Le secteur des centres de données nigérians évalué à 1,4 milliard de dollars, devrait atteindre 2,7 milliards d’ici 2035 

Le Nigeria s’impose comme le nouveau moteur des infrastructures numériques africaines. Porté par une vague d’investissements sans précédent, le pays pourrait multiplier par six sa capacité de centres de données et dépasser les 400 MW d’ici trois à cinq ans, contre 65 à 86 MW aujourd’hui. Selon un rapport détaillé publié par Verraki Partners, ce bond en avant positionne le Nigeria comme le principal pôle numérique d’Afrique de l’Ouest, avec des retombées économiques majeures et la création de milliers d’emplois.

Le pays compte actuellement 17 centres de données actifs, auxquels s’ajoutent neuf projets en cours. Cette dynamique marque un tournant dans l’évolution des infrastructures technologiques nationales : le marché est passé en une décennie de salles de serveurs fragmentées à des sites hyperscale capables d’accueillir des opérateurs mondiaux du cloud. Depuis le lancement du premier centre moderne neutre en matière d’opérateur en 2012, les annonces d’expansion se succèdent. Rack Centre, aujourd’hui à 14,5 MW, MTN avec son centre Dabengwa, Digital Realty ou encore Equinix qui a engagé 390 millions de dollars en Afrique sur cinq ans illustrent cette montée en puissance. Open Access Data Centres prévoit 500 millions de dollars d’investissements, tandis qu’Airtel prépare l’entrée en service en 2026 du premier de ses cinq centres hyperscale sous la marque Nxtra.

Au-delà de la capacité installée, Verraki met en avant l’effet multiplicateur de ces infrastructures. Un seul mégawatt construit dans un centre de niveau III, pour un investissement de 10 millions de dollars, génère 17 millions de dollars en production économique durant la construction et plus de 39 millions de dollars en rendements cumulés sur dix ans. Un tel projet mobilise environ 700 emplois dans le BTP, crée 20 à 30 postes techniques permanents et totalise plus de 1 650 emplois sur une décennie. Même à petite échelle, l’impact fiscal est notable : les taxes payées atteignent 1,8 million de dollars sur dix ans.

Estimé à 1,4 milliard de dollars aujourd’hui, le marché nigérian des centres de données pourrait atteindre 2,7 milliards de dollars d’ici 2035. La demande est soutenue par l’adoption rapide du cloud 50 % des entreprises y ont déjà basculé , par une base d’internautes en forte croissance en Afrique, par l’essor des usages mobiles, et par la montée des besoins en capacité informatique alimentée par l’IA.

Verraki identifie sept segments de croissance stratégique : la colocation abordable pour les PME, les solutions énergétiques hybrides et renouvelables, l’informatique de périphérie pour l’IoT et les villes intelligentes, les capacités de traitement de l’IA, la numérisation des services publics, les plateformes IoT, et le développement d’infrastructures dédiées aux villes intelligentes, dans un contexte d’urbanisation accélérée.

Cependant, plusieurs contraintes menacent de ralentir l’expansion. L’instabilité énergétique impose un recours massif aux systèmes de secours, la fibre reste trop concentrée à Lagos, l’acquisition de terrains demeure coûteuse, et le secteur souffre d’une pénurie de talents qualifiés en ingénierie et cybersécurité. L’accès au financement en devises étrangères complique également l’importation de composants critiques.

Pour lever ces obstacles, Verraki propose une feuille de route incluant des tarifs électriques négociés, des PPA à long terme, l’extension des réseaux fibre via le projet BRIDGE, la création de zones spéciales autour des infrastructures fibre, la mise en place de financements mixtes avec les bailleurs internationaux, des programmes de formation ciblés et le développement d’une fabrication locale de composants électriques et de systèmes de climatisation.

Dans un contexte où les marchés européens traditionnels – tels que Dublin ou Londres – affichent une saturation de capacité, les géants mondiaux du cloud se tournent vers de nouvelles zones de croissance. Les exigences croissantes de souveraineté des données en Afrique, combinées à une population jeune et technophile 67 % des Africains ont moins de 30 ans renforcent l’attrait du Nigeria. Les startups africaines ont levé 2,7 milliards de dollars en 2023, 2,6 milliards en 2024 et déjà 2,65 milliards en 2025, témoignant de la vitalité numérique du continent. Pourtant, l’Afrique ne représente encore que 1 % de la capacité mondiale des centres de données, pour 17 % de la population mondiale.

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