La Compagnie commune de réassurance des États membres de la CIMA (CICA-RE) et les acteurs du marché burkinabè de l’assurance se sont réunis en atelier de concertation le vendredi 24 juillet 2026 à Ouagadougou, autour de l’implémentation de la cession légale au premier franc. Un rendez-vous marqué par un satisfecit sur la position du Burkina Faso dans l’espace CIMA, mais aussi par un constat de vigilance sur la discipline de dépôt des bordereaux.
Le Directeur général de la CICA-RE, Karim Diarassouba, a indiqué que la compagnie réassureur commun de douze États de la zone CIMA depuis sa création en 1981 a réalisé un chiffre d’affaires de 163 milliards FCFA au 31 décembre 2025.
Dans le détail, a-t-il poursuivi, 50 % du chiffre d’affaires est réalisé en zone CIMA, 14 % dans les autres pays en Afrique et 36 % hors du continent. Sur ce total, le marché burkinabè pèse pour environ 8 milliards FCFA de cessions, soit 10 % du marché domestique de la CICA-RE. Ce poids, selon le DG, place le Burkina Faso dans le top 5 des marchés de la zone CIMA. « Le marché burkinabè de l’assurance force aujourd’hui le respect par sa résilience et sa capacité d’adaptation », a-t-il expliqué, tout en alertant sur le repli des indicateurs de discipline. « Ces acquis ne doivent pas nous conduire à relâcher nos efforts », a-t-il averti.
La Directrice des assurances, Djénéba Dao, a précisé que le pays occupe la première place parmi les marchés CICA-RE pour l’implémentation de la cession légale au premier franc, notamment sur le règlement des primes de cession et la transmission des bordereaux.
En effet, la cession légale au premier franc est un mécanisme de réassurance obligatoire qui impose aux compagnies d’assurance de céder une partie de leurs risques à un réassureur désigné par l’État ou par un accord communautaire, dès le premier franc assuré, c’est-à-dire dès le début de la couverture du risque.
En zone CIMA, le dispositif global des cessions légales obligatoires au profit de la CICA-RE comprend trois taux distincts selon la nature de la cession. D’abord, un taux de 2,25 % pour la cession légale au premier franc (sur toutes les branches, sauf maladie et épargne-vie). Ensuite, 20 % pour la cession légale sur les traités de réassurance et, enfin, 10 % pour la cession légale sur les facultatives (hors risques aviation, pétrole et gaz).
Une discipline de dépôt des bordereaux qui s’effrite depuis 2024
Le principal point d’attention de la rencontre porte sur le recul des taux de dépôt des bordereaux de primes et de sinistres, indicateurs clés du bon fonctionnement du mécanisme de cession légale. Après une progression continue entre 2020 et 2023, avec des taux moyens de 93 % pour les bordereaux de primes et de 71 % pour les bordereaux de sinistres non-vie, une inflexion a été observée sur les exercices 2024 et 2025. À la clôture 2025, ces taux s’établissent respectivement à 73 % et 53 %, loin de l’objectif de conformité fixé à 100 %.
Le président de l’Association professionnelle des sociétés d’assurances du Burkina (APSAB), Salifou Traoré, a complété ce constat en chiffrant le retard moyen observé dans la transmission des bordereaux à plus de 72 jours, soit plus de deux mois, les régularisations intervenant souvent sur l’exercice suivant. « Le marché national que notre association représente est un marché dynamique, résilient, mais aussi un marché confronté à des exigences accrues en matière de fonds propres, de gestion des grands comptes et de maîtrise de la sinistralité », a-t-il nuancé.
Au-delà des bordereaux, le marché burkinabè affiche un encours de soldes de réassurance légale d’environ 1,2 milliard FCFA. Aux dires du représentant des compagnies d’assurances, la cession légale va au-delà d’une simple obligation règlementaire. « Elle est un mécanisme de solidarité financière voulu par les États afin de renforcer la capacité de rétention de nos économies, de consolider les institutions régionales de réassurance et de maintenir sur le continent une part significative des ressources générées par nos marchés », a déclaré Salifou Traoré.
En rappel, les Assises FANAF/ARA, tenues à Abidjan en mai 2026, ont abouti à un engagement collectif des marchés de la zone CIMA à apurer l’ensemble des soldes de réassurance antérieurs à 2024 dans un délai maximal de 24 mois.
Par David Yaméogo


