Le troisième trimestre 2025 a affiché une tendance contrastée sur le secteur de la microfinance en Côte d’Ivoire, marquée par une consolidation institutionnelle, une recomposition progressive des portefeuilles et une persistance de fragilités structurelles. La note de conjoncture met en lumière un secteur encore dynamique, mais engagé dans un mouvement d’ajustement prudent face à un environnement plus exigeant.
Sur le plan de l’épargne, la tendance est légèrement baissière (-0,4%), avec un encours de dépôts ramené à 675,1 milliards FCFA contre 678,1 milliards trois mois plus tôt. Cette inflexion contraste avec l’envolée de l’épargne moyenne, en hausse de plus de 22 % à 324 045 FCFA, traduisant une concentration croissante des dépôts. Les institutions qui tirent cette moyenne vers le haut sont Bridge Microfinance1 (25,5 millions FCFA), ADVANS-CI (4,4 millions FCFA) et WITTI (2,1 millions FCFA).
Quant à l’activité de financement, elle reflète la prudence accrue du secteur. Le nombre de crédits décaissés chute de 6,2%, sous l’effet d’un renforcement des dispositifs prudentiels et des mesures de conformité en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux. Toutefois, le montant global des crédits progresse légèrement de 0,6%, atteignant 211,5 milliards FCFA.
En cumul annuel, les Services financiers décentralisés (SFD) ont distribué 689,3 milliards FCFA de crédits, soit une évolution positive de 6,8 %. Le portefeuille à risque à 90 jours demeure toutefois préoccupant, s’établissant à 8,8 %, très au-dessus de la norme réglementaire de 3%. Toutefois, les écarts de performance sont importants entre institutions.
Les entités utilisant des mécanismes de prélèvement à la source parviennent à maintenir des niveaux de risque faibles. Il s’agit notamment de la PAMF-CI (1,7%), BAOBAB-CI (2,5%) et de la MA2E (2,6%). Par contre, les acteurs mutualistes de premier plan, comme l’UNACOOPEC-CI ou le RCMEC-CI, affichent des taux de détérioration particulièrement élevés entre 10,1% et 33%.
En outre, la situation financière globale du secteur reste un point de vigilance majeur. Les fonds propres stagnent à 57,9 milliards FCFA contre 58 milliards (-0,2%) au 30 juin 2025, représentant seulement 5% des actifs nets. Ce niveau, très en deçà de la norme règlementaire de 15% montre que le secteur demeure largement sous-capitalisé.
Selon la note, cette faiblesse trouve en partie son origine dans la situation financière très dégradée de l’UNACOOPEC-CI, dont le déficit de 78 milliards FCFA plombe les indicateurs de l’ensemble du secteur. Sans cette institution, le ratio de capitalisation s’améliorerait pour se situer à 135,9 milliards FCFA, soit environ 11,7 %, mais demeurerait en dessous des exigences réglementaires. Parallèlement, les actifs nets poursuivent leur ascension avec une augmentation de 13,9 % à 1 158 milliards FCFA.
Par ailleurs, le paysage concurrentiel reste fortement concentré, avec 18 institutions de grande taille captant plus de 90% des actifs. L’UNACOOPEC-CI conserve son leadership en matière de clientèle, avec 36,9 % de parts de marché, suivie de BAOBAB-CI SA (12 %) et d’ADVANS-CI SA (10,5 %). Cependant, les sociétés anonymes dominent largement le financement, la distribution du crédit et la détention des actifs. Avec 178,2 milliards F CFA, représentant 25,9%, BAOBAB-CI s’impose comme le principal acteur en matière de crédits décaissés et d’encours. Il est suivi d’ADVANS-CI (14,5%), de COFINA-CI (10,7%) et de CREDIT ACCESS (7,1%). À l’inverse, l’UNACOOPEC-CI ne contribue qu’à hauteur de 2,1 % du montant global du crédit, malgré son poids sur la clientèle et l’épargne.
En rappel, l’écosystème compte désormais 45 systèmes financiers décentralisés opérationnels, après l’entrée de DJAMO FINANCE SA au deuxième trimestre de l’année. Cette montée en puissance s’accompagne toutefois d’une légère contraction de la base clientèle, qui recule de 0,3% pour s’établir à 2,56 millions de membres. Le profil des usagers demeure essentiellement masculin, les hommes représentant 58,6% de la clientèle (contre 34,7% pour les femmes), tandis que les personnes morales ne pèsent que 6,7%.
Par Léon Yougbaré


