La 32e édition des Assemblées Annuelles d’Afreximbank, tenue à Abuja, a offert un tournant stratégique pour l’avenir économique de l’Afrique. Le panel, placé sous le thème évocateur « Réaliser la vision des Pères fondateurs africains », a consolidé une synergie puissante entre la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) et Afreximbank, deux piliers de l’intégration commerciale du continent.
Le Secrétaire général de la ZLECAf, Wamkele Mene, a ouvert les travaux par un vibrant hommage au président sortant d’Afreximbank, le professeur Benedict Oramah, dont le mandat aura marqué une décennie de progrès industriels, de financements structurants et de soutien aux PME africaines. Pour M. Mene, la ZLECAf n’est rien de moins que « la réforme économique la plus ambitieuse de l’histoire du continent ».
Avec 49 pays ayant ratifié l’accord, l’Afrique se dote progressivement d’un marché commun de 1,4 milliard d’habitants pour un PIB combiné de plus de 3 400 milliards de dollars. Les premiers résultats sont déjà tangibles : près de 3 000 certificats d’origine délivrés, permettant aux petites entreprises de commercer à tarifs préférentiels. Le Nigeria illustre ce virage : ses exportations sont désormais majoritairement destinées au marché africain, rompant avec la logique extravertie des décennies passées.
La Banque africaine d’import-export joue un rôle central dans cette dynamique. Elle co-pilote des projets structurants comme le Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS), qui permettra d’économiser jusqu’à 5 milliards de dollars par an en réduisant la dépendance aux devises étrangères. Elle gère également un fonds d’ajustement de 10 milliards de dollars pour accompagner les réformes tarifaires, ainsi qu’une facilité d’un milliard pour soutenir l’émergence d’une industrie automobile continentale.
Mais les défis restent réels. M. Mene a dénoncé les lenteurs dans la ratification du protocole sur la libre circulation des personnes, les obstacles douaniers, ou encore le coût élevé du financement du commerce. Appelant à une rupture avec la dépendance aux matières premières, il a plaidé pour une Afrique industrialisée, verte, et souveraine dans ses échanges.
Le panel qui a suivi, modéré par Dr Gainmore Zanamwe d’Afreximbank, a esquissé des solutions concrètes. L’ex-Premier ministre guinéen Kabiné Komara a insisté sur l’urgence d’investir dans les infrastructures physiques et numériques. La ministre nigériane du Commerce, Dr Jumoke Oduwole, a exposé une stratégie pragmatique : création d’un comité de coordination, ouverture de nouveaux corridors de fret, et cartographie des opportunités pour des centaines de PME.
De son côté, Abdoul Aziz Ba, PDG de l’Africa Trade and Distribution Company (ATDC), a présenté sa réponse à la fragmentation du marché africain : regrouper les produits agricoles, organiser leur transformation dans les zones industrielles, et atteindre une masse critique pour attirer les grandes compagnies maritimes. « La taille compte », a-t-il martelé.
En clôture, Dr Zanamwe a rappelé que la Banque est le « jumeau opérationnel » de la ZLECAf, traduisant les idéaux de l’OUA de 1963 en actions concrètes : garanties de transit, foires commerciales, plateformes numériques, et bientôt, des frontières digitales.
Le message est clair : l’Afrique ne veut plus être vue comme un continent de potentiel. Avec les outils financiers, logistiques et technologiques désormais en place, l’intégration économique entre enfin dans sa phase de concrétisation. Pour reprendre les mots de Wamkele Mene : « Il est temps d’obtenir des résultats
Par Amhed Coulibaly


