FONAFIS 2026 : un panel ministériel pour poser les bases d’un financement durable de la santé au Burkina Faso

La première journée du Forum national pour le financement de la santé (FONAFIS), qui se tient du 25 au 27 mars 2026 dans la capitale burkinabè, a été marquée par un panel de haut niveau réunissant les ministres de l’Économie et des Finances, de la Santé et des Serviteurs du Peuple. Placé sous la modération du Pr Nicolas Méda, ancien ministre de la Santé, ce panel a mis en débat une équation aussi urgente que complexe : comment financer durablement la santé dans un pays en guerre, à l’heure où l’aide internationale se raréfie ?

D’emblée, le Pr Méda a posé le cadre en soulignant que, lorsque 44 % des Burkinabè doivent encore arbitrer entre se soigner et se nourrir, le discours sur la souveraineté sanitaire ne peut rester au stade des proclamations. « C’est le moment pour notre pays d’accélérer sa marche vers une souveraineté sanitaire choisie et résiliente », a-t-il lancé, ajoutant que le FONAFIS ne doit pas être un forum de plus, mais plutôt un cadre pour la conclusion d’un contrat de souveraineté sanitaire entre les trois départements ministériels. Pour le modérateur, la crise de l’aide publique au développement doit être lue comme une opportunité de rupture : celle d’enterrer définitivement le paradigme de la santé comme charge budgétaire et d’inaugurer celui de la santé comme investissement stratégique.

C’est précisément cette grille de lecture qu’a endossée le ministre de l’Économie et des Finances, Dr Aboubakar Nacanabo. Dans sa vision, le circuit est vertueux et indivisible : la santé améliore la productivité, la productivité génère la croissance, la croissance finance le développement. « On ne peut pas avoir une éducation de qualité si les acteurs ne sont pas en bonne santé », a-t-il illustré, rappelant que le plan de relance, qui fait office de plan national de développement sur la période 2026-2030, intègre le développement du capital humain comme l’un de ses piliers structurants, aux côtés de l’éducation et de la protection sociale.

Sur le plan budgétaire, le ministre a souligné qu’avec 12 % du budget national alloués à la santé auxquels s’ajoute l’initiative présidentielle pour la santé le Burkina Faso dépasse d’ores et déjà ce seuil affiché, tendant progressivement vers les 15 % prescrits par la Déclaration d’Abuja. Mais Dr Nacanabo s’est voulu on ne peut plus clair : l’enjeu n’est plus le volume de ressources alloué, mais l’efficacité de leur utilisation. Car, selon lui, même un budget de 30 % ou 40 % consacré à la santé, sans rigueur dans la dépense, ne produira pas les résultats attendus. Cette responsabilité est, de son point de vue, partagée entre les deux ministères, appelés à concevoir ensemble une allocation optimale et à en mesurer l’impact réel.

Interrogé sur l’opportunité de flécher directement les taxes sur le tabac, l’alcool, la restauration rapide ou les télécommunications vers le financement de l’assurance maladie universelle à l’instar du Ghana, qui a atteint une couverture nationale de près de 70 % en une décennie grâce à ce mécanisme , le ministre des Finances a opposé une réponse de juriste budgétaire. Le Burkina Faso fonctionne sous le principe d’unicité budgétaire, qui commande que toutes les recettes convergent vers le budget général avant toute affectation sectorielle. Créer des canaux d’affectation dédiés reviendrait à ouvrir une logique de fléchage généralisée, qui désavantagerait inévitablement d’autres secteurs tout aussi prioritaires. Dr Nacanabo a toutefois relativisé l’argument en rappelant que le budget du ministère de la Santé dépasse les 300 milliards de FCFA, soit bien davantage que le produit total de la taxe dite du péché. L’équilibre, a-t-il conclu, doit être maintenu et amélioré progressivement, dans un contexte où les exigences sécuritaires et de développement pèsent simultanément sur les arbitrages.

