La hausse des cours internationaux du pétrole et les conflits au Moyen-Orient ont conduit plusieurs pays africains à revoir leurs prix des carburants en 2026. Du Mali à la Côte d’Ivoire, en passant par le Burkina Faso, le Sénégal, le Togo et le Ghana, les hausses se sont succédé, avec des niveaux et des réponses différentes selon le coût des approvisionnements et le poids des subventions.
Le mouvement a commencé au Mali
Le Mali a été l’un des premiers pays de la sous-région à procéder à un important réajustement cette année. Depuis le 28 mars 2026, le litre de supercarburant est passé de 775 à 875 FCFA, soit une hausse de 100 FCFA. Le gasoil a connu une progression encore plus marquée, passant de 725 à 940 FCFA, soit 215 FCFA supplémentaires.
Cette décision a été prise dans un contexte de forte volatilité des cours internationaux du pétrole, auquel se sont ajoutées des contraintes logistiques internes, notamment les attaques visant les camions transportant des produits pétroliers.
La Côte d’Ivoire ajuste également ses prix
En Côte d’Ivoire, les prix ont été relevés dès le 1er août. Le super sans plomb est passé de 875 à 905 FCFA le litre, soit une augmentation de 30 FCFA. Le gasoil a progressé de 700 à 725 FCFA, tandis que le pétrole lampant est passé de 745 à 780 FCFA.
Le gaz butane, en revanche, a conservé ses tarifs.
Le pays avait déjà procédé à un nouvel ajustement portant les prix du super sans plomb et du gasoil à 905 et 725 FCFA le litre, respectivement.
Le Burkina Faso est également entré dans la danse en août
Au Burkina Faso, le réajustement est intervenu en août. Depuis le 10 de ce mois, le litre de gasoil coûte 750 FCFA, contre 675 FCFA auparavant. La hausse atteint ainsi 75 FCFA, soit 11,1 %.
Le gouvernement a justifié cette décision par plusieurs facteurs, notamment la progression des cours internationaux du pétrole, le renchérissement des coûts de transport, l’appréciation du dollar face au franc CFA et l’augmentation du coût de la subvention.
Le mécanisme de soutien des prix avait permis de maintenir le gasoil à 675 FCFA depuis août 2022. Mais cette politique était devenue plus coûteuse. Sur les six premiers mois de 2026, les moins-values liées à la subvention du gasoil étaient estimées à environ 60 milliards de FCFA. Sans ajustement, elles auraient pu atteindre, voire dépasser, 135 milliards de FCFA sur l’ensemble de l’année.
À cela s’ajoutait un autre facteur : l’écart de prix avec les pays voisins. Le niveau relativement bas du gasoil au Burkina Faso encourageait certains transporteurs venus de pays limitrophes à s’y approvisionner avant de repartir, accentuant ainsi la consommation nationale.
Le Sénégal répercute à son tour la pression des cours
À partir du 15 août, le Sénégal a relevé ses prix à la pompe. Le supercarburant est passé de 920 à 990 FCFA le litre, soit une hausse de 70 FCFA, équivalente à 7,6 %. Le gasoil a augmenté de 75 FCFA, pour atteindre 755 FCFA.
L’ajustement sénégalais intervient après plusieurs mois durant lesquels l’État avait absorbé la hausse des coûts internationaux à travers les subventions. Depuis le début de 2026, celles-ci ont représenté plus de 245 milliards de FCFA pour les carburants.
La hausse décidée en août reste toutefois partielle. Le coût réel d’importation était alors estimé à 1 019 FCFA pour le supercarburant et à 1 044 FCFA pour le gasoil. L’État continue donc de prendre en charge une partie du coût de chaque litre vendu.
Le Togo procède à une forte hausse
Le Togo a attendu septembre avant de réajuster ses tarifs. Depuis le 11 septembre, le litre de super sans plomb est passé de 725 à 817 FCFA, soit une progression de 92 FCFA (12,7 %).
Le gasoil a connu une hausse plus limitée, passant de 750 à 766 FCFA, soit 16 FCFA ou 2,1 %. Le mélange deux-temps est, quant à lui, passé de 811 à 896 FCFA, soit une augmentation de 85 FCFA.
Le nouvel ajustement intervient après une précédente hausse en mai. Il est justifié par la progression des cours internationaux du pétrole dans un contexte géopolitique tendu, ainsi que par la hausse des coûts d’approvisionnement.
Au Ghana, la pression se poursuit
Le Ghana présente un cas différent, puisque les prix évoluent selon un mécanisme de fixation périodique. Pour la période du 1er au 16 septembre, le prix plancher de l’essence est passé de 13,92 à 14,53 cedis le litre, soit une hausse de 4,38 %. Ce niveau correspond à environ 730 FCFA, contre 700 FCFA auparavant.
