Frais bancaires cachés : les PDG des banques commerciales sommés de s’expliquer devant le Parlement nigérian

Au Nigeria, la tension monte entre les banques commerciales et la Chambre des représentants, alors qu’un comité d’enquête parlementaire exige des explications sur des déductions jugées illégales opérées sur les comptes de clients, notamment des fonctionnaires. Réunis mardi à Abuja, les membres du comité ad hoc ont adressé des convocations fermes aux directeurs généraux des banques, leur ordonnant de comparaître en personne pour éclairer ces pratiques devenues, selon eux, récurrentes et injustifiées.

Les griefs portent sur une multitude de frais : alertes SMS, frais de maintenance, frais de transfert et autres prélèvements jugés opaques. Pour le président du comité, Kelechi Nwogu, il ne s’agit plus seulement d’incidents isolés, mais d’un système qui échappe à toute logique de transparence. Il accuse les établissements de pratiquer des déductions « systématiques et illégales », incluant des frais dont la destination n’est ni claire ni rattachée à une quelconque autorité fiscale ou administrative. Selon lui, les banques doivent démontrer que chaque montant prélevé est dûment autorisé, calculé avec exactitude et utilisé conformément aux règles en vigueur.

Pour mener son enquête, le comité affirme collaborer avec le ministère des Finances, le Bureau du Comptable général de la Fédération, la Commission des crimes économiques et financiers (EFCC) ainsi qu’avec l’ensemble des banques opérant dans le pays. Mais il prévient : aucune délégation ne sera acceptée. Les directeurs généraux devront eux-mêmes répondre aux questions du panel afin d’assurer la pleine responsabilité des institutions qu’ils dirigent. Les banques disposent d’un ultimatum de quatre jours, jusqu’à lundi, pour fournir tous les documents exigés, faute de quoi des sanctions seront appliquées.

Cette offensive parlementaire intervient dans un contexte où la perception des charges bancaires est déjà au cœur des préoccupations des entreprises. Selon l’enquête sur les attentes commerciales publiée récemment par la Banque centrale du Nigeria, les frais bancaires élevés, au même titre que la pression fiscale et la faiblesse des infrastructures, figurent parmi les principales contraintes freinant l’activité économique en septembre 2025. Les entreprises interrogées ont attribué aux charges bancaires un score de 70,8, identique à celui de la fiscalité, suivies de près par les infrastructures défaillantes (70,7). Malgré ce diagnostic sévère, une confiance modérée demeure quant à la poursuite de l’activité.

L’enquête parlementaire pourrait toutefois rebattre les cartes si elle confirme des dérives systémiques dans la tarification bancaire. En attendant, les regards se tournent vers les PDG convoqués : leur audition devrait marquer une étape décisive dans la quête de transparence exigée par les autorités comme par les millions de clients concernés.

Par Drissa Ouattara

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