Le secteur de la monnaie électronique poursuit sa transformation sous l’œil attentif de la Commission Bancaire de l’Union Monétaire Ouest-Africaine (UMOA). Si les chiffres témoignent d’une évolution sur certains segments du secteur, l’année a été une année difficile pour les établissements de monnaie électronique, entre retrait d’agréments et défis de rentabilité.
À fin décembre 2024, la Commission Bancaire de l’UMOA comptait 14 établissements de monnaie électronique (EME) agréés, contre 17 un an plus tôt. Cette baisse résulte du retrait des agréments de trois EME basés en Côte d’Ivoire, notamment la Compagnie Financière de Paiements (CFP), Small World Financial Services Africa (SWFSA) et Africa Digital Finance (ADF).
La répartition des EME par pays révèle une concentration dans trois pays, avec trois établissements chacun au Sénégal, en Côte d’Ivoire et au Bénin, deux au Mali et un dans chacun des autres pays, notamment le Burkina Faso, la Guinée-Bissau et le Niger. Sur les 14 établissements, seuls 12 étaient effectivement en activité à fin 2024.
Leur chiffre d’affaires cumulé a atteint 291,3 milliards FCFA, en progression de 42,4 milliards, soit 17,1 % sur un an. Cette hausse est notamment portée par la dynamique des transactions au Bénin (+21,3 %), en Côte d’Ivoire (+15,6 %) et au Mali (+23,2 %).
Néanmoins, cette croissance soutenue de l’activité ne suffit toutefois pas à rétablir l’équilibre financier du secteur, qui reste déficitaire, avec une perte nette de 17,3 milliards FCFA en 2024, contre 21,1 milliards en 2023 et 32,8 milliards en 2022. Quatre établissements concentrent ces pertes, représentant à eux seuls 34,7 % des encours de monnaie électronique.
Parallèlement, l’encours global de monnaie électronique a progressé de 25,6 %, passant de 1 124,1 milliards FCFA en 2023 à 1 411,7 milliards FCFA en 2024. Il est principalement détenu par les EME opérant en Côte d’Ivoire (28,7 %), au Sénégal (26,6 %), au Burkina Faso (22,3 %), au Mali (11,6 %) et au Bénin (10,6 %). Les fonds émis sont sécurisés par des montants cantonnés dans les comptes ouverts dans les livres des banques de l’Union.
En ce qui concerne le nombre de comptes de monnaie électronique, il a poursuivi sa croissance, atteignant 173,1 millions fin 2024, contre 145,2 millions un an plus tôt, soit une hausse de 19,2 %. Toutefois, seuls 53,6 millions, soit 31 % des comptes, sont actifs, un taux en recul par rapport à 2023 où l’on enregistrait un taux de 36,2 % pour 52,6 millions de comptes. En conséquence, les comptes inactifs représentent désormais 119,4 millions, soit 69 % du total, contre 63,8 % en 2023.
En 2024, 9,74 milliards de transactions ont été enregistrées contre 8,71 milliards en 2023, soit une hausse de 11,9 %. La valeur des opérations via la téléphonie mobile a, quant à elle, atteint 126 680 milliards FCFA, en hausse de 23,6 % par rapport aux 102 455,4 milliards réalisés en 2023. Le réseau de distribution des EME, malgré cette croissance, s’est contracté, atteignant 1 061 840 points de services à fin 2024, en baisse annuelle de 12,5 %. Ce réseau regroupe des distributeurs automatiques de billets (DAB), des agents distributeurs, des sous-distributeurs et des terminaux de paiement électronique (TPE). Les opérations de rechargement, de retrait en cash et de transferts de personne à personne demeurent les principales utilisations, représentant ensemble 81,9 % de la valeur totale des transactions en monnaie électronique.
Sur le plan prudentiel, la situation est globalement satisfaisante. Le ratio de couverture, imposant aux EME de détenir au moins 3,0 % de leurs encours en capitaux propres, s’établit à 7,3 % à fin 2024. Il est respecté par neuf des douze EME actifs, dont deux en Côte d’Ivoire, au Bénin et au Mali, un au Burkina Faso, au Sénégal et au Niger. Le ratio d’équivalence, qui met en relation la valeur des placements financiers liés à la monnaie électronique et les dépôts à vue, affiche un taux de 100,3 %, conforme à la norme minimale de 100 %. Onze EME respectent cette exigence, dont trois en Côte d’Ivoire et au Sénégal, deux au Mali, un au Burkina Faso, au Niger et au Bénin. Enfin, l’ensemble des 12 EME se conforme à la règle plafonnant à 25 % la valeur des placements financiers sur les encours de monnaie électronique, avec un niveau moyen observé de 18,1 % en 2024.
Malgré une dynamique d’adoption et une amélioration continue de certains indicateurs, le secteur de la monnaie électronique dans l’UMOA reste confronté à des fragilités, en particulier sur le plan de la rentabilité. L’augmentation du chiffre d’affaires et des transactions ne se traduit pas encore par un équilibre financier pour l’ensemble des acteurs. Dans ce contexte, la supervision de la Commission Bancaire demeure un levier essentiel pour encadrer ce secteur à fort potentiel, mais dont la viabilité économique reste encore incertaine.
Par Bernadette W. Gansonré


