Ghana : Le Président Mahama sanctionne plus de 40 ministres et hauts fonctionnaires pour non-déclaration de patrimoine

Le président ghanéen John Dramani Mahama met ses menaces à exécution contre la corruption en imposant de lourdes sanctions aux membres de son gouvernement qui n’ont pas respecté l’obligation de transparence.

John Mahama ne veut plus de demi-mesure face à la corruption. Le chef de l’État ghanéen a annoncé, lundi 5 mai 2025, des sanctions financières sévères à l’encontre de plus de 40 ministres, hauts fonctionnaires et collaborateurs qui n’ont pas déclaré leurs biens et passifs dans les délais. Trois mois de salaire leur seront retenus à titre de pénalité, auxquels s’ajoute un mois déjà prélevé dans le cadre d’une contribution obligatoire au nouveau fonds de santé publique « Mahama Cares ». En clair, les contrevenants devront abandonner quatre mois de rémunération.

Mais le président va plus loin : il accorde un dernier sursis jusqu’au 7 mai. Passé ce délai, tout ministre ou responsable encore non conforme sera « automatiquement écarté », a-t-il tranché. Une décision qui intervient dans un contexte de tollé public, après la publication d’une enquête du média d’investigation The Fourth Estate, révélant que 55 personnes nommées entre janvier et mars 2025 avaient ignoré l’ordre présidentiel de déclaration de patrimoine, pourtant exigé par la Constitution et la loi 550 sur les titulaires de charges publiques.

Un engagement renouvelé contre la corruption

Cette décision marque un tournant dans la stratégie de Mahama, revenu au pouvoir avec un discours ferme contre les abus de pouvoir. Le président avait lui-même déclaré ses biens dès le 18 février, donnant un mois à ses collaborateurs pour se conformer. Pourtant, au 17 avril, 32 % d’entre eux restaient en infraction, selon des données obtenues par The Fourth Estate grâce à une demande d’information publique.

Parmi les défaillants figurent des figures majeures de l’administration : le conseiller présidentiel Seth Terkper, l’envoyé spécial auprès de l’Alliance des États du Sahel, Larry Gbevlo-Lartey, le directeur des opérations de la présidence Nathan Kofi Boakye, ainsi que plusieurs vice-ministres. Même le patron du fisc, Anthony Kwasi Sarpong, et le responsable des projets présidentiels dans l’agriculture, Peter Otukunor, sont épinglés.

Face à cette vague de désobéissance, Mahama entend frapper fort. Les salaires confisqués seront intégralement reversés au fonds Mahama Cares, dédié à la prise en charge des maladies chroniques comme les cancers, le diabète ou les AVC. « Ce n’est pas symbolique. Les sanctions seront appliquées, sans exception », a-t-il martelé lors du lancement d’un nouveau code de conduite à la présidence.

Un code éthique inédit

Ce code s’applique à toutes les personnes nommées à des fonctions politiques, du président aux ministres adjoints. Il comprend notamment l’obligation de déclaration de patrimoine, l’interdiction des conflits d’intérêts, la limitation des cadeaux à 20 000 GHS (environ 1 500 dollars), et l’interdiction d’acheter des biens de l’État. Un portail public sera également mis en place pour permettre aux citoyens de dénoncer anonymement les violations.

Une réponse attendue après les échecs du passé

Mahama joue gros. Son premier mandat (2013–2017) avait été entaché par des soupçons de laxisme, plusieurs ministres n’ayant jamais déclaré leurs biens sans être inquiétés. Cette fois, il semble décidé à tourner la page, alors que le pays tente de se relever d’une grave crise économique, aggravée par le défaut de paiement de la dette en 2023.

Par D.Ouattara

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