La dynamique du secteur de la microfinance ivoirien au quatrième trimestre 2025 révèle des signaux contrastés : une activité de financement en net rebond et une légère progression de l’épargne, mais des fonds propres en recul marqué et un taux de créances à risque encore loin des normes prudentielles.
La base clientèle des systèmes financiers décentralisés (SFD) a progressé modestement sur la période, passant de 2,56 millions à un peu plus de 2,57 millions de membres et clients, soit une hausse de 0,5 %. Cette clientèle, selon les statistiques, est composée de 58,6 % d’hommes contre 35,2 % de femmes et 6,2 % de personnes morales.
Du côté de l’épargne, l’encours des dépôts a légèrement progressé de 1 % pour atteindre 682,1 milliards FCFA, après 675,1 milliards au trimestre précédent. Au cours de cette période, l’épargne moyenne par client a chuté de 21,6 %, s’établissant à 254 185 FCFA contre 324 045 FCFA au troisième trimestre.
Quant au volet du financement, il enregistre une performance plus soutenue. Le nombre de crédits octroyés a bondi de 48,5 %, passant de 112 120 à 166 548 opérations, tandis que le volume global des décaissements a progressé de 32 %, de 211,5 milliards à 279,2 milliards FCFA. Sur l’ensemble du trimestre, le montant total des crédits octroyés par les SFD atteint 722,5 milliards FCFA, en progression de 5,3 % par rapport au trimestre précédent.
Sur cette période, le portefeuille à risque à 90 jours (PAR 90) s’est légèrement amélioré, à 7,3 % contre 8,8 % un trimestre plus tôt. Toutefois, ce ratio demeure, selon les données disponibles, plus de deux fois supérieur au plafond réglementaire de 3 %.
Concernant la situation financière, le secteur de la microfinance affiche une situation de vulnérabilité. En effet, les fonds propres ont reculé de 16 % en un trimestre, passant de 57,9 milliards à 49,9 milliards FCFA au 31 décembre 2025. Rapportés aux actifs nets, ils ne représentent que 4,9 %, très loin de la norme réglementaire minimale de 15 %. Le total des actifs nets a lui-même reculé de 12,2 % à 1 016,8 milliards FCFA.
Ce tableau d’ensemble est cependant fortement influencé par la situation d’une seule institution, à savoir l’Union nationale des coopératives d’épargne et de crédit de Côte d’Ivoire (UNACOOPEC-CI), qui enregistre un déficit de 80,1 milliards FCFA. Hors de cette union coopérative, les fonds propres agrégés du secteur atteindraient 130 milliards FCFA, portant le ratio de capitalisation à 12,8 %.
Si le secteur compte 45 SFD actifs, l’essentiel de l’activité est assuré par 20 institutions dites « de grande taille », notamment celles dont l’encours d’épargne et/ou de crédit a atteint 2 milliards FCFA sur deux exercices consécutifs, qui totalisent plus de 90 % des actifs sectoriels. Ces structures se répartissent entre 7 institutions mutualistes (IMCEC) et 13 sociétés anonymes (SA).
L’UNACOOPEC-CI conserve sa position de leader avec 37 % de la clientèle, s’appuyant sur un réseau de 24 caisses et 143 points de service couvrant l’ensemble du territoire national. Elle devance BAOBAB CI SA et ADVANS-CI SA, qui détiennent respectivement 12,5 % et 10,7 % de la clientèle.
Par Léon Yougbaré


