Face aux perturbations des routes maritimes autour du détroit d’Ormuz et à la hausse des coûts mondiaux des engrais, l’Inde diversifie rapidement ses sources d’approvisionnement. L’Égypte, l’Algérie et le Nigeria ont ainsi fourni près de 1,1 million de tonnes d’urée à New Delhi au premier trimestre de l’exercice financier en cours.
Le marché mondial des engrais est en pleine recomposition. L’Inde, l’un des principaux consommateurs mondiaux d’engrais, se tourne de plus en plus vers l’Afrique pour sécuriser ses approvisionnements en urée, dans un contexte marqué par les tensions géopolitiques et les perturbations du transport maritime dans le Golfe.
Selon des données du ministère indien du Commerce citées par La Monnaie, l’Inde a importé 2,5 millions de tonnes d’urée au cours du premier trimestre de son exercice financier en cours. À eux seuls, l’Égypte, l’Algérie, le Nigeria et la Géorgie ont représenté 52 % de ces importations.
L’Afrique occupe une place particulièrement importante dans cette nouvelle configuration. L’Égypte a fourni 609 000 tonnes, devant l’Algérie avec 245 000 tonnes et le Nigeria avec 244 000 tonnes. Les trois pays africains ont ainsi livré ensemble près de 1,1 million de tonnes d’urée au marché indien.
Cette performance marque une rupture importante avec la situation enregistrée un an plus tôt. Au même trimestre de l’exercice précédent, l’Inde n’avait importé aucune quantité d’urée en provenance de ces trois pays africains ni de la Géorgie.
Cette progression montre le potentiel croissant des producteurs africains sur le gigantesque marché indien des engrais. L’Égypte dispose notamment d’importants producteurs comme MOPCO et Abu Qir, tandis que l’Algérie compte parmi ses principaux acteurs Sorfert et AOA.
Au Nigeria, la montée en puissance de Dangote Fertilizer et d’Indorama Eleme renforce également la capacité du pays à répondre à la demande internationale.
La progression des exportations africaines vers l’Inde ne date toutefois pas du seul trimestre en cours. Au cours de l’exercice 2025-2026, le Nigeria avait déjà fourni 447 090 tonnes d’urée à l’Inde, contre 217 059 tonnes pour l’Algérie et 194 830 tonnes pour l’Égypte.
Avec la Géorgie, ces quatre fournisseurs ont représenté 8,8 % des 11,2 millions de tonnes d’urée importées par l’Inde sur l’ensemble de l’exercice.
La nouvelle dynamique est largement liée aux tensions qui affectent le détroit d’Ormuz, passage stratégique pour le commerce mondial des produits énergétiques et des engrais.
L’Inde dépend traditionnellement fortement des producteurs du Golfe. Plus de 40 % de ses importations d’urée et d’engrais phosphatés proviennent historiquement de cette région, ce qui expose le pays aux perturbations susceptibles d’affecter la circulation maritime dans le Golfe.
Les tensions géopolitiques ont entraîné des incertitudes sur les itinéraires des navires, les coûts de fret et les délais de livraison. Face à ces risques, New Delhi cherche désormais à élargir son portefeuille de fournisseurs et à sécuriser des volumes supplémentaires auprès de producteurs africains, asiatiques et européens.
Par Amhed Coulibaly


