Mali / Gouvernance publique : en huit ans, l’Office central de lutte contre l’enrichissement illicite (OCLEI) a traité 63 dossiers de corruption pour un préjudice de 32 milliards FCFA

Au terme de huit années à la tête de l’Office central de lutte contre l’enrichissement illicite (OCLEI), le président sortant, Moumouni Guindo, a remis son rapport final au Premier ministre, le Général de Division Abdoulaye Maïga, le 30 mai dernier. Cette présentation solennelle marque une étape importante dans l’évolution de la gouvernance économique et de la transparence publique au Mali. Créé dans un contexte d’urgence éthique, l’OCLEI a progressivement affirmé son rôle dans la prévention, l’investigation et la coopération en matière de lutte contre l’enrichissement illicite.

Le rapport présenté fait état de 63 dossiers de corruption traités sur un total de 100, pour un préjudice global de 32 milliards FCFA. Il mentionne également l’identification de 500 biens immobiliers liés à une quarantaine de personnes. Engagé dans une diplomatie de la transparence, l’Office a signé des protocoles d’accord avec douze États partenaires afin de contrôler les investissements issus de fonds illicites maliens. Il a en outre mobilisé 15 milliards FCFA de ressources extérieures au profit des services de l’État, réalisé sept études à portée structurelle et traité 2 000 déclarations de biens, contre seulement 43 avant sa création. Ces avancées s’inscrivent dans le cadre d’un protocole d’accord renforcé avec la Cour suprême.

Parmi les autres réalisations de l’OCLEI figurent la structuration administrative, l’élaboration d’outils opérationnels et une ouverture stratégique vers les acteurs nationaux et internationaux. L’implication des confessions religieuses, des jeunes ou encore des médias dans les activités de sensibilisation en est un exemple. De la formation de clubs à la conduite de campagnes médiatiques, l’approche adoptée a été résolument inclusive. L’Office a également participé activement à l’élaboration de la Constitution du 22 juillet 2023.

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Le président Guindo a profité de l’occasion pour saluer l’engagement des autorités de la Transition, notamment celui du chef du gouvernement, dont le soutien politique et institutionnel a été déterminant dans le déploiement des missions de l’OCLEI. Il a toutefois pointé un verrou institutionnel majeur : l’absence du mot « corruption » dans l’intitulé et les textes fondateurs de l’Office. Une lacune qui, selon lui, limite l’élargissement de son champ d’action, notamment vers le secteur privé. Il appelle ainsi à une harmonisation avec les normes internationales, en cohérence avec les ambitions de la Transition.

Au-delà des chiffres, ce rapport traduit une volonté de placer l’éthique financière au cœur de la performance publique. Le rôle croissant de l’OCLEI dans le dispositif étatique témoigne d’un basculement vers une gouvernance axée sur la redevabilité, condition sine qua non d’une attractivité économique durable.

Par Léon Yougbaré

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