La Société africaine d’ingénierie et d’intermédiation financière (SA2IF) a organisé, ce jeudi 16 juillet 2026 à Ouagadougou, une conférence de presse consacrée à l’introduction en bourse de Bridge Bank Group Côte d’Ivoire (BBG-CI) à la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM). Les premiers responsables de la banque, de sa holding Bridge Group West Africa (BGWA) ainsi que de Bridge Securities, la Société de gestion et d’intermédiation (SGI) mandatée pour piloter l’opération, ont détaillé les modalités de cette offre aux participants venus pour l’occasion. La SA2IF intervient dans cette opération comme membre du syndicat de placement, aux côtés d’autres SGI de la sous-région.
Bridge Bank Group Côte d’Ivoire dispose d’un capital social de 20 milliards FCFA, réparti en 50 millions d’actions d’une valeur nominale de 400 FCFA. L’opération porte sur la cession de 20 % de ce capital, soit 10 millions d’actions, proposées à un prix unique de 6 750 FCFA par action, toutes catégories d’investisseurs confondues. Le montant total de la cession s’élève à 67,5 milliards FCFA.
La période de souscription se déroule du 20 juillet au 6 août 2026, avec une possibilité de clôture anticipée. La date de jouissance des actions a été fixée au 1er janvier 2026, ce qui signifie que les acquéreurs percevront l’intégralité des dividendes afférents à l’exercice 2026, quelle que soit la date effective de leur entrée au capital.
Pour la directrice générale de Bridge Securities, Myriam Ouattara, le calendrier de l’opération est aujourd’hui bien engagé. Le visa de l’Autorité des marchés financiers de l’Union monétaire ouest-africaine (AMF-UMOA) a été obtenu le 26 juin dernier, ouvrant la voie à la période de souscription.
Une recomposition maîtrisée de l’actionnariat
À l’issue de l’opération, a-t-elle poursuivi, la structure du capital de Bridge Bank Group Côte d’Ivoire évoluera sensiblement. L’actionnaire majoritaire, Bridge Group West Africa, verra sa participation reculer de 77 % à 57 %, les 20 % cédés venant alimenter le flottant ouvert au public via la BRVM.

La Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS), partenaire historique du groupe, conservera pour sa part 20 % du capital, tandis que divers actionnaires personnes physiques détiendront les 3 % restants. « L’actionnaire majoritaire garde bien sûr la majorité, donc ce qui est un très bon signal et qui montre que Bridge Group West Africa croit vraiment au fait que les perspectives sont très bonnes », a commenté Myriam Ouattara.
Pour cette opération d’introduction en bourse, les dirigeants de la banque ont mis en avant les solides résultats de l’exercice 2025. Les capitaux propres ressortent à 105,14 milliards FCFA, en progression de 17 %, tandis que le bénéfice net atteint 27,2 milliards FCFA, en hausse de 19 %.
Le produit net bancaire (PNB) s’établit à 67,82 milliards FCFA (+15 %), porté par une collecte de dépôts en croissance de 28 % à 1 138,12 milliards FCFA et un encours de crédits en progression de 27 % à 768,57 milliards FCFA. Le total de bilan atteint 1 427 milliards FCFA, en hausse de 28 % sur un an.
Le coût du risque reste maîtrisé à 6,8 milliards FCFA (+6 %), et le taux de contentieux recule de 35 points de base au 31 décembre 2025, signe d’une amélioration de la qualité du portefeuille de crédit. La rentabilité des capitaux propres (ROE), indicateur suivi de près par la Commission bancaire de l’UEMOA, progresse de 53 points de base pour s’établir à 27,9 %.
Sur les cinq dernières années, la trajectoire de la banque est demeurée constamment ascendante. Le total de bilan est passé de 710 milliards FCFA en 2021 à 1 428 milliards FCFA en 2025, tandis que le résultat net a presque doublé, de 15 à 27,2 milliards FCFA sur la même période.
Le taux de créances douteuses est resté contenu, entre 2 % et 4 % selon les exercices. Au premier trimestre 2026, la dynamique se poursuit avec des ressources clientèle progressant de 37 % sur un an, à 1 072 milliards FCFA, pour un résultat net de 8 milliards FCFA (+48 %) et un coefficient d’exploitation de 36 %.
Des perspectives 2026-2030 et une arrivée annoncée au Burkina Faso
Le produit de l’introduction en bourse doit financer le plan stratégique 2026-2030 de la banque, qui projette un PNB de 122,8 milliards FCFA et un résultat net de 56,7 milliards FCFA à l’horizon 2030. Le taux de distribution de dividendes est projeté à 65 % du résultat net sur la période, contre 50 % entre 2021 et 2025.
Deux leviers de croissance ont été mis en avant par la directrice générale de Bridge Securities. Il s’agit, dit-elle, de la filialisation de Bridge Bank Sénégal, actuellement succursale, qui devrait dégager une capacité de financement supplémentaire de 100 milliards FCFA. Le second levier concerne la transformation digitale du groupe, censée générer 12 milliards FCFA de résultat net additionnel.

Le directeur général de Bridge Bank Group Côte d’Ivoire, Ehouman Kassi, a par ailleurs confirmé le lien direct entre cette opération et l’expansion régionale du groupe vers le Burkina Faso. Le régulateur a donné, en mai dernier, son accord pour l’installation d’une succursale burkinabè, dotée d’un capital de 20 milliards FCFA destiné à financer l’économie locale. « Acheter les actions de Bridge Bank, c’est financer de façon directe aussi bien l’économie de Côte d’Ivoire, du Sénégal ainsi que, dès l’année prochaine, l’économie burkinabè », a-t-il indiqué, invitant les populations burkinabè à s’y engager fortement.
Colette Rouamba, Directrice générale adjointe de la SA2IF a pour sa part présenté l’opération comme une opportunité unique de croissance, de partage de valeurs et d’inclusion financière. « Aux journalistes et aux médias, votre rôle est capital. Nous comptons sur votre rigueur légendaire et votre relais pour décrypter cette opération, vulgariser la culture boursière et porter l’information de manière claire et transparente auprès du grand public », a-t-elle lancé.

Elle a également invité les investisseurs institutionnels, gestionnaires d’actifs, entrepreneurs et épargnants individuels du pays à prendre part à l’opération, y voyant un canal de mobilisation de l’épargne nationale au service du financement de l’économie régionale. « Le Burkina Faso a toujours su démontrer sa force économique, son sens de l’investissement et sa résilience économique historique. Nous sommes convaincus que cette opération confirmera cette dynamique », a conclu Colette Rouamba.
Par Léon Yougbaré


