Le Niger et l’Algérie ont officiellement engagé un nouveau chapitre de leur coopération bilatérale à l’occasion de la visite du président nigérien, le général Abdourahamane Tiani, les 15 et 16 février 2026 à Alger. Reçu au palais présidentiel par son homologue Abdelmadjid Tebboune, le chef de l’État nigérien a acté avec la partie algérienne la fin d’une période de tensions diplomatiques et le début de la relance de projets structurants à fort impact économique.
La concrétisation de ce rapprochement passe en priorité par la mise en chantier du premier tronçon du gazoduc transsaharien sur le sol nigérien. Ce projet stratégique de plus de 4 000 kilomètres doit acheminer le gaz nigérian vers l’Algérie, avant son exportation vers les marchés internationaux, notamment européens. Les deux dirigeants ont annoncé le démarrage des démarches pratiques pour la pose du pipeline juste après la fin du mois de Ramadan, avec une implication directe de Sonatrach dans la conduite des travaux sur le segment nigérien.
Pour les deux pays, le gazoduc représente bien plus qu’une infrastructure énergétique. Il constitue un levier d’intégration régionale, de sécurisation des approvisionnements et de diversification des revenus. Le projet doit également contribuer à l’alimentation en gaz de plusieurs pays du Sahel, tout en renforçant la position de l’Algérie comme hub énergétique vers l’Europe, via le gazoduc Transmed et les exportations de gaz naturel liquéfié.
Par ailleurs, Alger a affiché sa volonté d’accompagner le Niger dans un contexte économique difficile. Abdelmadjid Tebboune a annoncé un soutien élargi, incluant des projets dans la santé, l’éducation et les services. La Grande Commission mixte algéro-nigérienne devrait se réunir prochainement afin de formaliser et d’opérationnaliser les engagements pris.
Les deux chefs d’État ont également décidé d’accélérer la finalisation de plusieurs accords en cours d’examen dans des domaines variés tels que la recherche géologique et minière, l’entrepreneuriat, les start-up, les télécommunications, la numérisation, la culture, la jeunesse et la formation. La coopération énergétique sera renforcée, tant dans les hydrocarbures que dans les énergies renouvelables, avec une attention particulière portée à l’électrification des zones rurales frontalières.
Sur le plan des infrastructures, les discussions ont porté sur l’achèvement de la route transsaharienne, le développement de la dorsale transsaharienne à fibre optique et la mise en place d’un corridor commercial destiné à fluidifier les échanges. Les deux pays entendent simplifier les procédures douanières, organiser des marchés frontaliers et étudier la création d’une zone de coopération frontalière intégrée afin de stimuler le développement local.
Le Niger et l’Algérie sont déjà engagés dans plusieurs chantiers communs, notamment l’exploitation pétrolière avec le projet du gazoduc transsaharien et le bloc Kafra I dans le nord du Niger, ainsi que la formation de cadres et techniciens dans le secteur pétrolier et gazier.
Le président nigérien a appelé à l’accélération de projets majeurs tels que le bloc pétrolier de Kafra, le port sec d’Agadez, la liaison ferroviaire entre les deux pays et la Transsaharienne. D’autres initiatives sont également prévues, dont la construction d’un centre de dialyse à Tchirozérine, la rénovation du lycée professionnel d’amitié algéro-nigérienne à Zinder, la réalisation d’un institut de formation islamique et d’une polyclinique à Agadez, ainsi qu’un centre national de ressources pédagogiques à Niamey.
Ce rapprochement intervient après que les tensions entre Alger et les pays de l’Alliance des États du Sahel — le Mali, le Burkina Faso et le Niger — avaient atteint un point critique après l’incident d’avril 2025, au cours duquel un drone malien avait été abattu par l’armée algérienne. Cet épisode avait entraîné une série de mesures diplomatiques réciproques, dont le rappel des ambassadeurs sahéliens et le retrait des représentants algériens à Bamako et Niamey.
Cette séquence de crispation avait ralenti plusieurs dossiers stratégiques, notamment dans les secteurs énergétique et minier. Toutefois, un changement de ton s’est opéré ces dernières semaines. Le rétablissement progressif des canaux diplomatiques, symbolisé par le retour de l’ambassadeur d’Algérie au Niger et la reprise des activités de la représentation nigérienne à Alger, marque une volonté commune de sortir de l’impasse.
Dans ce contexte, les échanges bilatéraux se sont intensifiés. Une mission algérienne s’est rendue au Burkina Faso afin de consolider la coopération dans les hydrocarbures et les ressources minières. À Niamey, la visite du ministre d’État algérien chargé des Mines et des Hydrocarbures a permis d’acter la relance des projets gelés durant la crise.
Par Bernadette W. Gansonré


