Interview/ Forum du digital 2026 : « Le Banking 3.0 offre de réelles opportunités de digitalisation du secteur bancaire », Sandra Wethé promotrice du Forum

Le Burkina Faso accueille les 27 et 28 mars 2026 la 3e édition du Forum du digital, un évènement qui, après deux éditions, est en train d’inscrire son nom dans les agendas des activités majeures au Burkina Faso. Il réunira, à la Salle de conférence de Ouaga 2000, deux jours durant, des experts du numérique venus de plusieurs pays du continent autour de panels, ateliers de formation, masterclass, etc. Dans cet entretien, Sandra Wethé, promotrice de l’évènement, revient sur l’état des lieux du numérique au Burkina et donne les grandes orientations de cet évènement majeur.

Horonya Finance (HF) : L’édition 2026 du Forum du digital s’annonce pour bientôt. Quel bilan global faites-vous après les deux éditions précédentes, tant sur le plan organisationnel que sur l’impact créé au sein de l’écosystème numérique burkinabè ?

Sandra Wethé (SW) : Le bilan est très positif, surtout pour la deuxième édition. La première édition, c’était le bébé, donc le premier lancement où nous avons eu approximativement 150 participants. Il faut noter que nous avons plus que doublé l’objectif à la deuxième édition avec plus de 400 personnes. Ce qui a montré quand même que les deux premières éditions ont pu impacter et capter l’attention de notre public. En somme, nous avons un bilan super positif. À la première édition, il y avait 71 % de notre audience qui était des hommes et approximativement 29 % qui étaient des femmes. À la deuxième édition, 49 % étaient des femmes et 51 % des hommes.

HF : Lors de la 2ᵉ édition, vous affirmiez que le digital est une opportunité majeure pour le Burkina Faso, à condition d’en maîtriser les risques. Concrètement, quels dispositifs le Forum met-il en place pour renforcer les capacités de la jeunesse et des porteurs de projets dans cet environnement en pleine transformation ?

SW : En termes de dispositifs, il faut noter qu’on est beaucoup axé sur le volet formation, accompagnement de la jeunesse et réseautage B2B. Parce qu’il n’y a pas seulement les étudiants qui veulent intégrer des entreprises, mais aussi les porteurs de projets, les startuppers. Notre ambition est donc de vraiment faciliter la mise en relation entre ces start-up, la jeunesse, mais aussi les entreprises et les institutions afin de créer cette symbiose dans le domaine du digital au Burkina Faso. C’est notamment l’environnement de collaboration, parce que dans notre vision, nous ne souhaitons pas qu’il y ait toujours cet esprit de compétition, mais plutôt un état d’esprit de collaboration. Et je pense qu’avec cet état d’esprit, nous allons pouvoir créer de fortes synergies, consommer local et même exporter nos marques à l’international afin de tirer profit de toutes les innovations. Le but de ce programme, c’est vraiment de mettre en lumière toutes les solutions déployées par les Burkinabè pour le Burkina Faso.

HF : Pour cette 3ᵉ édition, vous avez retenu le thème « Banking 3.0 : innovations digitales monétiques et révolution des actifs numériques ». Pourquoi ce choix ?

SW : Actuellement, il y a énormément de solutions de mobile money, de paiement en ligne qui commencent à s’ancrer dans l’écosystème burkinabè. L’analyse du marché a montré que la plupart des utilisateurs ont un peu peur d’utiliser ces différentes plateformes. Il est donc important pour nous de pouvoir faire ressortir les opportunités, tous les rouages et surtout de parler des risques liés à ce secteur d’activité. Il faut noter que nous sommes effectivement sur du Banking 3.0. Nous allons parler de la numérisation des actifs et des investissements. Nous allons aussi aborder la question des cryptomonnaies. Le choix de ce thème, c’est pour montrer les facilités qu’on peut avoir en termes de digitalisation dans le secteur bancaire.

HF : Quel est l’état des lieux du numérique dans notre pays ?

SW : Les rapports disponibles montrent une hausse d’approximativement 24 % sur l’utilisation d’internet, soit plus de 5,75 millions d’utilisateurs actifs au Burkina Faso au mois de janvier 2025. Beaucoup d’utilisateurs commencent maintenant à utiliser internet. À noter aussi que le Burkina compte plus de 28 millions de cartes SIM actives pour une population d’approximativement 23 millions, soit un taux de pénétration de 118 %. C’est un chiffre qui montre quand même que le secteur bancaire peut effectivement entrer dans la danse de la digitalisation. Au niveau de la finance numérique, on a enregistré en 2023 plus de 20,9 millions de comptes de monnaie électronique au Burkina Faso. Même au niveau du mobile money, les gens ont vu l’optimisation et la facilité de pouvoir échanger, envoyer et recevoir de l’argent sans effectuer un déplacement. En plus de cela, le taux d’inclusion financière dans l’UEMOA s’est renforcé en atteignant 72,3 % à la fin de 2023, avec une contribution notable de la monnaie électronique estimée à 56 %. Les gens comprennent maintenant la nécessité d’avoir un compte bancaire ou un mobile money et de pouvoir effectuer des transactions en ligne.