Le diesel est passé de 15,19 à 15,60 cedis, soit une progression de 2,69 %, portant le prix plancher à environ 784 FCFA le litre.
Les prix effectivement pratiqués dans les stations-service peuvent toutefois être supérieurs à ces niveaux. La Chambre des consommateurs de produits pétroliers du Ghana (COPEC) anticipait ainsi un prix moyen d’environ 16,21 cedis pour l’essence, soit près de 815 FCFA, et de 17,61 cedis pour le diesel, soit environ 885 FCFA.
L’évolution des prix au Ghana permet de mieux comprendre les mécanismes à l’œuvre sur le marché régional. Sur la période considérée, le prix franco à bord (FOB) de l’essence a bondi de 1 033,15 à 1 136,50 dollars la tonne, soit une hausse de 10 %. L’appréciation du cedi face au dollar, de 2,39 %, a permis d’en limiter une partie de l’impact.
Cette situation montre que les coûts de raffinage et d’approvisionnement, le transport, le taux de change et les mécanismes nationaux de fixation des prix peuvent également peser sur le tarif final.
Le Niger, un cas différent
Le Niger présente une configuration différente de celle des pays qui dépendent davantage des importations de produits pétroliers raffinés. Producteur de pétrole, le pays dispose également d’une capacité de raffinage locale grâce à la Société de raffinage de Zinder (SORAZ). Le brut extrait notamment du champ d’Agadem alimente cette raffinerie, permettant au Niger de transformer une partie de sa production directement sur son territoire.
La SORAZ dispose d’une capacité de traitement de 20 000 barils par jour, supérieure aux besoins du marché intérieur. Cette situation permet au Niger de couvrir une grande partie de sa consommation, tout en disposant de volumes supplémentaires susceptibles d’être écoulés à l’extérieur.
Cette organisation réduit le poids de certains coûts auxquels sont confrontés les pays qui importent des produits raffinés. Le Niger est notamment moins exposé aux frais liés à l’achat de carburants finis sur les marchés internationaux, au fret maritime et à une partie des contraintes logistiques liées à l’acheminement des produits jusqu’au marché intérieur.
Cela ne signifie pas pour autant que le Niger échappe aux mouvements du marché pétrolier mondial. Les cours du brut, les coûts d’exploitation, le transport et les différentes composantes de la chaîne de distribution continuent d’avoir une incidence sur l’économie du secteur. Mais la production nationale et le raffinage local offrent au pays une marge supplémentaire pour amortir les chocs extérieurs.
Les prix de détail restent ainsi fixés à 499 FCFA le litre pour l’essence et à 618 FCFA pour le gasoil depuis 2024. Alors que plusieurs pays de la sous-région ont répercuté une partie de la hausse des coûts d’approvisionnement sur les consommateurs en 2026, le Niger conserve donc des tarifs nettement plus bas.
Du Mali au Ghana : une même pression, des réponses différentes
Du Mali au Ghana, les ajustements opérés en 2026 n’ont pas eu la même ampleur. Le Mali affiche la plus forte hausse du gasoil parmi les pays comparés, avec 215 FCFA supplémentaires par litre. Au Togo, c’est l’essence qui a le plus progressé en proportion, avec une hausse de 12,7 %. Au Burkina Faso, le gasoil a augmenté de 75 FCFA, soit 11,1 %.
Derrière ces hausses, on retrouve le même contexte international. En effet, les tensions au Moyen-Orient ont accentué la pression sur les marchés pétroliers et renchéri les coûts d’approvisionnement. Mais d’un pays à l’autre, les réponses ont été différentes. Certains ont davantage absorbé le choc grâce aux subventions, tandis que d’autres ont choisi d’en répercuter une partie sur les prix à la pompe.
Le Sénégal illustre bien cette difficulté. Depuis le début de l’année, l’État a consacré plus de 245 milliards de FCFA aux subventions sur les carburants. Continuer à maintenir les anciens tarifs aurait encore alourdi cette facture, alors que le coût réel d’importation dépassait déjà les prix payés par les consommateurs.
Au Burkina Faso, la pression était également devenue difficile à contenir. Le maintien du gasoil à 675 FCFA, alors que son coût réel avait pu atteindre environ 1 050 FCFA le litre, pesait de plus en plus lourd sur les finances publiques.
Malgré les réajustements opérés ces derniers mois, les subventions n’ont pas pour autant disparu. Dans plusieurs pays, elles continuent de prendre en charge une partie du coût réel des carburants, limitant ainsi l’impact de la hausse sur les ménages et les activités économiques. Pour amortir cette pression, le raffinage local constitue toutefois, pour les pays producteurs, un levier important.
Le Niger en offre une illustration. Avec sa capacité à produire du pétrole, à le raffiner localement et à organiser son approvisionnement, le pays modifie sensiblement l’impact des flambées des cours sur les prix à la pompe.
Par Bernadette W. Gansonré


