Le Ghana prévoit d’introduire 10 entreprises publiques à la Bourse du Ghana (GSE), dans le cadre d’une réforme visant à renforcer leur gouvernance, améliorer leur performance financière et réduire l’ingérence politique dans leur gestion. L’annonce a été faite par le président John Dramani Mahama, qui voit dans cette ouverture du capital un moyen de transformer durablement le fonctionnement des sociétés d’État et d’élargir les possibilités d’investissement pour les citoyens ghanéens et la diaspora.
Selon le chef de l’État, la cotation de ces entreprises permettra notamment d’instaurer des mécanismes de gouvernance plus rigoureux et de limiter les interventions des gouvernements successifs dans leur administration. Il estime que la présence d’actionnaires autres que l’État rendra plus difficiles les changements brusques de direction ou la dissolution des conseils d’administration au gré des alternances politiques. « Premièrement, parce que nous voulons améliorer leur gouvernance. Et deuxièmement, parce que nous voulons réduire l’ingérence politique dans ces entreprises publiques. Si nous cotons davantage de ces entreprises, il sera plus difficile pour le gouvernement d’intervenir, de licencier la direction ou de dissoudre les conseils d’administration », a-t-il expliqué.
Cette orientation vise à faire évoluer les entreprises publiques vers un modèle davantage fondé sur la responsabilité des dirigeants, la transparence financière et la prise en compte des intérêts des actionnaires. Une fois cotées, elles devront se conformer aux exigences réglementaires et aux obligations de publication d’informations applicables aux sociétés présentes sur le marché des capitaux ghanéen.
L’annonce intervient dans un contexte d’amélioration notable des performances financières des entreprises publiques. Selon le rapport 2025 sur la propriété de l’État, publié par l’Autorité des intérêts et de la gouvernance de l’État (SIGA), les entreprises publiques ghanéennes ont enregistré un bénéfice net après impôts de 19,8 milliards de GH¢ en 2025, contre une perte nette de 2,25 milliards de GH¢ en 2024. Leur chiffre d’affaires cumulé a également progressé de 28,12 %, passant de 137,64 milliards de GH¢ à 176,43 milliards de GH¢.
Le président Mahama a attribué cette évolution aux mesures engagées à travers la SIGA pour améliorer la gestion et la performance des entreprises publiques. Ces résultats constituent un contexte favorable au projet de cotation, alors que le gouvernement cherche à démontrer que les sociétés d’État peuvent générer de la valeur tout en fonctionnant selon des principes de gouvernance renforcés.
Au-delà de la mobilisation éventuelle de capitaux, la réforme entend également s’attaquer à la question de l’influence politique dans la gestion des entreprises publiques. Historiquement, les changements de gouvernement au Ghana ont parfois été accompagnés de modifications dans la composition des conseils d’administration et des équipes dirigeantes. Pour John Mahama, l’ouverture du capital à des investisseurs privés pourrait contribuer à réduire cette dépendance aux décisions politiques et à renforcer la surveillance des performances opérationnelles et financières.
Le projet pourrait également offrir de nouvelles possibilités d’investissement aux citoyens ghanéens, notamment ceux résidant à l’étranger. En acquérant des actions des entreprises concernées, les investisseurs individuels pourraient participer directement à leur capital et bénéficier, le cas échéant, des revenus liés à leur performance. L’arrivée de nouveaux émetteurs pourrait par ailleurs élargir l’offre de titres disponibles sur la Bourse du Ghana et contribuer à dynamiser le marché financier local.
Le chef de l’État a également dénoncé certaines pratiques observées dans les entreprises publiques, où des demandes d’augmentations salariales et de primes continueraient d’être formulées même lorsque les résultats financiers sont déficitaires. « Même lorsqu’elles enregistrent des pertes, elles demandent des augmentations de salaires et des primes », a-t-il relevé. Pour le président ghanéen, une exposition accrue aux exigences des marchés financiers pourrait inciter les équipes dirigeantes à accorder davantage d’importance à la rentabilité, à l’efficacité opérationnelle et à la création de valeur durable.
Par Drissa Ouattara


