Dans un geste fort destiné à affirmer la souveraineté de l’État sur ses ressources stratégiques, la Guinée a révoqué 46 licences minières, dans le cadre d’une vaste réforme du secteur. Cette opération, qui pourrait à terme concerner jusqu’à 53 permis, s’inscrit dans une volonté politique claire de renforcer le contrôle public sur un secteur clé de l’économie nationale.
Premier producteur africain de bauxite, la Guinée représente à elle seule plus d’un quart de l’approvisionnement mondial de ce minerai essentiel à la fabrication de l’aluminium. En 2023, ses exportations de bauxite ont progressé de 11 %, essentiellement en direction de la Chine. Malgré cette performance, les autorités dénoncent de nombreuses violations réglementaires de la part d’opérateurs ne respectant ni leurs engagements d’investissement ni les règles environnementales et sociales en vigueur.
Selon les informations relayées par Reuters, cette mesure cible principalement des petites entreprises jugées sous-performantes. “Ce ne sont que de petites licences”, relativise un analyste cité par l’agence, qui prévoit un impact limité sur le marché. Les grandes sociétés internationales, notamment chinoises et russes, devraient rester à l’écart de cette vague de révocations. Pour autant, le signal envoyé est fort : désormais, l’État guinéen entend imposer ses conditions.
La réforme engagée vise plusieurs objectifs : renforcer la collecte des recettes fiscales, assainir la gouvernance du secteur minier, et aligner l’exploitation des ressources sur les priorités nationales, en particulier le développement local et la transformation sur place. Le gouvernement encourage d’ailleurs la construction d’unités de raffinage d’alumine pour cesser l’exportation de bauxite brute, une exigence répétée lors des derniers appels au dialogue entre autorités et industriels.
Ce mouvement s’inscrit dans une dynamique continentale plus large. Au Ghana, au Burkina Faso, au Niger ou encore au Mali, les gouvernements mènent des politiques similaires de réappropriation des ressources naturelles. La Guinée, elle, entend prouver que cette fermeté peut aller de pair avec une vision de développement plus inclusive et plus bénéfique pour sa population.
Avec une production attendue de 200 millions de tonnes de bauxite d’ici 2025, en hausse de 35 % par rapport à 2023, le pays joue une carte stratégique sur un marché mondial sous tension.
Par Drissa Ouattara


