Ghana : First Atlantic Bank signe la première introduction en bourse majeure depuis plus de sept ans

Après plus de sept années de silence, le marché boursier ghanéen enregistre un signal fort de reprise. First Atlantic Bank PLC est devenue la première entreprise à réussir une introduction en bourse sur le compartiment principal de la Ghana Stock Exchange, mettant fin à une longue période sans nouvelles cotations en actions au siège. Un événement rare, mais surtout symbolique, dans un contexte où les marchés financiers du pays tentent de se réinstaller durablement après plusieurs années de turbulences.

Les actions de la banque ont été admises à la cote à 7,3 cedis ghanéens à l’issue d’une opération sursouscrite, selon les régulateurs et les acteurs du marché. L’offre a mobilisé aussi bien des investisseurs institutionnels que des particuliers, traduisant un regain de confiance envers certaines valeurs financières, longtemps pénalisées par une activité boursière atone. Dès les premières heures de négociation, environ 2 200 titres ont changé de mains, l’action a progressé par rapport à son prix de référence, un démarrage mesuré, mais révélateur d’un intérêt réel à l’ouverture du marché.

La cérémonie officielle de cotation, organisée à Accra, a réuni des responsables de la Bank of Ghana, de la Securities and Exchange Commission Ghana, de la bourse, ainsi que des gestionnaires de fonds et des conseillers financiers. Pour Abena Amoah, directrice générale de la GSE, cette introduction en bourse constitue un jalon majeur, d’autant plus qu’elle intervient à l’occasion du 35ᵉ anniversaire de l’institution. Elle y voit le retour de la vocation première de la bourse, celle de mobiliser des capitaux propres pour soutenir la croissance à long terme des entreprises. Selon elle, la transaction démontre que, malgré les chocs macroéconomiques récents, le marché local reste capable de financer des entreprises solides.

Il s’agit de la première introduction en bourse sur le compartiment principal depuis celle de MTN Ghana en septembre 2018. Depuis, la place boursière avait peiné à attirer de nouveaux émetteurs, freinée successivement par la pandémie de Covid-19, des niveaux de valorisation jugés peu attractifs et, plus récemment, par la crise de la dette souveraine. Avant l’opération First Atlantic Bank, la bourse n’avait enregistré aucune nouvelle cotation principale pendant cinq années consécutives, la plus longue interruption depuis le lancement des transactions en 1990.

Pour le régulateur du marché, l’opération illustre pleinement le rôle stratégique des marchés de capitaux. Le Dr Jacob Aidoo, chef du département des émetteurs à la SEC, s’exprimant au nom de la direction générale, a souligné que l’offre permet à la fois de lever des ressources à long terme et d’offrir des sorties partielles et ordonnées aux actionnaires fondateurs. Il a toutefois rappelé que le statut de société cotée implique des exigences renforcées en matière de transparence et de gouvernance, conditions essentielles pour préserver la confiance des investisseurs et l’intégrité du marché.

Créée en tant que banque universelle en 2014, First Atlantic Bank s’est progressivement imposée comme un acteur de taille intermédiaire à l’échelle nationale. Selon la Banque du Ghana, elle représente près de 4 % des actifs et des dépôts du secteur bancaire et dispose d’environ 30 points de service sur l’ensemble du territoire. Pour le gouverneur de la banque centrale, le Dr Johnson Asiama, le choix de la cotation n’était pas anodin, compte tenu du double contrôle exercé par les autorités bancaires et celles des marchés de capitaux. Il estime néanmoins que cette ouverture du capital contribue à renforcer la responsabilité, la transparence et, plus largement, la reconstruction de la confiance dans le système financier, après l’une des périodes macroéconomiques les plus éprouvantes de l’histoire récente du pays.

Cette introduction en bourse intervient dans un contexte boursier nettement plus favorable. En 2025, les indices de la GSE affichent une dynamique remarquable, portés par l’amélioration du sentiment des investisseurs et les attentes de stabilisation macroéconomique. À la date de la cotation, l’indice financier de la bourse progressait de près de 94 % depuis le début de l’année, tandis que l’indice composite gagnait près de 79 % sur la même période. Pour de nombreux acteurs, cette opération pourrait servir de catalyseur et encourager d’autres banques et entreprises à reconsidérer le financement par actions.

Du côté des actionnaires, Papa Madiaw Ndiaye, administrateur non exécutif de First Atlantic Bank et directeur général d’AFIG Funds, considère cette cotation comme un point de départ plutôt qu’un aboutissement. Il met en avant l’accent mis de longue date sur la gouvernance, la conformité et la banque digitale comme des leviers déterminants de la confiance des investisseurs. Une vision partagée par la direction exécutive. Le directeur général, Odun Odunfa, a indiqué que la prochaine phase de croissance passera par l’expansion régionale, avec un premier ancrage au Libéria, où la banque dispose déjà d’une licence, avant des implantations envisagées en Sierra Leone et sur certains marchés francophones du continent.

Cette stratégie, selon lui, reposera sur des investissements soutenus dans la digitalisation et le développement des compétences, afin de maintenir la qualité de service et la résilience opérationnelle au-delà des frontières.

Par Drissa Ouattara

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Inscription à notre Newsletter

Sur le même sujet