Alors que plusieurs opérateurs postaux de la sous-région font face à des difficultés structurelles, La Poste Burkina Faso affiche une trajectoire remarquable. En 2025, l’entreprise publique a enregistré un bénéfice net plus de deux fois supérieur à celui réalisé trois ans plus tôt et figure désormais parmi les postes les plus performantes d’Afrique de l’Ouest. Diversification des activités, transformation numérique, inclusion financière, projet « Zama Tchè » et ambitions du contrat-plan 2026-2030 : dans cet entretien exclusif, le Directeur général de La Poste Burkina Faso revient sur les ressorts de cette dynamique, les défis à relever et sa vision d’une Poste moderne au service du développement économique et social du Burkina Faso.
En 2025, La Poste Burkina Faso affiche des résultats solides, avec un bénéfice net qui a plus que doublé en trois ans. Quels sont les leviers qui ont permis d’atteindre ces performances ?
Les performances enregistrées par LA POSTE BURKINA FASO ne sont pas le fruit du hasard. Elles résultent d’une transformation progressive engagée depuis plusieurs années, portée par une conviction forte : une entreprise publique peut se transformer, innover et obtenir des résultats solides tout en restant fidèle à sa mission de service public. Dans un environnement sous régional où plusieurs opérateurs postaux de l’UEMOA peinent à maintenir leur équilibre, nous faisons figure d’exception non par chance, mais par choix stratégique. Et ce choix, nous l’avons structuré autour de trois leviers majeurs.
Le premier levier est la diversification de nos activités. Plutôt que de subir la contraction du courrier traditionnel, nous avons choisi d’anticiper. Très tôt, nous avons compris que le modèle économique postal classique était en mutation profonde et avons engagé une stratégie de transformation vers des activités à plus forte valeur ajoutée : les services financiers postaux, les solutions digitales, la logistique et le e-commerce.».
Le deuxième levier réside dans la modernisation de notre réseau et de nos outils de gestion. Avec aujourd’hui 148 agences et points-poste sur le territoire national, nous avons consolidé notre proximité avec les populations tout en faisant évoluer en profondeur nos processus internes, nos standards de qualité de service et le niveau de digitalisation de nos opérations.
Le troisième levier est la rigueur de gestion. Nous avons travaillé à une meilleure maîtrise des charges, à l’optimisation de nos placements financiers, au développement des produits digitaux comme Post Money et au renforcement de la culture de performance au sein de l’entreprise. Cette rigueur de gestion, nous l’avons traduite en culture d’entreprise. Car comme je le dis à mes équipes : la performance ne se décrète pas, elle se construit par la confiance, la rigueur et l’adhésion collective.
Ces résultats traduisent surtout la capacité d’une entreprise publique à conjuguer mission de service public et exigence de performance économique.
Au-delà des performances financières, quel rôle La Poste Burkina Faso joue-t-elle dans la vie économique du Burkina Faso et quelle est sa contribution concrète au développement national ?
Vous savez, quand on me demande ce qu’est La Poste Burkina Faso, je réponds toujours la même chose : nous sommes avant tout une infrastructure nationale de proximité. Notre rôle dépasse largement le transport du courrier. Nous contribuons à l’inclusion financière, à la cohésion territoriale, à la digitalisation des services publics et à la circulation des flux économiques sur l’ensemble du territoire.
C’est une réalité que peu de gens mesurent pleinement et pourtant, elle est au cœur de ce que nous faisons chaque jour. Prenons un exemple concret : dans plusieurs localités, notre agence représente parfois la seule présence structurée de services financiers ou administratifs accessible aux populations. Ce n’est pas anodin. C’est une responsabilité que nous prenons très au sérieux.
À travers nos services financiers postaux, nous participons à la mobilisation de l’épargne nationale et à l’inclusion des populations non bancarisées. À travers notre réseau logistique, nous accompagnons le commerce, les PME, les administrations et les citoyens.
Nous contribuons également à la modernisation de l’administration à travers des projets structurants comme les Maisons du Citoyen « Zama Tchè », une initiative qui incarne parfaitement notre vision : rapprocher les services publics des populations en combinant réseau physique et services numériques. Et au fond, notre ambition est claire : faire de la Poste un levier de souveraineté, de proximité et de transformation économique. Pas une ambition abstraite, une feuille de route concrète, que nous déroulons pas à pas.
Dans un contexte où plusieurs opérateurs postaux de la sous-région rencontrent des difficultés, comment expliquez-vous la résilience de La Poste Burkina Faso ?
