La Banque africaine de développement (BAD) prévoit d’investir 125 millions de dollars, soit environ 72,5 milliards de FCFA, dans l’African Trade and Investment Development Insurance (ATIDI). Cette opération permettra à l’institution panafricaine de devenir le principal actionnaire de l’agence spécialisée dans la couverture des risques liés aux investissements sur le continent.
L’annonce a été faite par le président de la BAD, Sidi Ould Tah, lors d’un entretien accordé à Reuters en marge des assemblées annuelles de la banque organisées à Brazzaville. À la tête de l’institution depuis septembre 2025, il défend une stratégie axée sur la mobilisation des ressources africaines pour compenser la baisse de l’aide publique au développement.
Selon les données citées, l’aide au développement des pays riches a reculé de près de 25 % en 2025 pour s’établir à 174,3 milliards de dollars, soit environ 101 000 milliards de FCFA. Cette contraction, combinée à la réduction des financements de plusieurs grands contributeurs internationaux, accentue la pression sur les institutions de développement du continent.
L’investissement dans ATIDI s’inscrit dans le cadre de la Nouvelle Architecture Financière Africaine pour le Développement (NAFAD), une initiative lancée par la BAD pour mobiliser les ressources financières disponibles en Afrique. L’objectif est de mieux exploiter près de 4 000 milliards de dollars d’actifs détenus par les fonds de pension, les fonds souverains, les compagnies d’assurance et d’autres investisseurs institutionnels africains.
Pour la BAD, ces ressources pourraient contribuer à réduire le déficit annuel de financement du développement en Afrique, estimé à environ 400 milliards de dollars, soit près de 232 000 milliards de FCFA.
Grâce à ce renforcement du partenariat avec ATIDI, la banque souhaite accroître le recours aux garanties financières afin de rassurer les investisseurs privés et de faciliter le financement de grands projets d’infrastructures. « Notre objectif est de porter le niveau de garanties fournies par l’ATIDI à 10 milliards de dollars par an », a déclaré Sidi Ould Tah.
Selon lui, cette prise de participation fera passer la part de la BAD dans le capital de l’institution de 3 % à 14 %, lui permettant ainsi de devenir son premier actionnaire. Jusqu’à présent, ATIDI soutenait en moyenne près de 3 milliards de dollars d’investissements par an grâce à ses mécanismes d’assurance et de garantie.
Créée il y a 25 ans et basée à Nairobi, ATIDI a pour mission de réduire les risques liés aux investissements en Afrique. L’organisation compte aujourd’hui 24 États africains parmi ses actionnaires, aux côtés de plusieurs institutions financières internationales, dont la banque allemande KfW.
La BAD encourage également d’autres gouvernements africains, institutions de développement et investisseurs privés à rejoindre le capital de l’agence afin de renforcer sa capacité d’intervention. Des discussions sont en cours avec plusieurs partenaires intéressés, tandis que la France envisagerait également d’augmenter sa participation.
Pour Sidi Ould Tah, l’avenir du financement du développement africain repose de plus en plus sur la capacité du continent à mobiliser ses propres ressources. Il estime que l’épargne et les capitaux africains peuvent jouer un rôle déterminant dans le financement des infrastructures et de la croissance économique à long terme.
Par Amhed Coulibaly


