Crise Loulo-Gounkoto : fin du bras de fer entre Barrick Mining et l’État malien

La société canadienne Barrick Mining Corporation a annoncé avoir conclu un accord global avec le gouvernement malien, mettant un terme à l’ensemble des différends qui les opposaient depuis plusieurs mois au sujet du complexe aurifère Loulo-Gounkoto, l’un des piliers de la production industrielle d’or du Mali. Cet accord marque un tournant décisif dans une crise politico-économique qui avait profondément affecté l’activité minière et terni le climat d’investissement dans le pays.

Selon le communiqué publié depuis Toronto ce 24 novembre 2025, toutes les accusations visant Barrick, ses filiales et ses employés seront abandonnés, et les procédures nécessaires à la libération des quatre employés détenus depuis plus de cinq mois seront engagés. Par la même occasion, l’administration provisoire imposée au complexe sera levée, permettant le retour du contrôle opérationnel à la compagnie.

« Ceci ouvrira la voie à une relation constructive », précise la société, annonçant le retrait de ses procédures d’arbitrage engagées devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI).

Un différend qui avait pris une tournure judiciaire et diplomatique

La crise entre Barrick Mining et l’État malien remonte à plusieurs mois et s’était progressivement envenimée. Fin mai 2025, l’entreprise canadienne dénonçait publiquement la volonté du gouvernement de placer Loulo-Gounkoto sous administration provisoire, estimant que cette décision violait la législation nationale ainsi que les conventions minières liant les deux parties.

Le 2 juin, le tribunal du commerce de Bamako avait effectivement acté la mise sous administration provisoire pour une durée de six mois, nommant Soumana Makadji comme administrateur chargé de relancer les opérations, à l’arrêt depuis janvier 2025 selon les autorités.

Barrick avait réagi avec fermeté, qualifiant la requête gouvernementale d’« illégale » et dénonçant une escalade des pressions, marquée notamment par la saisie de stocks d’or appartenant à la compagnie, la fermeture de ses bureaux à Bamako, la détention prolongée et jugée arbitraire de plusieurs employés et le blocage des exportations d’or du complexe Loulo-Gounkoto.

Face à la détérioration du climat de coopération et à l’impact sur l’économie nationale – Loulo-Gounkoto étant l’un des plus importants sites aurifères du Mali – Barrick disait vouloir « renouer le dialogue » avec les autorités. Dans une correspondance adressée au ministre de l’Économie et des Finances, la compagnie exprimait sa disponibilité pour trouver un terrain d’entente permettant la libération des employés et une reprise normale des activités.

Le gouvernement, de son côté, avait justifié l’administration provisoire par la nécessité d’assurer la continuité des opérations et de préserver les intérêts nationaux après la fermeture temporaire décidée par Barrick. Mais la compagnie affirmait qu’aucun motif juridique ou factuel ne justifiait la détention de ses employés ni l’intervention de l’État dans la gestion opérationnelle. Le recours à l’arbitrage international au CIRDI constituait alors la dernière étape du bras de fer engagé entre les deux parties.

Le règlement des différends apparaît comme un soulagement pour l’ensemble des acteurs du secteur minier, dans un pays où l’or représente plus de 70% des exportations et constitue une source essentielle de devises. Loulo-Gounkoto, opéré par Barrick, est l’un des complexes les plus rentables d’Afrique de l’Ouest. La levée de l’administration provisoire et la restitution du contrôle opérationnel à Barrick devraient permettre la relance progressive de la production, la reprise des exportations d’or ainsi que la stabilisation du partenariat public-privé.

Par David Yaméogo

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