L’Éthiopie accélère sa libéralisation financière avec l’introduction d’Awash Bank en bourse, renforçant la crédibilité et le dynamisme du marché financier

La principale banque privée d’Éthiopie a officiellement intégré l’Ethiopian Securities Exchange le jeudi 23 avril 2026. Une nouvelle cotation qui illustre l’accélération de la libéralisation financière engagée par Addis-Abeba. Quatrième entreprise cotée sur cette jeune place boursière, l’institution y a inscrit 37,9 millions d’actions ordinaires sur un total de 54 millions enregistrées, consolidant ainsi un marché qui n’a pas encore soufflé sa première bougie.

Pour Tilahun Kassahun, directeur général de la bourse, cette cotation constitue un « jalon » dans la construction d’un écosystème de marché viable, dans un pays qui cherche à tourner la page d’une économie longtemps administrée par l’État.

Fondée en 1994, Awash Bank est loin d’être un inconnu du monde des affaires éthiopien. Avec 12 000 actionnaires et un bénéfice net de 18,7 milliards de birrs, soit environ 120 millions de dollars (environ 72 milliards FCFA) enregistrés lors du dernier exercice fiscal, l’établissement arrive sur le marché avec des fondamentaux qui devraient rassurer les investisseurs.

Sa cotation s’inscrit dans le sillage de Wegagen Bank, de Gadaa Bank et surtout d’Ethio Telecom, dont l’introduction en bourse au début de l’année 2025 a permis à l’ESX d’ouvrir ses portes dans des conditions de crédibilité suffisantes pour attirer les investisseurs. L’arrivée d’une institution de cette envergure apporte au marché une profondeur et une liquidité accrues, deux conditions indispensables pour attirer les gestionnaires d’actifs, tant locaux qu’internationaux. La bourse vise désormais neuf sociétés cotées d’ici juillet prochain.

Cette effervescence boursière s’inscrit dans un virage libéral plus large orchestré par le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, qui entend rompre avec trois décennies de « modèle développeur », où l’État tenait les rênes de l’économie. Dans cette logique, les autorités ont engagé une série de réformes structurelles dont la plus emblématique reste le flottement du birr en juillet 2024, destiné à stabiliser le marché des changes et à signaler aux investisseurs étrangers que le pays évolue désormais selon les règles de l’économie de marché.

La réforme du secteur financier en constitue le volet le plus symbolique. Le Parlement a adopté une loi autorisant les banques internationales à prendre des participations dans des établissements locaux ou à y ouvrir des filiales, une ouverture historique pour un système bancaire jusqu’ici jalousement protégé. L’objectif est double : importer des standards technologiques et une expertise internationale, tout en favorisant la désintermédiation financière, c’est-à-dire la capacité des entreprises à se financer directement sur les marchés plutôt qu’en passant exclusivement par le canal bancaire traditionnel.

Dans cette optique, les autorités ont également lancé l’application de trading mobile « Neway », pensée pour canaliser l’épargne des ménages vers le secteur productif et réduire la dépendance du Trésor vis-à-vis des banques locales.

Les premiers indicateurs d’activité témoignent d’une dynamique naissante. Si le marché actions reste en phase de consolidation, le compartiment monétaire interbancaire affiche déjà des volumes significatifs, avec des transactions dépassant les 2 000 milliards de birrs, soit environ 7 180 milliards FCFA, en mars dernier. Structurée comme un partenariat public-privé avec l’appui du Nigerian Exchange Group, l’ESX dispose d’un cadre institutionnel solide pour soutenir sa montée en puissance.

Par Léon Yougbaré

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