Interview : Forum économique Italie-Burkina Faso : « Nous visons un modèle de partenariat gagnant-gagnant. Il s’agit notamment du transfert de technologie et du co-investissement qui est très prisé par les entreprises italiennes », Moussa BANCE, membre de la diaspora burkinabè vivant en Italie et commissaire général de l’événement

Le Forum économique Italie-Burkina Faso entend dépasser le simple cadre des échanges commerciaux pour poser les bases de partenariats économiques durables entre les deux pays. Dans cet entretien accordé à Horonya Finance, Moussa Bancé, commissaire général de l’événement, revient, à un (01) mois de la tenue de ce rendez-vous stratégique, sur la genèse du forum, les secteurs ciblés et les opportunités d’investissement qui seront présentées aux entreprises italiennes le 19 septembre 2026 à Milan.

Il détaille également la place de la diaspora burkinabè, le dispositif d’accompagnement des investisseurs et l’ambition de faire de cette rencontre un rendez-vous économique annuel entre l’Italie et le Burkina Faso.

Horonya Finance (HF) : Quelle est la genèse de ce Forum Italie-Burkina Faso

Moussa Bancé (MB) : Tout d’abord, la genèse de ce forum repose sur un constat simple : le besoin d’identifier et de structurer les échanges économiques entre l’Italie et le Burkina Faso. Bien qu’il y ait déjà des relations diplomatiques et une forte communauté burkinabè en Italie, nous avons remarqué que sur le plan des affaires et du secteur privé, ce potentiel reste sous-exploité. Nous avons donc jugé nécessaire de créer cette plateforme pour répondre à la volonté mutuelle de mobiliser des investissements stratégiques et de promouvoir le co-développement pour le Burkina Faso.

HF : Vous présentez l’événement comme un pont stratégique entre l’Italie et le Burkina Faso. Concrètement, quel type de relations économiques et de partenariats souhaitez-vous construire à travers ce forum ?

MB : Nous visons principalement un modèle de partenariat gagnant-gagnant. Il s’agit notamment de transfert de technologie, de co-investissement (joint-ventures) qui est très prisé par les entreprises italiennes et de création de valeur ajoutée locale. Il ne s’agit pas de simples échanges commerciaux comme on le faisait avant, mais de bâtir des alliances industrielles et techniques durables, associant le savoir-faire, les équipements et l’expertise des entreprises italiennes.

HF : Quel profil de participants attendez-vous typiquement à cet événement ?

MB : À Milan, nous attendons des chefs d’entreprise italiens, des fonds d’investissement, des représentants institutionnels et des entrepreneurs burkinabè. La diaspora occupe une place centrale dans notre dispositif. Elle agit comme un véritable facilitateur puisqu’elle maîtrise la culture d’affaires des deux pays. Donc elle est au centre-même de notre initiative. Elle est à la fois investisseur et ambassadeur pour porter haut la voix du Burkina Faso dans le milieu des affaires.

HF : Certains secteurs sont particulièrement ciblés notamment l’agriculture, l’énergie, l’immobilier, l’innovation… Pourquoi ce choix ?

MB : Nous avons retenu ces secteurs parce qu’ils répondent à la dynamique actuelle du Burkina Faso.

et aux forces de l’Italie :

Par exemple dans le secteur agricole et de l’agrobusiness, nous avons besoin de la transformation locale des produits comme l’anacarde, le sésame, le coton, les mangues. Nous avons vu que l’Italie excelle dans ces secteurs-là en matière de transformation. Dans le secteur de l’énergie, l’Italie a une très grande expérience en ce qui concerne les énergies renouvelables. Ici, il y a des lois qui encadrent les constructions de maisons. Celles-ci doivent avoir certains critères, comme ne pas être énergivores, avoir un système d’énergies renouvelables. Dans le BTP, les Italiens sont reconnus dans le monde entier comme des grands experts dans ce secteur. Nous avons vu que cela peut aider le Burkina Faso dans l’immobilier, dans la réalisation des grandes infrastructures. Dans le secteur du commerce, nous avons vu que le commerce est quasiment digitalisé en Italie. Actuellement, tout va vers le digital. Avoir l’expertise italienne, je crois que cela pourrait booster le commerce et l’innovation au Burkina Faso.

HF : Au-delà des échanges, Quel type de projets ou d’investissements seront présentés aux investisseurs italiens ?

