L’Afrique dispose d’un trésor caché de 4 000 milliards de dollars. C’est l’estimation avancée par le rapport 2025 de l’Africa Finance Corporation (AFC), intitulé « Mobiliser les ressources intérieures pour la transformation économique de l’Afrique ». Ce montant colossal correspond au capital domestique mobilisable sur le continent, incluant les fonds de pension, les assurances, les fonds souverains, les actifs bancaires et les réserves de change. Un potentiel gigantesque, mais dont une infime partie seulement est aujourd’hui captée pour financer le développement économique africain.
Un potentiel massif, largement sous-exploité
Les fonds de pension : 455 milliards de dollars, mais concentrés
Selon AFC Research, les fonds de pension africains gèrent près de 455 milliards de dollars. L’Afrique du Sud à elle seule en concentre 70 %, soit plus de 315 milliards de dollars, suivie du Kenya. En revanche, les actifs nigérians, bien qu’en croissance en monnaie locale, ont vu leur valeur en dollars chuter du fait de la dépréciation du naira. Les pays comme l’Algérie, la Libye ou l’Éthiopie sont exclus des estimations, faute de données disponibles, ce qui laisse penser que le potentiel réel est encore plus élevé.
Les assurances : plus de 320 milliards de dollars, mais une portée limitée
Le secteur africain de l’assurance dispose d’actifs estimés à 320 milliards de dollars, dont 258 milliards concentrés en Afrique du Sud (79 % du total). Malgré ce poids, la pénétration de l’assurance reste marginale dans la majorité des pays africains. L’assurance-vie, pourtant bien adaptée aux investissements de long terme, représente moins de 30 % des contrats. La domination reste du côté des assurances non-vie (auto, santé, industrielle), souvent imposées par la réglementation.
Des déséquilibres criants entre régions africaines
La zone CIPRES, poids plume dans les retraites
Les pays membres de la CIPRES, regroupant le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la RDC, le Congo, le Gabon, la Guinée-Bissau, la Guinée équatoriale, Madagascar, le Mali, le Niger, le Sénégal, le Tchad et le Togo ne représentent que 1,4 % des actifs des fonds de pension africains. Un chiffre bien inférieur à celui du Maroc (8 %), de la Namibie ou du Kenya (3,1 % chacun), ou encore du Botswana (2,2 %).
La CIMA, marginale sur le marché de l’assurance
Même tendance dans le secteur des assurances. Tandis que l’Afrique du Sud, le Maroc (7 %), l’Égypte (3 %) et le Kenya (2,8 %) concentrent la quasi-totalité des actifs, les pays membres de la CIMA que sont le Bénin, le Burkina Faso, le Cameroun, la RCA, le Congo, la Côte d’Ivoire, le Gabon, la Guinée-Bissau, la Guinée équatoriale, le Mali, le Niger, le Sénégal, le Tchad et le Togo, ne détiennent que 1,8 % du total. Ces chiffres traduisent l’urgence de développer des marchés de capitaux domestiques et inclusifs.
Fenêtre sur le Burkina Faso : une stratégie d’ancrage local des ressources
En 2024, les 18 compagnies d’assurances du Burkina Faso (8 en vie, 10 en IARD) ont enregistré un chiffre d’affaires cumulé de 167,38 milliards FCFA, en hausse de 5,99 % par rapport à 2023. Pour capter une partie de ses ressources, l’État burkinabè a mis en place Faso-Réassurance afin de mieux canaliser les ressources du secteur. En rendant obligatoire la cession d’une part des primes d’assurance à cette société nationale (hors assurances offshore, aviation et maladie), le gouvernement veut réduire les fuites de capitaux vers les réassureurs étrangers et renforcer la souveraineté financière locale en réorientant ses vers les investissements dans des projets structurants.
Par Drissa Ouattara


