Dr Youssouf Ouattara analyse les mécanismes de financement de la lutte contre le terrorisme au Burkina Faso

Le Dr Youssouf Ouattara vient de mettre sur le marché littéraire son deuxième ouvrage, dont la cérémonie de dédicace a eu lieu le jeudi 21 mai 2026 à Ouagadougou. Administrateur civil et expert en politiques publiques, l’auteur signe, avec Financement de la lutte contre le terrorisme au Burkina Faso : économie politique d’une résilience nationale, une analyse rigoureuse des mécanismes par lesquels un État en crise sécuritaire finance sa propre survie. Édité par Les Éditions Mercury et disponible à 10 000 FCFA, cet ouvrage de 219 pages ambitionne de combler un vide documentaire que la littérature spécialisée peine encore à adresser.

Si la littérature spécialisée abonde sur les mécanismes de financement des groupes terroristes, elle reste singulièrement silencieuse sur la riposte étatique. C’est précisément ce déficit analytique que Dr Ouattara a choisi de combler. « Il y a beaucoup de productions faites sur le financement du terrorisme, comment l’activité terroriste se finance. Mais il y a très peu de productions sur la manière dont les États s’y prennent, comment ils financent la riposte », a-t-il expliqué.

L’ouvrage s’articule en deux grandes parties. La première dresse un état des lieux du phénomène terroriste au Burkina Faso et passe au crible les réponses apportées en matière de financement sous quatre présidents successifs : Blaise Compaoré, Roch Marc Christian Kaboré, le Lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba et le Capitaine Ibrahim Traoré. La seconde partie, présentée comme le cœur de l’ouvrage, analyse les mécanismes concrets de mobilisation et d’affectation des ressources dans le contexte actuel.

L’un des apports majeurs de l’ouvrage réside dans son traitement des mécanismes de financement endogènes, c’est-à-dire ceux développés en dehors des canaux traditionnels que sont la fiscalité et l’aide publique au développement. À partir de 2022-2023, observe Dr Ouattara, les autorités burkinabè ont mis en place un ensemble de mesures et de décisions tendant à générer de nouvelles ressources pour la lutte. « Le Burkina a montré qu’au-delà de l’instrument budgétaire, l’État peut se développer autrement », a-t-il soutenu.

L’auteur accorde une place particulière aux conditions de gouvernance qui soutiennent cet engagement citoyen dans le financement de l’action publique, notamment la transparence et la redevabilité. « Avec ces éléments de transparence, les citoyens se sentent beaucoup plus confiants envers les autorités et décident de s’engager en contribuant davantage », a-t-il fait savoir, posant ainsi les jalons d’un modèle de contrat social réinventé en temps de crise.

Un titre, un positionnement

Le choix du titre n’est pas anodin. Dr Ouattara a délibérément opté pour les mots « lutte contre le terrorisme » plutôt que « guerre », afin de signifier que la réponse à la menace dépasse la seule dimension militaire. « La lutte contre le terrorisme va au-delà de la guerre. Et c’est ce que vous allez découvrir aussi dans l’œuvre, parce qu’au-delà de tout ce qui est hard power, il y a bien d’autres actions qui concourent à la lutte contre le terrorisme », a détaillé l’expert en politiques publiques.

Dr Ouattara a par ailleurs annoncé travailler à une version anglaise de l’ouvrage, avec une visée explicitement internationale. « Nous-mêmes, nous devons développer notre narratif, nous devons raconter notre histoire telle que nous le voulons au monde », a-t-il affirmé, soulignant l’enjeu souverain que représente la production d’un discours propre sur la crise sécuritaire sahélienne. « Il est bon qu’on apprenne à raconter notre histoire au monde et dans la langue que le monde comprend », a-t-il insisté.

Sobre dans la forme mais rigoureux sur le fond, Financement de la lutte contre le terrorisme au Burkina Faso se présente, selon son auteur, comme une contribution de référence au débat sur la résilience financière des États sahéliens, une question dont les implications dépassent largement les frontières du Burkina Faso.

Par Léon Yougbaré

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