Après avoir finalisé, le 16 janvier 2026, l’acquisition de la Banco Comercial do Atlântico (BCA), principale banque du Cap-Vert, le groupe bancaire dirigé par l’homme d’affaires burkinabè Idrissa Nassa obtient un appui stratégique de taille. La Société financière internationale (IFC), segment dédié au secteur privé du Groupe Banque mondiale, envisage en effet d’accorder à Coris Holding un prêt senior pouvant atteindre 100 millions de dollars, soit environ 60 milliards de FCFA.
Structuré sur une maturité de cinq ans, ce financement vise à refinancer l’acquisition de 59,81 % du capital de la Banco Comercial do Atlântico, jusque-là détenus par la banque publique portugaise Caixa Geral de Depósitos. Sur l’enveloppe globale, jusqu’à 40 millions de dollars pourraient être apportés directement par l’IFC, le solde devant être mobilisé auprès d’investisseurs internationaux. Le conseil d’administration de l’institution doit se prononcer sur l’opération d’ici le 23 mai prochain.
Au-delà de l’ingénierie financière, l’enjeu est clairement économique. L’IFC entend accompagner le déploiement du modèle Coris au Cap-Vert, en particulier en direction des micro, petites et moyennes entreprises. Le déficit de financement des MPME dans l’archipel est estimé à 270 millions de dollars, soit près de 15 % du PIB national. Dans ce contexte, la transformation de la BCA en un acteur central du financement de l’économie productive constitue un levier stratégique, d’autant que Coris revendique une expertise éprouvée dans le financement des PME en Afrique de l’Ouest.
Cette opération illustre la montée en puissance des groupes bancaires africains dans la recomposition du paysage financier continental. Déjà présent dans onze pays, Coris Holding consolide ainsi son positionnement parmi les principaux groupes d’Afrique de l’Ouest, avec le soutien croissant des institutions financières internationales. Le Cap-Vert devient, de ce point de vue, une tête de pont stratégique entre l’Afrique et l’espace lusophone.
Institution historique et véritable colonne vertébrale du système bancaire capverdien, la BCA dispose d’atouts solides. Dotée d’un capital social supérieur à 1,3 milliard d’escudos, soit environ 7,74 milliards de FCFA, elle s’appuie sur un réseau de 30 agences couvrant l’ensemble des îles habitées. La banque s’est distinguée par son positionnement précoce sur l’innovation et la bancarisation, avec le développement de solutions numériques telles que la carte Vinti4, la plateforme BCA Directo ou encore l’application mobile BCA Directo Mobile. Elle a également consolidé une relation de proximité avec la clientèle locale et la diaspora, réaffirmée à travers son slogan « Notre banque sur notre terre », symbole d’un ancrage territorial assumé.
Les performances financières confirment cette solidité. Au 31 décembre 2024, la trésorerie et les fonds disponibles auprès de la Banque centrale ont bondi de 195,9 % pour atteindre 14,31 milliards d’escudos, soit l’équivalent de 85,12 milliards de FCFA. Le bénéfice net ressort à 2,11 milliards d’escudos, environ 12,53 milliards de FCFA, en progression de 9,2 %. Sur la même période, les crédits à la clientèle ont augmenté de 41,58 milliards d’escudos, soit 247,38 milliards de FCFA, correspondant à une hausse de 3,2 %. Les dépôts ont suivi une trajectoire comparable, en croissance de 2,3 % à 85,2 milliards d’escudos, soit 506,83 milliards de FCFA.
Par Drissa Ouattara