Notre résilience repose principalement sur notre capacité d’anticipation et d’adaptation. Très tôt, nous avons compris que le modèle économique postal classique était en mutation profonde. Nous avons donc engagé une stratégie de transformation progressive au lieu d’attendre que la crise s’impose à nous. Nous avons diversifié nos revenus, renforcé notre ancrage territorial, développé les services financiers et accéléré notre digitalisation. Mais au-delà des choix stratégiques, notre principale force reste l’engagement des femmes et des hommes de LA POSTE BF.
Malgré un environnement économique parfois difficile, nos équipes ont su maintenir la continuité du service public tout en portant les projets de modernisation. La reconnaissance internationale obtenue à travers notre classement dans l’indice intégré de développement postal de l’UPU confirme aujourd’hui la robustesse de notre trajectoire. Nous sommes passés de 15% en 2022 à 52% en 2025.
Vous avez engagé une stratégie de diversification de vos services et activités. Concrètement, quels sont aujourd’hui vos principaux relais de croissance ?
Nos principaux relais de croissance sont aujourd’hui clairement identifiés. D’abord les services financiers postaux, avec le développement des solutions digitales, du mobile money, des services de paiement et de l’épargne.
Ensuite la logistique et le e-commerce, un segment en pleine expansion avec l’évolution des usages numériques. En plus, les services numériques et administratifs, les plateformes dématérialisés et notamment les futurs dispositifs des Maisons du Citoyen.
Enfin, nous développons progressivement des activités à forte valeur ajoutée autour de l’adressage numérique, de la proximité territoriale et de l’intermédiation de services publics et privés. L’objectif est progressivement physique en de transformer notre réseau plateforme multiservices de confiance.
Beaucoup d’entreprises parlent d’innovation. Chez La Poste Burkina Faso, à quoi ressemble concrètement une innovation qui crée de la valeur ?
Pour nous, l’innovation n’est pas un mot d’ordre, c’est une réponse à un besoin réel. qui a du sens que si elle résout un problème concret pour les usagers. Une innovation utile, ce n’est pas simplement une technologie. C’est une solution qui crée de la valeur, qui simplifie la vie d’un citoyen, qui inclut une population jusque -là exclue des services, ou qui améliore l’accès aux services, réduit les distances ou crée de nouveaux usages.
Le projet « Zama Tchè » en est l’illustration parfaite. Nous transformons progressivement les agences postales en espaces multiservices permettant d’accéder à des services administratifs, financiers et numériques en un même lieu.
Nous avons également développé des solutions comme Post Money, les services de e-commerce ou les plateformes de commandes de documents administratifs. L’innovation doit créer de la valeur économique, mais aussi de la valeur sociale et territoriale.
L’extension du réseau avec 132 agences traduit une volonté de proximité. Quel impact cela a-t-il sur l’inclusion financière au Burkina Faso ?
L’inclusion financière commence par la proximité. Avoir un compte ou accéder à un service financier ne doit pas être un privilège réservé aux grands centres urbains. Grâce à notre réseau de 132 agences et à nos points de services, nous permettons à des milliers de Burkinabè d’accéder à des services d’épargne, de transfert, de paiement et bientôt à des services financiers digitaux plus avancés. Notre présence dans les zones rurales et périphériques contribue directement à réduire les fractures territoriales et financières.
Dans un pays où une grande partie de la population reste non bancarisée, notre réseau physique est un vecteur d’inclusion irremplaçable. Nous ne sommes pas qu’un opérateur postal, nous sommes souvent le premier contact d’un citoyen avec le système financier formel. C’est aussi un enjeu de souveraineté économique : mobiliser l’épargne nationale et rapprocher les services des citoyens.
Le projet de transformation des agences « Zama Tchè » marque une innovation majeure. Que vont concrètement changer ces Maisons des citoyens pour les usagers ?
Avant de répondre à votre question, j’aimerais faire une halte pour remercier nos plus hautes autorités pour l’attention particulière dont bénéficie La Poste Burkina. Si nous parlons aujourd’hui d’extension du réseau, de modernisation et de performance, c’est parce que nous bénéficions d’un accompagnement soutenu de nos plus hautes autorités, qui ont fait de La Poste Burkina un instrument de souveraineté nationale. Cela mérite d’être souligné avec force.
