux de créances à risque passé de 4,4 % à 6,6 %. Le résultat net provisoire des SFD de grande taille a chuté de 23,5 milliards en 2023 à 16,7 milliards de FCFA, soit une baisse de 28,9 %.

Dans ce contexte régional contrasté, le Burkina Faso, qui compte 47 structures de microfinance, dont 21 faitières et caisses unitaires ainsi que 26 caisses de base affiliées, n’échappe pas à la tendance baissière en matière de résultats nets. En 2024, le secteur a enregistré un bénéfice net de 3,04 milliards de FCFA contre 4,68 milliards de FCFA l’année précédente, en recul de 34,9 %. Cette dégradation est principalement due à une explosion des pertes bancaires, passées de 2,7 milliards à 4,1 milliards de FCFA, soit une hausse de 47,8 %.

D’autres postes de dépenses ont pesé sur la rentabilité de ces institutions. En effet, les charges de personnel ont atteint 23,3 milliards de FCFA, tandis que les impôts et taxes se sont élevés à 1,5 milliard de FCFA et l’impôt sur les bénéfices à 1,08 milliard de FCFA.

Sur le plan des activités, le total bilan des structures de microfinance burkinabè s’est établi à 725 milliards de FCFA, dominé par la faitière des caisses populaires avec 151,1 milliards de FCFA, COFINA Burkina avec 56,1 milliards de FCFA, Baobab Burkina 49,4 milliards de FCFA, ACEP Burkina 44,87 milliards de FCFA et CODEC Ouaga 32,77 milliards de FCFA. La FCPB (situation combinée), leader national en termes de total bilan, s’illustre positivement sur la place de microfinance dans la zone UMOA en occupant la troisième place ne terme de total bilan derrière Baobab SA Sénégal et Baobab Côte d’Ivoire.

Les crédits à court terme ont progressé de 6,3 %, atteignant 336,5 milliards de FCFA, et les crédits à long terme ont crû de 5 %, pour un total de 89,2 milliards de FCFA. Cependant, les créances en souffrance ont bondi de 21,7 %, se situant à 15,2 milliards de FCFA, confirmant une dégradation de la qualité du portefeuille.

Les produits financiers globaux ont affiché une hausse de 5,3 %, à 71,02 milliards de FCFA, tandis que le produit net financier a légèrement augmenté de 2,7 %, pour atteindre 54 milliards de FCFA.

Du côté des dépôts, les dépôts à terme se sont élevés à 79,3 milliards de FCFA, les comptes d’épargne à régime spécial ont progressé de 20,5 %, pour s’établir à 31,3 milliards de FCFA, et les dépôts de garantie ont augmenté de 8,4 %, atteignant 27,4 milliards de FCFA.

Les indicateurs prudentiels des institutions de microfinance au Burkina Faso montrent une situation de non-conformité généralisée par rapport aux exigences réglementaires définies par la Commission. Le ratio de liquidité, censé être au minimum de 100 %, affiche une moyenne de 99,3 %. Celui de limitation des risques, qui devrait être supérieur ou égal à 200 %, se situe à 96,9 %. Le ratio de couverture des engagements est estimé à 80 %, alors que la norme minimale est de 100 %. Quant au ratio de crédit aux dirigeants, limité à un maximum de 10 %, il est respecté, avec une moyenne de 6,6 %. Enfin, le ratio de limitation des autres activités, fixé à un minimum de 5 %, atteint seulement 0,2 %.

La place du Burkina dans le secteur dans l’UMOA

Malgré les difficultés que connaissent les SFD au Burkina, le pays s’affiche comme une place forte de la microfinance, en occupant la troisième place en termes de total bilan, derrière le Sénégal et la Côte d’Ivoire. En effet, avec ses 47 SFD, le Burkina affiche un total bilan du secteur de 725 milliards de FCFA, derrière le Sénégal, leader de l’Union, avec 82 SFD et 1 097,7 milliards de FCFA de total bilan, et la Côte d’Ivoire avec 41 SFD et un total bilan de 944,52 milliards de FCFA.

Derrière ces leaders arrivent le Togo, avec 47 SFD et 502,59 milliards de FCFA, le Bénin, avec 40 SFD et un total bilan de 409,96 milliards de FCFA, le Mali, avec 25 SFD pour 320,68 milliards de FCFA, et le Niger, qui ferme la marche avec 4 SFD et un total bilan de 24,37 milliards de FCFA. Quant à la Guinée-Bissau, elle n’affiche pas de SFD.

Par Bernadette W. Gansonré

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