HF : Dans un contexte où les technologies émergentes, notamment l’IA qui était au cœur de l’édition précédente, redéfinissent les standards de performance, quelle analyse faites-vous de la maturité actuelle du secteur financier burkinabè ? En quoi ce thème répond-il aux défis émergents du marché ?

SW : En choisissant cette thématique, l’objectif est de montrer certes les risques, mais aussi les opportunités, afin de mieux développer et augmenter les connaissances et les compétences dans le domaine du digital. En touchant les banques, c’est pour qu’elles puissent venir expliciter en profondeur tout ce qu’il y a dans la digitalisation de leurs services. Pour l’état actuel, je pense que le système bancaire est mature en termes de numérique. Et quand on compare à une dizaine d’années en arrière, on sent qu’il y a quand même des avancées. Mais il faut reconnaître que les autres pays sont plus en avance. Par exemple, pour le wallet online ou la carte bancaire sur le téléphone, dans certains pays, on n’a plus besoin de se déplacer avec une carte bancaire physique. Il y a aussi les paiements sans contact. Ici, au Burkina Faso, on ne le trouve pas encore.

HF : Le secteur financier est en pleine mutation. Que représente le Forum du digital pour les acteurs du secteur financier, des fintechs et de l’innovation numérique ?

SW : Le Forum du digital, c’est vraiment cette table ronde qui facilite les échanges entre tous les acteurs. Parce que l’idée, depuis la première édition, c’est de créer un évènement qui va promouvoir le domaine du digital au Burkina Faso et permettre aussi de montrer qu’au Burkina, il y a des têtes pensantes qui révolutionnent l’écosystème dans différents secteurs. À travers cette thématique, il s’agit de faire appel aux institutions financières, aux institutions publiques, aux porteurs de projets, aux start-up, aux créateurs de solutions digitales, etc., afin de mettre en place une certaine dynamique. Pour cette édition, nous avons aussi tenu compte des autorités coutumières, parce qu’on oublie souvent un peu nos cultures. Le Forum du digital, c’est aussi rappeler la culture africaine. Ce n’est pas seulement apporter de nouvelles solutions, mais les adapter à nos propres cultures.

HF : Quel type de public ciblez-vous spécifiquement pour cette 3ᵉ édition et quelles sont les conditions de participation ?

SW : Pour cette édition, nous attendons le grand public, parce que tout le monde utilise aujourd’hui les moyens de paiement digitaux. Maintenant, il s’agit de venir comprendre davantage ces technologies. Pour les acteurs du secteur, c’est venir partager leur expérience à travers les cadres d’échanges. Concernant la participation, elle est gratuite. Nous avons déjà lancé la campagne de préinscription. J’invite donc le public à suivre les différentes pages du cabinet organisateur DIGIT’Art Consulting sur les réseaux sociaux. Une campagne sera lancée pour les inscriptions.

HF : Quelles seront les principales articulations du programme ? En quoi se distinguent-elles des éditions précédentes ?

SW : Pour les éditions précédentes, nous avons commencé par une cérémonie d’ouverture le premier jour. Pour cette édition, nous allons commencer par un cocktail d’ouverture lors de la première journée, spécialement pour les cadres, les décideurs et certains étudiants qui seront sélectionnés. Ce sera un cocktail VIP au cours duquel il y aura des remises de prix et des ateliers. Trois start-up venues du Sénégal, du Cameroun et de la Côte d’Ivoire vont animer ces ateliers sur les solutions qu’elles développent. Au deuxième jour, il y aura la cérémonie d’ouverture officielle avec le grand public. Il y aura également des ateliers, des séances de formation et des masterclass au profit des participants tout au long de la journée.

HF : Quelle place réservez-vous aux femmes dans cette dynamique de transformation digitale, sachant que l’édition 2025 a mis un accent particulier sur « l’impact de la femme digitale » ?

SW : La place de la femme ne change pas. Elle est toujours en avant. Pour cette édition, il y aura même un atelier spécifique sur le positionnement de la femme dans le secteur bancaire. J’invite donc toutes les femmes entrepreneures ainsi que celles des autres secteurs à prendre part au Forum. La place de la femme, ce n’est pas à la cuisine, c’est vraiment au-devant. J’espère que nous allons pouvoir, pour cette troisième édition, renforcer le taux de participation des femmes.

HF : Quelle vision projetez-vous à moyen et long terme pour le Forum du digital ?

SW : À moyen terme, nous allons bientôt célébrer les cinq ans du Forum. L’ambition sera d’asseoir ce forum comme un évènement phare au Burkina Faso. Nous voulons créer de l’engouement afin que des acteurs internationaux viennent au Burkina Faso. À long terme, il s’agira de faire tourner le Forum dans plusieurs pays, d’abord au niveau de l’AES, pour que les prochaines éditions se tiennent au Mali et au Niger. Ensuite, nous verrons comment étendre l’initiative vers des pays anglophones comme le Kenya ou le Soudan, qui regorgent également de nombreuses opportunités. On ne le voit pas souvent, mais il y a une réelle valeur ajoutée à développer des collaborations avec ces pays.

Interview réalisée par Léon Yougbaré

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Inscription à notre Newsletter

Sur le même sujet