Les réserves de change de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) ont enregistré une baisse préoccupante entre juin et août 2025. Selon les données disponibles, elles sont passées de 7 624,6 milliards FCFA à 6 556 milliards FCFA au 31 août, soit une contraction de 1 068,6 milliards FCFA en seulement deux mois.
Le recul s’explique par plusieurs facteurs combinés. Le gouverneur de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), Yvon Sana Bangui, évoque notamment la fin des appuis budgétaires du Fonds Monétaire International, le règlement accru de la dette extérieure, l’augmentation des importations de produits essentiels (pétrole, riz, médicaments, poisson) ainsi que la détérioration des termes de l’échange en raison de la baisse des cours du pétrole, du coton et du bois. À cela s’ajoutent des transferts de dividendes plus importants vers l’étranger et une intensification des flux monétiques sortants.
Le taux de couverture extérieure de la monnaie a chuté de 69,8 % à 61,6 % entre fin juin et fin août 2025, soit une perte de 8,2 points. Ce niveau reste en deçà du seuil jugé optimal par la banque centrale.
Dans un tel contexte, la BEAC a décidé de resserrer sa politique monétaire en réduisant son offre de liquidité aux banques commerciales à 550 milliards FCFA. L’objectif est de limiter la pression sur les réserves et freiner les sorties de capitaux. L’institution reconnaît toutefois que cette mesure, bien que nécessaire, risque de compliquer l’accès au financement pour les acteurs économiques de la sous-région.
Yvon Sana Bangui a tenu à rassurer sur la solidité des fondamentaux. Il a précisé que les réserves de change s’élevaient à 6 556 milliards FCFA au 31 août 2025, soit 10,81 milliards d’euros, représentant environ 4,3 mois d’importations. Malgré la baisse récente, il estime que « le niveau reste confortable au regard des objectifs en matière de stabilité externe de la monnaie ».
Selon les prévisions de la BEAC, les réserves devraient atteindre 7 101,7 milliards FCFA d’ici la fin de l’année, correspondant à 4,59 mois d’importations et un taux de couverture extérieure de 73,2 %. Cette amélioration anticipée serait portée par la capitalisation des revenus de portefeuille, une meilleure dynamique de rapatriement des devises dans le secteur extractif, ainsi que par une appréciation de l’or.
À moyen terme, les projections sont également optimistes. Les réserves pourraient progresser à 7 707 milliards FCFA en 2026, puis à 8 372,5 milliards en 2027 et 9 475,9 milliards en 2028. Le taux de couverture extérieure se maintiendrait autour de 79,6 % en moyenne.
Cependant, le gouverneur prévient que ces perspectives restent conditionnées à l’évolution des prix internationaux des matières premières, à la conjoncture économique en Chine, principal client des exportations régionales et à la stabilité géopolitique mondiale.
Pour inverser durablement la tendance baissière, la BEAC mise sur une meilleure application de la réglementation des changes. Des équipes renforcées ont été déployées pour contrôler les flux de devises, tandis que des outils de suivi en temps réel sont en cours de déploiement. La banque centrale entend également renforcer le dialogue avec les opérateurs économiques y compris les fintechs et les établissements de paiement, afin de les sensibiliser aux obligations de rapatriement.
Le gouverneur de la BEAC appelle aussi à une action concertée des États membres pour accélérer la mise en œuvre de politiques d’import-substitution. Selon lui, la création d’industries locales de transformation dans les secteurs clés permettrait de réduire la dépendance aux importations et de rééquilibrer la balance commerciale.
Par Leila Toé



