La start-up nigériane Metro Africa Xpress (MAX), spécialisée dans le financement de la mobilité, vient de boucler une levée de fonds de 24 millions de dollars mêlant fonds propres et dette. L’opération a réuni pour le volet capital, Equitane DMCC, Novastar, ainsi qu’Endeavor Catalyst, tandis que la composante dette repose sur un financement adossé à des actifs apporté par le Energy Entrepreneurs Growth Fund (EEGF) et d’autres partenaires financiers du développement.
Cette nouvelle injection de ressources intervient alors que MAX reconfigure son modèle pour miser davantage sur des solutions de mobilité plus propres. Concrètement, l’entreprise veut accélérer le déploiement de sa flotte de véhicules électriques, élargir son réseau d’échange de batteries, renforcer ses infrastructures d’énergie propre, tout en consolidant ses systèmes propriétaires de gestion de flotte et IoT. L’ambition est aussi régionale : MAX affiche sa volonté de s’étendre en Afrique de l’Ouest et centrale, sur un segment où la demande de transport abordable progresse, mais où l’accès au financement reste un frein majeur.
Au-delà de l’investissement industriel et technologique, MAX fixe une trajectoire commerciale assumée. La société explique que ce financement doit l’aider à soutenir 250 000 conducteurs d’ici 2027 et à dépasser les 150 millions de dollars de revenus annuels récurrents. Pour son PDG, Adetayo Bamiduro, cette levée de fonds représente un accélérateur stratégique. « Ce capital nous permet de nous développer plus rapidement, d’approfondir les infrastructures d’énergie propre et de construire une véritable plateforme de mobilité panafricaine qui élargit l’accès, réduit les coûts et offre un impact durable », a-t-il déclaré.
Dans un écosystème africain où la rentabilité demeure un défi pour de nombreuses start-up, MAX avance un signal fort : l’entreprise affirme avoir atteint la rentabilité au Nigeria. Une performance notable sur un marché où peu d’acteurs de la mobilité et du financement d’actifs parviennent à conjuguer croissance, revenus solides et amélioration de l’économie unitaire. Bamiduro y voit une preuve de maturité du modèle : « La rentabilité au Nigeria prouve que la mobilité électrique en Afrique n’est pas un concept futur. Il est viable, évolutif et investissable aujourd’hui », insiste-t-il. De quoi positionner MAX parmi les rares entreprises africaines de mobilité ayant démontré un modèle économique résilient, même dans des environnements opérationnels complexes.
Cette levée de fonds s’inscrit dans une trajectoire déjà marquée par des financements significatifs. Avant ce tour, MAX avait levé 31 millions de dollars en 2021 lors d’une Série B pilotée par Lightrock, aux côtés de Global Ventures, basé aux Émirats arabes unis. À l’époque, l’objectif était déjà de soutenir l’expansion panafricaine et de bâtir des infrastructures pour véhicules électriques, notamment à travers des crédits de financement automobile destinés à plus de 100 000 conducteurs. Bien avant la Série B, l’entreprise avait également mobilisé plus de 40 millions de dollars de dette institutionnelle pour financer ses projets pilotes, en complément d’obligations et de précédents tours en capital-risque qui ont permis de structurer progressivement son activité de financement de véhicules.
Aujourd’hui, ce nouveau tour illustre surtout la confiance croissante des investisseurs dans la transition de MAX : passer d’un financement de véhicules conventionnels à une plateforme intégrée dédiée à la mobilité électrique. Une mutation qui colle aux tendances de fond du marché africain, où la volatilité des prix du carburant rend les deux-roues et trois roues électriques de plus en plus compétitifs. Dans plusieurs villes, le calcul économique bascule : réduction des coûts d’exploitation, entretien plus simple, et possibilité de mieux maîtriser les dépenses quotidiennes des conducteurs.
Fondée en 2015 par Adetayo Bamiduro et Chinedu Azodoh, MAX s’était d’abord construite autour d’une offre d’abonnement intégrée, pensée pour lever les barrières d’accès à la mobilité : des forfaits abordables et sans garantie incluant des véhicules à faibles ou zéro émissions, mais aussi des services annexes comme la santé, l’assurance, la maintenance et des abonnements eHailing. Mais il y a environ un an, l’entreprise a pris un virage radical : se consacrer entièrement au financement des véhicules électriques. Une décision accompagnée d’une réduction d’effectifs d’environ 150 employés, soit près de 30 % du personnel à l’époque, signe d’une réorganisation profonde.
Par Drissa Ouattara


