AfricaNenda Foundation a organisé, le mercredi 25 mars 2026, un webinaire consacré aux paiements numériques sous le thème « Accélérer l’adoption des systèmes de paiement instantané inclusifs en Afrique francophone : expériences et perspectives ».
Cette rencontre virtuelle a réuni des experts du secteur, dont Sabine Mensah, directrice générale adjointe (DGA) de l’institution, Ndeye Fatou Dieng, adjointe au directeur et cheffe de projet à la direction des systèmes et moyens de paiement de la BCEAO, ainsi que Serge Moungnanou, spécialiste des partenariats, du plaidoyer et du renforcement des capacités au sein d’AfricaNenda Foundation. Les échanges ont été modérés par Anouch Bezelgues, éditrice en charge du contenu francophone du Portail FinDev.
D’entrée de jeu, Serge Moungnanou a expliqué que les systèmes de paiement instantané (SPI) sont des systèmes de paiement numérique multilatéraux de détail, fonctionnant en boucle ouverte. Ils permettent l’exécution de paiements « push », initiés par le payeur, irrévocables, de faible montant et quasi instantanés, disponibles en continu, 24 heures sur 24 et 365 jours par an.
Une dynamique continentale en forte progression
Il a ensuite présenté les dernières tendances sur les systèmes de paiement instantané à travers le continent, témoignant d’une dynamique soutenue en Afrique. En juin 2025, a-t-il indiqué, 36 SPI étaient en service, dont 33 à l’échelle nationale, couvrant 25 pays. Cette progression inclut l’ajout de cinq nouveaux systèmes en Algérie, en Libye, en Sierra Leone, en Somalie et en Eswatini. « Depuis septembre 2025, nous sommes heureux de pouvoir compter la Plateforme interopérable du système de paiement instantané de l’UEMOA (PI-SPI) », a-t-il ajouté.
L’évolution des SPI sur la période 2022-2025 met en évidence une tendance marquée vers les systèmes multisectoriels. « Il y a aussi des progrès notables en termes d’interopérabilité », a souligné Serge Moungnanou, qui fait savoir qu’à fin juin 2025, l’Afrique comptait 18 SPI multisectoriels, représentant 50 % de l’ensemble des dispositifs. « Cela montre le besoin grandissant en Afrique de construire des infrastructures de paiement qui soutiennent pleinement l’interopérabilité », a-t-il commenté.
Dans sa présentation, il est également ressorti que, sur le plan des volumes, les 36 SPI africains ont traité plus de 64 milliards de transactions pour une valeur avoisinant 2 000 milliards de dollars à fin juin 2025. Sur la période 2022-2025, ces flux enregistrent une croissance annuelle moyenne de 35 % en volume et de 26 % en valeur.
Parallèlement, a poursuivi M. Moungnanou, des progrès sont observés en matière d’inclusivité. En 2025, 15 SPI se situent au niveau élémentaire contre 12 en 2024, tandis que 10 atteignent le niveau avancé contre 9 précédemment. Fait notable, un système a désormais atteint le niveau mature : le NIBSS Instant Payment du Nigeria.
Passer d’un système fonctionnel à un système véritablement inclusif
Intervenant sur les déterminants de cette montée en puissance, Sabine Mensah a mis en exergue trois facteurs clés pour passer d’un système fonctionnel à un système véritablement inclusif. Le premier, selon elle, concerne l’orientation client. L’accès universel constitue, de son point de vue, un impératif. « Si on développe un système de paiement instantané, c’est pour qu’il soit utilisable et accessible à tous les citoyens », a-t-elle remarqué, suggérant l’intégration de canaux alternatifs comme l’USSD, ainsi que le développement de solutions multilingues comme essentiels pour toucher les populations les moins alphabétisées.
Le deuxième levier identifié porte sur la proposition de valeur, notamment à travers l’interopérabilité. « On a des systèmes bancaires d’un côté, des systèmes mobile money de l’autre et les systèmes de microfinance d’un côté également. Ça n’apporte pas cette inclusivité dans l’écosystème et ça n’aide pas le client (…) », a-t-elle martelé.
Enfin, la sécurité et la protection des consommateurs constituent le troisième pilier. Pour Mme Mensah, la fiabilité du système, sa disponibilité continue et l’existence de mécanismes de recours efficaces sont des conditions essentielles pour instaurer la confiance. « Pour qu’un système soit inclusif, ça va au-delà d’un seul acteur dans l’écosystème. C’est vraiment le fait d’un écosystème volontaire qui collabore avec banques, fintechs et régulateurs », a-t-elle précisé, notant que l’exemple du Nigeria illustre cette trajectoire. Le NIBSS Instant Payment, premier SPI africain à atteindre un niveau mature d’inclusivité, repose sur une collaboration étroite entre régulateur et acteurs du marché.
PI-SPI : un levier d’inclusion financière dans l’UEMOA
Pour sa part, Ndeye Fatou Dieng a centré son intervention sur la Plateforme interopérable du système de paiement instantané (PI-SPI) de l’UEMOA. Elle a rappelé que l’objectif principal de cette infrastructure est de faire du paiement numérique un levier d’inclusion financière de masse à l’échelle régionale. L’idée, selon elle, est de rendre les paiements plus simples, plus rapides, plus accessibles et plus fluides.
Malgré des avancées notables en matière d’accès aux services financiers, notamment grâce à la monnaie électronique, l’usage reste limité à l’échelle de l’espace sous-régional. En effet, la région compte 248 millions de comptes pour 150 millions d’habitants, mais le taux d’activité sur 90 jours ne s’élève qu’à 31 %. « On voit bien qu’une part importante des comptes n’est pas utilisée de manière régulière. Et c’est là que le PI-SPI devient très important », a fait savoir Mme Dieng.
À ses dires, la plateforme PI-SPI va au-delà de l’inclusion pour embrasser des enjeux économiques. Pour les ménages, les paiements instantanés sécurisent les transactions et facilitent la gestion budgétaire. Pour les petites entreprises, ils améliorent la trésorerie et réduisent la dépendance au cash. Par ailleurs, dans une perspective régionale, la plateforme répond également à la nécessité de fluidifier les flux transfrontaliers au sein de l’UEMOA, caractérisés par des corridors économiques dynamiques.
Après cinq mois d’activité, elle a signalé que le PI-SPI enregistre moins d’un million d’utilisateurs ayant réalisé des transactions pour un montant supérieur à 32 milliards FCFA.
Par Léon Yougbaré


