mercredi 14 janvier 2026

FMI : avec une dette mondiale qui a franchi 100 000 milliards de dollars en 2024, des restructurations inévitables s’imposent pour certains pays, selon l’institution de Bretton Woods

Le Fonds Monétaire International (FMI) tire la sonnette d’alarme dans son rapport annuel 2025 intitulé « Cap sur la croissance en période d’incertitude ». Selon l’institution, la dette publique mondiale a franchi la barre des 100 000 milliards de dollars en 2024 et pourrait approcher les 100 % du PIB mondial d’ici la fin de la décennie, voire davantage en raison de pressions croissantes sur les dépenses publiques et de prévisions souvent sous-estimées.

Selon l’institution de Bretton Woods, en 2024, les finances publiques se sont nettement détériorées. Le déficit budgétaire global a atteint en moyenne 5,1 % du PIB, tandis que la dette a progressé à 92,3 % du PIB, tirée notamment par l’héritage des dépenses liées à la pandémie de COVID-19 et la hausse des charges d’intérêts. Cette évolution réduit les marges de manœuvre pour financer les investissements indispensables au développement, particulièrement dans les pays à faible revenu où l’aide extérieure reste insuffisante.

Si près des deux tiers des pays prévoient de stabiliser ou réduire leur dette d’ici 2029, les niveaux resteront très supérieurs à ceux d’avant la pandémie. Pour le FMI, la multiplication des politiques budgétaires expansionnistes alimente la hausse des primes d’échéance sur les obligations d’État, renchérit le coût de l’emprunt et ralentit l’activité économique. La situation est déjà critique : 53 % des pays à faible revenu et 23 % des économies émergentes sont en situation de surendettement ou proches de l’être.

L’incertitude économique et géopolitique renforce cette fragilité. Les analyses de l’institution montrent qu’une montée des incertitudes géoéconomiques peut gonfler la dette publique d’environ 4,5 % du PIB à moyen terme, sous l’effet de déficits plus lourds, de dépenses accrues et de recettes fiscales en baisse.

Pour rétablir la soutenabilité budgétaire, le FMI appelle à un rééquilibrage urgent. Cela passe par des règles de dépenses plus strictes et des réformes structurelles dans des secteurs lourds comme les retraites et les subventions énergétiques. Pour les pays dont la dette est jugée non viable, des restructurations devront être envisagées. La Table ronde mondiale sur la dette souveraine, coprésidée par le FMI, a d’ailleurs publié un manuel pratique (Restructuring Playbook) destiné à guider les autorités nationales dans ce processus.

L’institution plaide toutefois pour des solutions différenciées selon les contextes. Les pays avancés, confrontés au vieillissement de leur population, devront réformer leurs systèmes sociaux et élargir leur base fiscale. Les pays émergents et en développement gagneraient à moderniser leur fiscalité, réduire progressivement les subventions énergétiques et rationaliser leurs dépenses publiques. Quant aux pays aux marges budgétaires limitées, ils devront revoir leurs priorités, tandis que ceux disposant de plus de ressources pourront maintenir une politique plus expansionniste selon leurs objectifs à moyen terme.

Pour le FMI, l’action ne peut plus attendre. Des mesures rapides, mais progressives, coordonnées au niveau international, s’imposent afin d’éviter des interventions futures plus coûteuses et potentiellement déstabilisatrices. La viabilité des finances publiques mondiales et la résilience économique de long terme en dépendent.

Par Drissa Ouattara

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