Au Ghana, la dépendance aux importations de tomates pèse lourdement sur l’économie nationale, révélant les fragilités d’une filière agricole pourtant riche en potentiel. Selon un rapport commandé par la Chambre d’Agriculture du Ghana (CAG), le pays consacre chaque année environ 760 millions de GH¢, soit près de 38,3 milliards de FCFA, à l’importation de tomates fraîches et de pâte de tomate.
Ces importations couvrent plus de 75 000 tonnes de tomates fraîches ainsi qu’un volume équivalent de pâte de tomate. Mais au-delà de cette facture visible, le coût réel pour l’économie est bien plus élevé. La Chambre estime que l’impact total de cette dépendance pourrait atteindre environ 5,7 milliards de GH¢, soit près de 287,1 milliards de FCFA par an, en intégrant les pertes fiscales, les pertes post-récolte, les salaires non perçus et les autres coûts indirects.
Malgré son potentiel agricole, le Ghana est aujourd’hui le deuxième importateur mondial de purée de tomate, derrière l’Allemagne. Cette situation entraîne une perte annuelle estimée à 220 millions de GH¢, soit environ 11,1 milliards de FCFA, en recettes fiscales non collectées, en raison de l’absence d’environ 250 000 emplois qui auraient pu être créés dans la production et la transformation locales.
Paradoxalement, le pays perd également une part importante de sa propre production. Environ 250 millions de GH¢, soit près de 12,6 milliards de FCFA, de tomates produites localement pourrissent chaque année, faute d’infrastructures de stockage frigorifique adaptées. Ces pertes représentent près de 45 % de la production nationale, illustrant les faiblesses structurelles de la chaîne de valeur.
La dépendance aux importations freine aussi la création de richesse et d’emplois. La Chambre estime que près de 4,5 milliards de GH¢, soit environ 226,7 milliards de FCFA, en salaires potentiels sont perdus chaque année. Ces revenus auraient pu bénéficier à environ 250 000 travailleurs ghanéens si le secteur était pleinement développé. Au lieu de cela, la valeur ajoutée profite principalement aux producteurs et transformateurs étrangers.
Actuellement, seulement 7 % des tomates transformées au Ghana proviennent de la production locale. La majorité de la pâte de tomate est importée en vrac, puis simplement reconditionnée, limitant fortement les retombées économiques nationales.
Pour Anthony Morrison, directeur général de la Chambre d’Agriculture du Ghana, la situation est préoccupante. « Ces chiffres sont dévastateurs. Nous ne perdons pas seulement des devises étrangères ; nous perdons les opportunités d’emploi d’une génération entière ».
Afin d’inverser cette tendance, la Chambre propose une stratégie axée sur le renforcement de la production locale, l’amélioration de la qualité et le développement de la chaîne du froid. Le plan nécessite un investissement estimé à 3,2 milliards de GH¢, soit environ 161,2 milliards de FCFA sur cinq ans.
Les retombées attendues sont significatives. Selon la Chambre, les gains économiques pourraient dépasser 5 milliards de GH¢, soit environ 251,9 milliards de FCFA d’ici 2030, transformant la filière tomate en un moteur de croissance, d’industrialisation et de création massive d’emplois.
Par Amhed Coulibaly


