Le secteur de la fintech reprend son trône sur le marché africain du capital-risque. Avec 640 millions de dollars levés au premier semestre 2025, il devance largement les autres segments de startups du continent, selon le rapport Africa: The Big Deal. Une performance impressionnante, portée notamment par cinq méga-opérations qui concentrent à elles seules l’essentiel de cette manne financière.
En tête du classement figure Wave Money, qui a décroché un accord de dette de 137 millions de dollars la plus importante levée de fonds fintech de la période. Derrière, l’Égyptien Bokra a levé 59 millions de dollars, suivi du Sud-Africain Stitch avec un tour de table de série B bouclé à 55 millions de dollars. LemFi, acteur nigérian spécialisé dans les services financiers transfrontaliers, a levé 53 millions de dollars, tandis que MNT-Halan, via sa filiale Tasaheel, a émis une obligation de 50 millions de dollars.
Ces cinq transactions ont constitué la colonne vertébrale du retour en force de la fintech, démontrant une fois de plus l’appétit des investisseurs pour ce secteur. Leur taille traduit également l’écart croissant entre la fintech et les autres segments en matière de valeur des opérations.
La dynamique s’observe aussi sur la durée. Sur les douze derniers mois glissants, la part de la fintech dans le financement total des startups africaines est passée à 51 %, contre seulement 28 % il y a un an et demi. Et si elle ne représente « que » 27 % du volume global des transactions au premier semestre 2025, la fintech domine nettement les gros tickets : 31 % des transactions supérieures à 1 million de dollars, et près de la moitié (46 %) des opérations de plus de 10 millions.
En revanche, elle reste plus discrète sur les petites levées, avec seulement 21 % des transactions situées entre 100 000 et 1 million de dollars. Mais même là, la fintech surperforme en termes de montants moyens : la valeur médiane de ses levées atteint 1,7 million de dollars, avec une moyenne de 10 millions contre 0,5 million de médiane et 4,8 millions de moyenne pour les secteurs non technologiques.
Derrière la fintech, le secteur de l’énergie se classe deuxième avec 220 millions de dollars levés, soit 20 % du financement global. Le Kenya en est le principal bénéficiaire, notamment grâce à Burn Manufacturing (85 millions de dollars) et PowerGen (55 millions). Depuis 2019, le secteur énergétique y capte à lui seul la moitié des fonds destinés aux startups locales. Ce poids est en nette opposition avec l’Afrique du Sud, le Nigeria et l’Égypte, où l’énergie représente respectivement 7 %, 6 % et 2 % des investissements.
La santé arrive en troisième position, portée par la fusion entre l’entreprise sud-africaine hearX et l’Américaine Eargo, une opération valorisée à 100 millions de dollars sur un total sectoriel de 160 millions. La logistique et le transport suivent avec 116 millions, tandis que la proptech se hisse à la cinquième place. Elle le doit principalement à l’Égyptien Nawy, qui a levé 75 millions de dollars via une série A et un financement par dette, la plus grosse levée dans ce segment sur le continent.
Les technologies liées au climat maintiennent également leur attrait. En regroupant les levées dans l’énergie, l’agroalimentaire, la logistique et même la fintech, les investissements dans la climate tech ont totalisé 300 millions de dollars, soit 21 % du total des financements et 28 % des transactions supérieures à 100 000 dollars. Des chiffres en baisse par rapport à l’an dernier, mais qui traduisent un intérêt toujours marqué des investisseurs.
Enfin, quelques opérations notables hors des quatre grands marchés africains méritent d’être signalées. En Tunisie, Kumulus Water a levé 3,5 millions de dollars, tandis que le Ghanéen Kofa a réussi une pré-série A de 8,1 millions. Des signaux encourageants pour un écosystème en quête de diversification géographique.
Le premier semestre 2025 consacre donc le retour en grâce de la fintech africaine. Plus qu’un simple rebond, c’est une consolidation de sa position dominante dans un paysage technologique africain en pleine recomposition.
Par Drissa Ouattara


