Le Gouvernement de la République gabonaise vient de réaffirmer sa volonté d’opérer une transformation profonde de son modèle économique. À travers un vaste programme de réformes structurelles et de redéploiement budgétaire, le pays entend sortir d’un cycle marqué par la prédominance des dépenses de fonctionnement pour renouer avec un investissement public massif, orienté vers la croissance durable. C’est ce qu’annonce un communiqué du Ministère de l’Economie, des Finances, de la Dette et des Participations, chargé de la Lutte contre la Vie chère, publié ce 14 novembre 2025.
Selon le communiqué, l’exécutif gabonais regrette que pendant de nombreuses années, le budget de l’État gabonais ait été absorbé par les charges de fonctionnement, au détriment de l’investissement et de la modernisation des infrastructures. Le gouvernement assure désormais avoir changé de cap. En lien avec le projet de société « Bâtissons l’Édifice Nouveau », il oriente ses priorités vers six domaines clés notamment l’énergie et l’eau, l’éducation, la santé, l’habitat, les infrastructures et l’industrialisation.
Les projections officielles prévoient que l’activité économique devrait rebondir pour atteindre 6,5% en 2026. Cette performance reposerait, d’après le gouvernement, sur le développement de pôles de croissance structurants, créateurs d’emplois pour la jeunesse et moteurs de transformation locale dans l’agro-industrie, les mines, le bois, l’énergie et les services. Le gouvernement mise pour cela sur un budget d’investissement volontariste, soutenu par des réformes de gestion publique considérées comme « majeures ».
Le communiqué détaille une série de mécanismes présentés comme essentiels pour assainir les finances publiques et améliorer l’efficacité de la dépense. Parmi les réformes phares figurent le Système intégré de gestion des finances publiques (SIGFIP), une plateforme dédiée à la gestion des investissements publics, une plateforme de suivi des données financières des entreprises publiques et la suspension des exonérations fiscales jugées coûteuses et inefficaces. A celles-ci s’ajoutent la rationalisation des subventions, le renforcement de la gouvernance des entreprises publiques, l’opérationnalisation du Compte unique du Trésor (CUT) et la restauration de la journée comptable, visant à fluidifier les opérations de trésorerie.
Pour les autorités gabonaises, ces instruments permettront de renforcer la discipline budgétaire, d’améliorer la traçabilité des opérations financières et d’optimiser l’allocation des ressources publiques. Le Gabon affiche désormais une stratégie claire pour financer ses projets de développement : 60% des ressources en monnaie locale et 40% en devises. L’objectif est de limiter l’exposition au risque de change et de protéger les réserves en devises.
Cette orientation tranche avec les pratiques du passé. Le communiqué pointe en effet un endettement massif contracté auprès des marchés financiers internationaux qui, selon les autorités, n’a pas toujours servi au financement réel des projets de développement. « À quoi et à qui a servi cet endettement ? », s’interroge le ministère, tout en rappelant que la dette devra désormais être exclusivement au service du développement national.
Le gouvernement gabonais estime que l’investissement public constitue un levier central de souveraineté économique. Dans un contexte où l’État joue un rôle structurant dans l’activité du secteur privé, a précisé le communiqué, l’objectif est de redonner de la cohérence aux politiques publiques en dotant le pays d’infrastructures modernes et de capacités productives locales. Le pays ambitionne ainsi de bâtir une économie plus productive, plus compétitive et plus créatrice d’emplois.
Malgré les critiques adressées à l’endettement passé, le gouvernement tient à rappeler que le pays a « toujours honoré ses engagements » depuis sa première émission sur le marché financier international en 2007.
Par David Yaméogo


