Financement du commerce en Afrique : le rapport de la BAD évoque un déficit compris entre 74 et 92 milliards de dollars en 2024

La Banque africaine de développement (BAD) a présenté à Brazzaville, dans le cadre de ses Assemblées annuelles 2026, la cinquième édition de son Rapport sur le financement du commerce. Ce document dresse un bilan nuancé de la période 2020-2024, montrant que les institutions financières africaines ont su faire preuve de résilience après la pandémie de Covid-19. Toutefois, indique le rapport, le continent est resté structurellement sous-financé dans ses échanges commerciaux.

Selon le rapport, l’Afrique accusait en 2024 un déficit de financement du commerce compris entre 74 et 92 milliards de dollars, représentant 5,4 % de la valeur totale des échanges de marchandises du continent. Autrement dit, des pans entiers du commerce africain ne trouvent pas de financement bancaire, faute d’une offre suffisante.

Par ailleurs, les études montrent que ce manque à combler est d’autant plus préoccupant que les banques commerciales ont significativement réduit leur présence sur ce segment. Entre 2020 et 2024, elles n’ont financé en moyenne que 23 % du commerce total du continent, contre 40 % sur la période 2011-2019, soit un recul de près de la moitié.

Le rôle décisif des institutions de développement

Le vide créé par la réduction des engagements des banques commerciales est partiellement comblé par les institutions de financement du développement (IFD), dont la BAD elle-même. Entre 2020 et 2024, les IFD ont facilité en moyenne 32 milliards de dollars de financement du commerce par an, soit environ 3 % du commerce total des marchandises du continent.

Sans leur intervention, précise le rapport, le déficit annuel aurait pu dépasser les 100 milliards de dollars sur la même période, selon les estimations de la BAD. Anthony Simpasa, directeur du Département de la politique macroéconomique, des prévisions et de la recherche de la BAD, a souligné lors de la présentation du rapport que ces efforts ont permis de réduire la demande non satisfaite de près de 10 % entre 2019 et 2024. « La résurgence des tensions géopolitiques et les perturbations des chaînes d’approvisionnement pourraient anéantir les progrès réalisés depuis la pandémie », a-t-il averti. Dans un scénario allant de modéré à sévère, le déficit pourrait se creuser entre 86,6 et 102,6 milliards de dollars d’ici 2027, effaçant potentiellement une décennie de progrès.

Le rapport fait également état de signaux positifs, notamment concernant le commerce intra-africain. Sur la période 2020-2024, les échanges entre pays africains ont représenté 34 % du commerce total financé par les banques, en hausse de 89 % par rapport aux niveaux d’avant la pandémie. Ce bond dit « spectaculaire » reflète, en partie, les premiers effets de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) et la réorientation progressive des flux commerciaux vers l’intérieur du continent.

Liquidités en devises et numérisation : les deux talons d’Achille

Le rapport met en lumière deux contraintes structurelles majeures pour le continent africain. D’une part, la pénurie de liquidités en devises étrangères s’est imposée comme le principal obstacle à la croissance du financement du commerce. En effet, le document indique que 36 % des banques interrogées l’ont citée comme principal frein entre 2020 et 2024, contre 18 % sur la période 2015-2019.

D’autre part, la transition numérique du financement du commerce reste embryonnaire. Seules 28 % des banques sondées, selon le rapport, déclarent avoir adopté des outils ou plateformes numériques pour leurs opérations, principalement en raison des coûts élevés d’implémentation et de l’inadéquation des infrastructures technologiques.

Publié tous les deux à trois ans depuis 2014, le rapport de la BAD sur le financement du commerce fait désormais référence sur le continent. Cette cinquième édition intègre pour la première fois des dimensions liées à la numérisation et à la durabilité environnementale.

Par Léon Yougbaré

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