Madagascar opère un virage majeur dans sa politique énergétique. Pour la première fois depuis 25 ans, le gouvernement prend directement en main l’approvisionnement en carburant du pays, mettant fin au monopole détenu jusqu’ici par plusieurs compagnies pétrolières privées, dont TotalEnergies. L’arrivée à Toamasina d’une importante cargaison de diesel en provenance de Chine marque le début de cette nouvelle stratégie.
Un tanker chargé de diesel en provenance de Chine a accosté à Toamasina, donnant une traduction concrète au changement de politique engagé par les autorités malgaches. Cette cargaison constitue le premier approvisionnement pétrolier directement piloté par l’État, après deux décennies et demie durant lesquelles les importations étaient essentiellement organisées par des entreprises privées.
L’opération est présentée comme une décision stratégique destinée à renforcer la sécurité énergétique de Madagascar et à mettre fin au système qui réservait à un groupe de compagnies privées le contrôle des appels d’offres pour l’importation des produits pétroliers.
Le changement a été rendu possible par une nouvelle législation autorisant désormais le gouvernement malgache à prendre directement en charge l’importation de carburant. L’enjeu dépasse ainsi la seule question commerciale : Antananarivo entend renforcer son contrôle sur un secteur considéré comme stratégique pour l’économie nationale.
Pendant 25 ans, l’organisation des importations reposait sur un dispositif donnant à plusieurs entreprises privées, parmi lesquelles TotalEnergies SE, un rôle central dans le lancement des appels d’offres. Désormais, l’État veut devenir directement maître de cette fonction.
Cette nouvelle orientation ne signifie toutefois pas l’éviction immédiate des opérateurs privés. Ces derniers continuent de jouer un rôle dans le transport, la logistique et l’importation d’autres produits pétroliers.
Selon Bloomberg, un deuxième tanker, commandé par des entreprises privées et chargé de différents produits pétroliers, doit notamment arriver à Toamasina au cours de la semaine. Les autorités malgaches doivent donc composer avec un système hybride dans lequel les cargaisons publiques et privées coexistent.
Cette transition nécessite également une coordination étroite avec les opérateurs chargés du stockage. Le gouvernement mène ainsi des discussions avec les responsables des installations de Galana, propriété de Rubis Énergie, afin d’organiser le stockage et la distribution des différents produits pétroliers.
Derrière cette reprise en main des importations se trouve une urgence majeure : l’approvisionnement en électricité.
La principale bénéficiaire de la nouvelle cargaison de diesel est Jirama, la compagnie publique malgache d’électricité et d’eau. Le carburant doit alimenter plusieurs centrales thermiques à travers le pays et contribuer à renforcer la production électrique.
Pour les autorités, l’objectif est de garantir une alimentation régulière des centrales afin d’assurer une fourniture d’électricité « stable et durable pendant plusieurs mois ».
La question énergétique est devenue particulièrement sensible à Madagascar. Les importantes coupures de courant enregistrées ces derniers mois ont fortement perturbé l’activité économique, les entreprises et la vie quotidienne des ménages.
Le problème électrique s’est également transformé en enjeu politique majeur. Les pénuries de carburant et les délestages ont contribué à alimenter une profonde frustration sociale, dans un contexte marqué par des manifestations et une crise politique.
En décidant de piloter directement une partie des importations pétrolières, le gouvernement malgache cherche donc à tirer les leçons des pénuries qui ont fragilisé le système électrique national.
L’objectif est de sécuriser l’approvisionnement des centrales, mais aussi de réduire le risque qu’une rupture dans la chaîne d’importation de carburant se transforme en crise énergétique nationale.
Par Amhed Coulibaly