MB : Plusieurs projets structurants seront soumis aux partenaires. Il y a un projet de centrales ou de micro-réseaux solaire dans les zones industrielles et rurales pour permettre à des familles dans ces zones d’avoir un accès à l’énergie à bas coût et renouvelable. Il y aura la présentation d’un deuxième projet où il y a des opportunités d’équipement des technologies adaptées aux petites et moyennes entreprises burkinabè dans différents secteurs. Il y a également un programme de construction de logements sociaux et de haut standing sur lequel nous sommes toujours en réflexion.

HF : Un dispositif est-il prévu pour assurer le suivi de ces projets après le forum ?

MB : Nous avons prévu un comité de suivi post-forum. C’est un comité de suivi qui va accompagner les entreprises en synergie avec l’Ambassade, pour mener des missions de prospections et valider la faisabilité des projets à réaliser. Donc il y a aura un suivi de bout en bout pour faciliter les démarches administratives.

HF : Nous sommes dans un contexte où beaucoup de choses sont dites sur le Burkina. Quels sont les principaux arguments d’attractivité pour un investisseur italien qui méconnaît le pays ?

MB : C’est l’un des éléments qui a milité en faveur de l’initiative de ce forum ? Parce que nous avons remarqué qu’en Italie particulièrement, le Burkina Faso est vu du côté négatif : terrorisme, famine, etc. Nous voulons changer cette perception. En termes d’arguments, nous retenons que le Burkina Faso a un positionnement géographique stratégique. Nous sommes au cœur de l’Afrique de l’Ouest et offrons un accès direct au marché régional. En plus, le code des investissements du Burkina très attractif qu’on ne trouve pas dans tous les pays, offrant des avantages fiscaux et douaniers incitatifs. Au cours du forum, ces avantages seront détaillés aux entrepreneurs. Il y a également la jeunesse de la population. Au Burkina Faso, la majorité de la population est jeune. Qui dit jeune, dit transformation, main d’œuvre abondante.

HF : Les Burkinabè sont reconnus comme un peuple travailleur. La communauté burkinabè établie en Italie constitue-t-elle aussi un levier de confiance ?

MB : Absolument. Il y a une deuxième génération d’italo-burkinabé qui est en train d’évoluer. Cette nouvelle génération, ce sont des jeunes qui sont nés et qui ont grandi ici. D’autres sont arrivés ici tous petits. Actuellement, beaucoup d’entre eux créent des entreprises sur le territoire italien. Et cela fait que les Burkinabè sont reconnus comme des grands travailleurs, sérieux, organisés et qui respectent les lois. Les entreprises burkinabè sont même en train de créer des filiales au niveau du Burkina Faso. Je peux vous citer le grand frère Madi Sakandé qui a commencé ici. Aujourd’hui, il a sa structure aussi au Burkina Faso. Il est même en train de former des Burkinabè dans le secteur du froid. C’est un modèle pour nous. A travers leurs entreprises, ils sont en train d’emmener des Italiens vers notre pays.

HF : Quelles sont les conditions de participation ?

MB : Il n’y a pas de conditions particulières. La participation est gratuite pour les chefs d’entreprise burkinabè. Également, le comité d’organisation a mis en place un dispositif pour accompagner gratuitement les participants dans les démarches d’obtention du visa Schengen.

Il n’y a donc pas d’inquiétude à avoir. Il suffit de s’inscrire via le lien https://urlr.me/BF3dhR, et nos équipes se chargeront du reste.

HF : L’événement implique le CSBE (section Lombardie), le Consulat général à Milan et l’Ambassade du Burkina Faso à Rome. Quel est le rôle de ces partenaires institutionnels ?

MB : Les partenaires institutionnels sont très importants pour ce genre d’évènements. Ils apportent la crédibilité, la sécurité juridique et l’encadrement diplomatique nécessaires. L’Ambassade et le Consulat général garantissent l’accompagnement officiel des investisseurs et facilitent les démarches administratives. Le CSBE apporte sa connaissance du terrain local. Ils sont au quotidien avec nous, donc ils connaissent bien le tissu local. Nous les remercions de passage parce qu’ils sont toujours disponibles à nous accompagner.

HF : Pour conclure, quelle est votre ambition à long terme pour ce forum ?

MB : Notre ambition est de faire de ce forum un rendez-vous économique pérenne et incontournable. Nous souhaitons institutionnaliser ce cadre pour en faire un baromètre annuel des investissements entre les deux pays. À terme, nous visons la création d’une Chambre de commerce ou d’un Conseil d’affaires italo-burkinabè, dédiée au développement continu et aux relations économiques.

Réalisée par Drissa Ouattara

Retranscription : Léon Yougbaré

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