L’initiative des Maisons du Citoyen « Zama Tchè », que vous venez d’aborder, constitue d’ailleurs une parfaite illustration du soutien constant de nos autorités à l’égard de La Poste Burkina.
Les Maisons du Citoyen « Zama Tchè » représentent une évolution majeure du rôle de la Poste. L’idée est simple mais puissante : permettre au citoyen d’accéder, dans un même espace, à des services administratifs, postaux, financiers et numériques. Concrètement, cela signifie moins de déplacements, moins de files d’attente, plus d’efficacité. Pour les populations des zones éloignées, c’est un changement profond du quotidien. Nous combinons notre réseau physique , notre force historique avec des outils numériques modernes. C’est la Poste du 21ème siècle, ancrée dans les réalités burkinabè.
C’est une réponse à trois défis : la proximité, l’inclusion numérique, et la simplification des services publics. Au-delà des bâtiments, c’est un nouveau modèle d’administration de proximité que nous construisons.
Le contrat-plan 2026 2030 avec l’État prévoit la construction de nouvelles agences. Quels sont les objectifs stratégiques derrière cet investissement de plus de 5 milliards FCFA ?
Cet investissement répond à une vision de long terme et traduit une ambition claire. L’objectif n’est pas seulement de construire des bâtiments, mais de renforcer notre présence territoriale et moderniser notre infrastructure. Nous voulons :
• améliorer la couverture territoriale,
• moderniser les agences existantes,
• développer les Maisons du Citoyen,
• et accompagner la transformation numérique des services publics. Le contrat-plan traduit aussi la volonté de faire de LA POSTE BF un acteur majeur de l’inclusion territoriale et numérique.
La Poste Burkina Faso est aujourd’hui classée parmi les meilleures en Afrique de l’Ouest selon l’indice postal mondial. Que représente cette reconnaissance à l’international ?
Cette reconnaissance est une grande fierté pour notre pays et pour l’ensemble des équipes de LA POSTE BF. Elle ne nous surprend pas. Elle valide le travail accompli depuis plusieurs années par nos équipes Elle repose sur l’indice intégré de développement postal de l’Union postale universelle, qui évalue notamment la fiabilité, la connectivité, la pertinence économique et la résilience des opérateurs postaux. Être classé parmi les meilleures postes d’Afrique de l’Ouest montre que malgré les contraintes, notre pays est capable de bâtir un opérateur postal crédible, moderne et performant. Mais au-delà de la fierté, ce classement nous engage : il nous oblige à maintenir le cap, à continuer d’innover et à rester exigeants sur la qualité de nos services. C’est également une responsabilité : celle de poursuivre les réformes et d’accélérer notre transformation.
La responsabilité sociétale des entreprises prend une place croissante dans les stratégies. Quelle importance occupe la RSE au sein de La Poste Burkina Faso et comment se traduit-elle concrètement ?
En tant qu’entreprise publique, les actions sociales occupent une place de choix dans notre mission quotidienne. À cet effet, nous avons mené plusieurs initiatives visant à apporter notre contribution au bien-être des populations et à accompagner les efforts de solidarité nationale.
Parmi ces actions figurent notamment la remise d’un don à l’Initiative Faso Mêbo. Comme vous le savez, il s’agit d’une initiative innovante portée par les plus hautes autorités du pays en matière de réalisation d’infrastructures, à laquelle La Poste Burkina a tenu à apporter son soutien. En plus de notre contribution à Faso Mêbo, nous avons répondu à l’appel des autorités à travers plusieurs actions de solidarité, notamment des dons de vivres au ministère en charge de la Solidarité, destinés aux personnes déplacées internes et aux populations vulnérables.
Notre engagement social s’est également traduit par des actions concrètes dans le domaine de la santé et de l’éducation avec le don d’une maternité au CSPS de Kaoghin. Cette initiative visait à contribuer à l’amélioration de l’offre de soins et à renforcer les capacités d’accueil des structures sanitaires au profit des populations. Dans le domaine de l’éducation, nous avons également mis en œuvre des actions en faveur des enfants vulnérables, notamment à travers l’offre de bourses scolaires aux orphelins des pensionnés de la CARFO ainsi qu’aux orphelins des FDS tombés au front.
Cette initiative traduit notre volonté d’accompagner ces enfants et de leur offrir de meilleures perspectives d’avenir malgré les épreuves auxquelles leurs familles ont été confrontées. L’une de nos actions les plus marquantes demeure toutefois notre engagement aux côtés des orphelins et des veuves des Forces de défense et de sécurité tombées pour la Patrie.
