L’écosystème africain des startups a retrouvé des couleurs en octobre 2025 avec un rebond spectaculaire du capital-risque. En un mois, les jeunes pousses du continent ont levé 441,9 millions de dollars à travers 59 transactions, contre seulement 139,4 millions en septembre pour un nombre similaire d’opérations. Une progression fulgurante de 217 % qui traduit un retour de confiance marqué des investisseurs, stimulé par plusieurs méga-tours, des émissions d’obligations titrisées et un intérêt croissant pour la transition énergétique et les solutions fintech. Malgré quatre opérations non divulguées, les montants connus confirment un appétit grandissant à l’approche de la fin d’année. À eux seuls, les dix plus gros deals totalisent 388,6 millions de dollars, soit 87,9 % des financements dévoilés, contre 112,2 millions pour les dix premiers tours de table en septembre. Les investisseurs ont massivement ciblé la fintech, la logistique et l’agriculture, tandis que l’Égypte, le Nigeria, l’Afrique du Sud et le Kenya ont conservé leur statut de pôles majeurs de l’innovation sur le continent.
Dans ce regain d’activité, l’Afrique australe a fait parler d’elle avec Kuunda, une fintech sud-africaine qui a bouclé un pré-série A de 7,5 millions de dollars auprès d’un pool d’investisseurs incluant Portugal Gateway Fund, Seedstars Africa Ventures et Nedbank. L’entreprise ambitionne désormais de s’étendre de l’Afrique de l’Est vers la région MENA en misant sur son modèle de « liquidité intégrée » destiné aux micro-commerçants. Au Maroc, Chari s’est également illustrée avec un tour de série A de 12 millions de dollars co-dirigé par SPE Capital et Orange Ventures. Ce financement permettra à la plateforme B2B de lancer une offre de banque en tant que service et d’étendre sa présence en Afrique francophone. En Afrique du Sud, maxwell+spark a levé 15 millions de dollars pour accélérer la fabrication de batteries lithium-ion modulaires destinées à remplacer les moteurs diesel dans les secteurs logistiques et industriels, renforçant ainsi la place de l’entreprise dans la transition énergétique du continent.
Au Kenya, le fournisseur d’accès Internet Mawingu a obtenu 20 millions de dollars lors d’un tour de série C mené par Pembani Remgro Infrastructure Managers pour élargir la connectivité dans les zones rurales d’Afrique de l’Est. L’Égypte poursuit quant à elle son dynamisme dans les financements structurés avec ValU, qui a réalisé une émission d’obligations titrisées de 23 millions de dollars dans le cadre d’un programme global de 10 milliards d’EGP. Toujours en Afrique du Sud, Ctrack a mobilisé 23,4 millions de dollars auprès de Sanari Capital et 27four Investment Managers pour renforcer ses solutions de gestion de flotte et d’analyse intelligente du transport. L’Égypte s’illustre également dans les technologies propres avec Tagaddod, qui a levé 26,3 millions de dollars afin d’augmenter la production de matières premières renouvelables destinées aux biocarburants et aux carburants d’aviation durables, confirmant le rôle croissant du pays dans l’économie circulaire.
Le pays des pharaons a également vu sa licorne fintech MNT-Halan lever 71,4 millions de dollars via une émission d’obligations titrisées organisée par Commercial International Bank et CI Capital. Cette opération fait partie d’un programme de 168 millions de dollars validé par le régulateur financier, preuve de la dépendance croissante des fintechs à l’égard du marché local de la dette pour accompagner leur croissance. Au Nigeria, Moniepoint a réalisé l’un des plus importants tours du mois en mobilisant 90 millions de dollars dans le cadre d’un cycle élargi de 200 millions, attirant des investisseurs de premier plan comme Visa, DPI et LeapFrog Investments. Cette opération propulse la valorisation de l’entreprise au-delà du milliard de dollars, confirmant son statut de licorne et consolidant la place du Nigeria dans la fintech africaine.
Mais le plus gros coup du mois vient du Bénin, où Spiro, spécialiste de l’e-mobilité, a levé 100 millions de dollars auprès du Fonds pour le développement des exportations en Afrique, la branche d’investissement d’impact d’Afreximbank. Il s’agit du plus important financement jamais levé en Afrique dans le secteur de la mobilité électrique. Spiro prévoit de déployer 100 000 motos électriques d’ici fin 2025, soit une augmentation de 400 % en un an, ce qui en fait désormais l’acteur le plus ambitieux du continent dans ce domaine.
La répartition régionale montre une domination de l’Afrique de l’Ouest avec 199 millions de dollars levés, malgré plusieurs transactions non divulguées. L’Afrique du Nord suit avec 158,6 millions grâce à la vitalité de l’Égypte, tandis que l’Afrique australe affiche 55,8 millions, l’Afrique de l’Est 25,9 millions et l’Afrique centrale seulement 2,6 millions. À l’échelle des pays, l’Égypte domine avec 133,4 millions de dollars, devant le Bénin et ses 100 millions liés à Spiro, puis le Nigeria avec 93,4 millions, soit plus du double de son niveau de septembre. L’Afrique du Sud atteint 55,8 millions, suivie du Kenya (25,3 millions) et du Maroc (24,5 millions).
Par Drissa Ouattara


