L’agence africaine de notation Bloomfield Investment Corporation a revu à la baisse la perspective liée à la notation souveraine du Sénégal, désormais ramenée de « stable » à « négative ». L’agence maintient toutefois, pour le moment, la note de long terme BBB+ du pays, tout en la plaçant sous surveillance.
Cette décision intervient dans un contexte de tensions politiques et institutionnelles croissantes. Bloomfield estime que les récents développements sur la scène politique sénégalaise ont accentué les incertitudes autour de la stabilité institutionnelle du pays.
L’agence fait notamment référence à la révocation du Premier ministre par le chef de l’État, suivie de l’élection de l’ancien chef du gouvernement à la présidence de l’Assemblée nationale. Selon Bloomfield, cette situation pourrait favoriser des blocages institutionnels et compliquer le fonctionnement normal des organes de l’État.
L’agence considère également que ce climat politique pourrait avoir des répercussions sur la conduite des politiques publiques ainsi que sur la coordination des orientations économiques et budgétaires du pays.
Par ailleurs, le Sénégal fait déjà face à plusieurs contraintes financières. Le pays évolue dans un environnement marqué par des tensions de liquidité, une forte pression sur les finances publiques et des besoins importants de refinancement sur les marchés intérieur et extérieur.
Concrètement, le Sénégal présente un niveau d’endettement élevé, entraînant un ratio supérieur au seuil communautaire, ainsi qu’une forte exposition du pays à la dette extérieure, qui représente 73,4 % en 2024. Cette dynamique s’accompagne d’une aggravation du déficit global de la dette, qui est passé de 1 358,6 milliards de FCFA à 2 668,9 milliards de FCFA en 2024.
Pour Bloomfield, l’ensemble de ces facteurs contribue à accroître les risques entourant la capacité de l’État à respecter ses engagements financiers dans les délais. L’agence indique par ailleurs que des tensions sur le remboursement de la dette souveraine, aussi bien locale qu’internationale, ne peuvent être exclues à court ou moyen terme.
Le placement de la note sous surveillance traduit ainsi la volonté de l’agence de suivre attentivement l’évolution de plusieurs indicateurs jugés sensibles. Il s’agit notamment de la situation politique, de la solidité du cadre institutionnel, du maintien des équilibres macroéconomiques ainsi que des conditions d’accès du Sénégal aux financements.
La non-dégradation de la note de long terme BBB+ s’explique par plusieurs facteurs positifs. En effet, le PIB nominal est passé de 11 411,94 milliards de FCFA en 2020 à 19 893 milliards de FCFA en 2024, le taux de croissance s’est amélioré de 1,3 % à 6,1 % sur la période, et l’inflation a reculé de 2,5 % à 0,8 %.
Toutefois, Bloomfield prévient qu’une aggravation de l’instabilité politique, une détériation supplémentaire des indicateurs budgétaires ou encore des difficultés accrues de financement pourraient entraîner une baisse effective de la note souveraine du pays.
L’institution rassure qu’une accalmie sur le plan institutionnel, combinée à des mesures budgétaires crédibles et à un rétablissement de la confiance des investisseurs, pourrait améliorer l’évaluation du risque souverain du Sénégal.
Par Bernadette W. Gansonré