Nous avons apporté un soutien aux familles de ces héros nationaux. Pour nous, il s’agissait de bien plus qu’un simple don : c’était un acte de reconnaissance et de solidarité envers celles et ceux qui portent le poids des sacrifices consentis par leurs proches pour la sécurité et la préservation de notre nation.
À travers l’ensemble de ces initiatives, La Poste Burkina réaffirme son rôle d’entreprise citoyenne, engagée aux côtés des populations et pleinement inscrite dans la dynamique de solidarité nationale. Ces actions de responsabilité sociétale ne sont pas pour nous un exercice de communication. Elles sont au cœur même de notre mission.
En tant qu’entreprise publique de proximité, nous avons également une responsabilité économique, sociale et territoriale. Et cela se traduit par : notre présence dans des zones parfois peu rentables ; notre contribution à l’inclusion financière ; nos actions en faveur de la digitalisation inclusive ; notre rôle dans le rapprochement des services publics des citoyens ; ainsi que nos engagements en matière de qualité de service et de gouvernance. Notre ambition est de concilier performance économique et impact social.
Diriger une entreprise publique performante est souvent perçu comme un défi. Comment conciliez-vous exigences de rentabilité et mission de service public ?
C’est la question que l’on me pose le plus souvent et ma réponse est toujours la même : ces deux exigences ne s’opposent pas, elles se complètent. Une entreprise publique durable doit être économiquement solide pour remplir durablement sa mission. Notre approche consiste donc à construire des activités rentables capables de soutenir nos missions d’intérêt général. Certaines activités génèrent des revenus, d’autres répondent davantage à des impératifs de cohésion territoriale ou d’inclusion. L’équilibre se construit à travers une vision globale. Le vrai défi est de moderniser le service public sans perdre sa vocation sociale.
Vous dirigez plus de 1 000 collaborateurs. Comment créez-vous une culture de performance dans une entreprise publique ?
La culture de performance repose d’abord sur la clarté de la vision. Les équipes doivent comprendre où va l’entreprise et pourquoi les transformations sont nécessaires.
D’abord, Nous avons travaillé à clarifier la vision, à fixer des objectifs mesurables.
Ensuite, nous avons responsabilisé, chaque collaborateur et valoriser les résultats.
Enfin, nous avons créé une culture de l’exemplarité et de l’engagement. La performance dans une entreprise publique ne se décrète pas. Elle se construit progressivement par la confiance, la rigueur et l’adhésion collective.
Si vous deviez résumer votre style de management en trois principes, lesquels seraient-ils ?
Je dirais :
• la vision,
• la rigueur,
• et la responsabilité.
La vision permet de donner une direction claire. La rigueur garantit la crédibilité et la discipline dans l’exécution.
Et la responsabilité rappelle que nous gérons une institution publique qui porte des enjeux économiques, sociaux et stratégiques importants pour le pays.
Quelle est aujourd’hui votre plus grande fierté en tant que Directeur général de La Poste Burkina Faso ?
Ma plus grande fierté?
C’est d’avoir contribué, avec l’ensemble des équipes, à repositionner progressivement LA POSTE BURKINA FASO comme une institution moderne, crédible et tournée vers l’avenir.
C’est de voir des collaborateurs qui croient en leur entreprise, des populations qui nous font confiance, des partenaires qui nous respectent.
Nous avons démontré qu’une entreprise publique peut se transformer, innover et obtenir des résultats solides tout en restant fidèle à sa mission de service public. Mais surtout, nous avons redonné une ambition à la Poste.
Quel est votre message à l’endroit de vos collaborateurs, partenaires et clients ?
À nos collaborateurs, je veux dire merci pour leur engagement et leur résilience dans un contexte exigeant avec une pensée singulière à ceux qui se trouvent dans les zones à fort défi sécuritaires.
Ce que nous avons accompli ensemble est remarquable.
Mais le meilleur reste devant nous et il dépend de chacun d’entre vous. Et à nos clients et partenaires, je veux dire que LA POSTE BURKINA FASO poursuit sa transformation avec une ambition claire : devenir une plateforme moderne de services de proximité, accessible, innovante et utile à tous les Burkinabè. Vous êtes notre raison d’être. Tout ce que nous faisons chaque agence ouverte, chaque service amélioré, chaque innovation déployée c’est pour vous. Et nous ne nous arrêterons pas là.
Réalisée par Drissa Ouattara


