À Bobo-Dioulasso, capitale économique du Burkina Faso, le ton de la campagne fruitière 2026 a été donné sous le signe de la stabilité et de la montée en gamme. Le ministre d’État, ministre de l’Agriculture, de l’Eau, des Ressources animales et halieutiques, le Commandant Ismaël Sombié, a officiellement lancé, le 21 février, une nouvelle saison stratégique pour la filière anacarde, pilotée par le Comité interprofessionnel de l’anacarde du Burkina Faso (CIAB).
Premier signal fort : le prix bord champ de l’anacarde est maintenu à 385 FCFA le kilogramme, identique à celui de la campagne 2025. Dans un contexte régional marqué par des fluctuations des cours et une concurrence accrue entre pays producteurs, ce choix montre une volonté de stabilité pour les producteurs, tout en préservant l’attractivité de la filière.
Avec une production annuelle moyenne estimée à 200 000 tonnes sur les cinq dernières années, l’anacarde s’impose comme l’un des piliers de l’agriculture burkinabè. La filière mobilise près de 243 971 ménages et structure une économie rurale qui fait vivre des centaines de milliers de personnes. En aval, le pays compte 26 unités de transformation employant environ 9 580 travailleurs, dont plus de 92 % de femmes, illustrant le rôle social majeur de cette chaîne de valeur.
Cependant, le paradoxe demeure : sur les 200 000 tonnes produites, seules 16 333 tonnes sont transformées localement chaque année. L’essentiel des volumes est exporté sous forme brute, limitant la création de valeur ajoutée sur le territoire national. Or, la noix de cajou figure parmi les principaux produits d’exportation du Burkina Faso. À fin novembre 2025, les exportations ont généré plus de 79,7 milliards de FCFA, en hausse spectaculaire de 133,5 % sur un an.
Face à cet écart entre potentiel productif et capacité de transformation, le gouvernement affiche une ambition de renforcer l’industrialisation locale. À l’occasion du lancement de la campagne, des équipements d’une valeur de plus d’un milliard de FCFA ont été remis à 16 unités de transformation. L’objectif est d’améliorer la compétitivité des transformateurs et capter une part plus importante de la valeur ajoutée, afin que le Burkina Faso ne se contente plus d’exporter des matières premières brutes.
Au-delà de l’annonce du prix et des appuis matériels, la campagne 2026 s’inscrit ainsi dans une dynamique plus large de structuration et de montée en gamme de la filière. Pour un pays en quête de diversification de ses recettes d’exportation et de renforcement de sa base industrielle, l’anacarde apparaît comme un levier stratégique.
Par Amhed Coulibaly