Redevabilité et maintenance : le défi interne du ministère de la Santé

Le Pr Méda n’a pas épargné le ministre de la Santé, Dr Lucien Kargougou, en lui opposant le paradoxe des cimetières d’équipements médicaux : comment solliciter des ressources supplémentaires quand les hôpitaux accumulent des appareils neufs tombés en panne faute de maintenance ? En réponse, Dr Kargougou a d’abord rendu hommage à l’effort budgétaire qualifiant de « remarquable » le fait d’allouer 12 % du budget à la santé dans un pays mobilisé sur le front militaire – avant d’annoncer trois pivots opérationnels.

Le premier, dit-il, concerne le mode d’acquisition des équipements : le ministère entend abandonner les achats classiques au profit de formules de mise à disposition et de leasing, qui responsabilisent contractuellement les fournisseurs sur la maintenance préventive et curative. Le deuxième axe implique les utilisateurs eux-mêmes, dont la responsabilité dans la durée de vie des équipements est souvent négligée. « La maintenance n’est pas seulement du fait du DG de l’hôpital ou de l’équipementier qui l’installe », a-t-il indiqué.

Quant au troisième levier, déjà enclenché, il consiste en une dotation centralisée de 2 milliards de FCFA confiée à la Société de gestion de l’équipement et de la maintenance biomédicale (SOGEMAB), pour contractualiser directement avec les grands équipementiers la maintenance des plateaux techniques lourds scanners, IRM que les hôpitaux ne peuvent financer seuls. « Un hôpital n’a pas suffisamment de ressources pour assurer la maintenance curative d’un appareil d’IRM, d’un scanner de 64 barrettes », a fait savoir Dr Kargougou.

Sur le plan de la transparence, le ministre s’est engagé à mettre en place un mécanisme de redevabilité permettant aux citoyens comme au ministère des Finances de vérifier que chaque franc investi dans la santé produit un impact mesurable. « Dans le secteur de la santé, nous sommes convaincus qu’il faut mettre en place un mécanisme de redevabilité qui permette, tant au ministre en charge des Finances qu’aux Burkinabè, de se rendre compte que l’argent injecté dans le domaine de la santé est utilisé avec beaucoup d’efficacité », a-t-il laissé entendre.

Le RAMU face à l’impératif d’universalité

Le ministre des Serviteurs du Peuple, Matthias Traoré, a pour sa part été interrogé sur le Régime d’assurance maladie universelle (RAMU), lancé le 1er février 2026. Il a recontextualisé le démarrage actuel du RAMU comme une phase pilote délibérée, concentrée sur les agents de l’État à Ouagadougou et à Bobo-Dioulasso, et dotée d’une enveloppe initiale de 30 milliards de FCFA. « C’est une question de pouvoir expérimenter notre régime et nous comptons l’étendre d’ici juillet 2026 à l’ensemble des citoyens qui se seront volontairement inscrits », a clarifié le ministre, tout en précisant que le régime tel que défini est obligatoire pour tous les citoyens.

À l’en croire, le modèle prévoit une prise en charge à 70 % par la Caisse nationale d’assurance maladie universelle (CNAMU), le bénéficiaire assurant les 30 % restants, avec extension automatique aux membres de sa famille à charge. L’ambition affichée, a-t-il poursuivi, est une ouverture volontaire à l’ensemble de la population dès juillet 2026, puis une généralisation avant la fin de l’année.

Pour soutenir cette trajectoire, le ministre a annoncé plusieurs réformes structurelles, notamment l’intensification des sources de financement, l’amélioration du recouvrement des cotisations, la digitalisation intégrale des prestations du RAMU et des campagnes de sensibilisation sur l’utilisation raisonnée du régime. « Nous avons également prévu la digitalisation de l’intégralité des prestations du RAMU », a ajouté Matthias Traoré.

Il a par ailleurs rappelé que l’effort de protection sociale va au-delà du RAMU, avec le financement de visites médicales annuelles gratuites pour les retraités de la CNSS et de la CARFO. À cet effet, les paiements effectués atteignent près de 17 milliards de FCFA au titre de l’année 2024. « Nous avons, au titre des prestations de ces deux caisses, procédé à la construction et à l’équipement du Centre de gériatrie à Ouagadougou, qui a été entièrement construit par la CARFO pour un coût global de 2,5 milliards de FCFA, dont 1,6 milliard a été payé au titre des équipements », a-t-il conclu.

Par Léon Yougbaré

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