L’or poursuit son ascension spectaculaire sur le marché international. Ce lundi 26 janvier 2026, le métal jaune a franchi un nouveau seuil, s’échangeant au-dessus de 5 000 dollars US l’once, porté par une ruée des investisseurs vers les valeurs refuges dans un climat géopolitique sous haute tension. Sur la plateforme du World Gold Council à 7 heures 42 minutes, le prix affiché atteignait précisément 5 087,92 dollars US l’once. Depuis le début de l’année 2026, les prix se sont déjà appréciés de plus de 16 %, confirmant une dynamique haussière solide.
Cette envolée s’inscrit dans la continuité d’un rallye exceptionnel observé en 2025. Sur l’ensemble de l’année écoulée, l’or a bondi de 64 %, soutenu par une demande persistante d’actifs refuges, l’assouplissement de la politique monétaire américaine, des achats soutenus des banques centrales la Chine ayant prolongé ses acquisitions pour un quatorzième mois consécutif en décembre.
Le Groenland, l’Ukraine et la menace commerciale ravivent la peur du risque
L’escalade des tensions internationales nourrit l’appétit pour l’or. La montée des frictions entre les États-Unis et l’OTAN autour du Groenland a ravivé l’incertitude géopolitique, renforçant la demande pour ce métal précieux.
Sur un autre front, l’Ukraine et la Russie ont clôturé un deuxième jour de pourparlers, négociés par les États-Unis à Abou Dhabi, sans parvenir à un accord. De nouvelles discussions sont attendues le week-end prochain, alors que des frappes aériennes russes ont provoqué une coupure d’électricité touchant plus d’un million d’Ukrainiens, au cœur d’une tempête de froid.
À cette instabilité s’ajoute un facteur commercial majeur. Le président américain Donald Trump a affirmé samedi qu’il imposerait un tarif de 100 % au Canada si Ottawa concluait un accord commercial avec la Chine. Il a averti le Premier ministre canadien Mark Carney qu’un tel accord « mettrait son pays en danger », un signal de durcissement susceptible d’alimenter davantage l’incertitude sur les marchés.
Burkina Faso : un choc d’or favorable aux finances publiques
Pour le Burkina Faso, pays minier, cette flambée des cours constitue une opportunité majeure. La hausse continue du prix de l’or sur le marché international pourrait renforcer à la fois les finances publiques et le profil du commerce extérieur, dans un contexte où l’État mise de plus en plus sur la mobilisation des ressources internes pour financer le développement.
Les chiffres du commerce extérieur témoignent déjà du poids écrasant du secteur minier. À fin novembre 2025, le Burkina Faso a enregistré une exportation totale de 5 572,8 milliards FCFA, contre 3 942,5 milliards FCFA d’importations, dégageant un excédent commercial de 1 630,3 milliards FCFA. Le taux de couverture des importations par les exportations s’est ainsi établi à 141,4 %. À eux seuls, les produits miniers, notamment l’or, représentaient 91,7 % de la valeur totale des exportations, soit 5 110,2 milliards FCFA.
Dans son cadrage budgétaire 2026, le gouvernement tablait pourtant sur un prix de l’or bien plus modéré. Selon les hypothèses de la loi de finances initiale, l’État anticipait un prix moyen de 3 439,8 dollars l’once. L’or franchissant aujourd’hui les 5 000 dollars change donc radicalement la donne, en ouvrant la perspective d’une hausse des recettes publiques une condition essentielle pour financer les projets de développement dans un environnement budgétaire exigeant.
L’effet sur les recettes pourrait être amplifié par le mécanisme des redevances minières. Le gouvernement a pris un décret le 7 avril 2025 augmentant la fiscalité minière lorsque le prix de l’or dépasse certains seuils. Le taux précédent était de 7 % sur tout or vendu à 2 000 dollars l’once ou plus. Le nouveau dispositif porte la redevance à 8 % dès 3 000 dollars l’once, puis prévoit une hausse de 1 % pour chaque tranche supplémentaire de 500 dollars au-delà de 3 000 dollars. Autrement dit, la flambée actuelle accroît mécaniquement le potentiel de recettes, en renforçant la contribution du secteur minier au budget national.
Par Drissa Ouattara


